Rénovation énergétique : l’isolation veut un “coup de pouce”

par | 3 mars 2022

Avec la baisse drastique des aides aux ménages les plus modestes pour leurs travaux d’isolation, les professions de la rénovation énergétique vivent une situation préoccupante et la déstabilisation de la filière.

La remise en cause en juillet 2021 du dispositif CEE (Certificats d’Économies d’Énergie), moteur principal du secteur de la rénovation énergétique, a eu des répercussions néfastes sur les entreprises. La diminution par deux ou par trois, selon les régions, des fameux “coups de pouce” pour les actions d’isolation concernant les planchers, les combles, et pour le remplacement des chaudières gaz et des convecteurs électriques a grippé la dynamique.

L’aide semblait pourtant louable pour les ménages les plus précaires qui, pour l’isolation des combles et toitures, par exemple, ont perçu une prime de 20 €/m² d’isolant posé (10 €/m² pour les autres ménages). Mais face aux problématiques de financements et aux effets d’aubaine, l’État a changé son fusil d’épaule en accordant des aides à la rénovation globale plutôt qu’à l’isolation seulement, limitant les bonifications destinées aux ménages modestes à hauteur de 25 % du total du dispositif, soit 5 milliards d’euros sur les 20 milliards attribués aux actions de CEE.

En outre, ce coup d’arrêt impacte près de 32 % des certificats délivrés sur la dernière période. Le Syndicat de la rénovation énergétique, Symbiote, qui représente plus de 100 entreprises d’isolation et de chauffage, distributeurs et industriels, a écrit au ministère de la Transition écologique pour évoquer « les près de 50 000 emplois menacés, 10 000 directs et 40 000 indirects ; les 200 M€ d’investissements de la filière rendus infructueux et le 1,3 milliard/an de chiffre d’affaires perdu… ».

50 % : la vente des isolants et d’équipements a baissé de l’ordre de 50 %.

source : Symbiote

Instabilité des règles

Préoccupé lui aussi, Roland Fayard, vice-président de la Capeb de l’Ain, réclame avant tout que « les règles, en matière fiscale, soient fixées une fois pour toutes et n’évoluent pas constamment au gré des lois de Finances ». La Capeb 01 appelle à « davantage de lisibilité et de simplification du quotidien des entreprises artisanales du bâtiment, tant du point de vue des dispositifs administratifs que pour les dispositifs d’aides aux ménages pour les travaux de rénovation et d’accessibilité ». Rappelons que la Capeb de l’Ain a développé depuis 2006 un service qui accompagne les entreprises sur les CEE.

« Je suis moi-même à la tête d’une entreprise qui fait de l’isolation et je m’interroge à chaque fois sur le dispositif à adopter : y aura-t-il des aides ? MaPrimeRenov, CEE, Éco PTZ, PTZ Accession, etc., nous avons des acronymes dans tous les sens et, au bout d’un moment, ils sont tous instables », déplore Roland Fayard. Ajoutée à la hausse du prix des matières premières et aux difficultés d’approvisionnement, la baisse significative des “coups de pouce” complique un peu plus la bonne marche des entreprises de l’isolation. « Tout cela pousse les gens à réfléchir, à faire traîner un peu et, par voie de conséquence, cette instabilité a des répercussions sur l’emploi », constate à regret Roland Fayard.

« Un dispositif complexifié »

« Certes, le changement de règles des CEE a impacté les entreprises, mais les remontées que nous avons à la FBTP viennent surtout des exigences des textes, considère Jean-Marc Levot, responsable technique de la Fédération du bâtiment et des travaux publics de l’Ain (FBTP 01). Pour les CEE, on n’en est déjà à la cinquième période (NDLR : de 4 ans à chaque fois). Et de l’une à l’autre, les exigences ne cessent d’augmenter. Avant, les contrôles concernaient les travaux d’isolation et de rénovation. Aujourd’hui, le génie climatique et les fenêtres y entrent également. Et ils sont de plus en plus fréquents. Quand le travail est bien fait, cela n’a pas d’incidence, sinon, ce sont des heures et des heures de perdues. Il existe désormais près de 200 fiches d’expertise standardisée et autres certificats de performance, dont un certain nombre comportent de nouveaux critères. Le dispositif s’est complexifié ! »

« La baisse d’activité est énorme »

Engagé dans les syndicats professionnels (isolation et Symbiote) et dirigeant de BCI Isolation à Beynost, Brice Aloth a adapté la stratégie de son entreprise aux nouvelles règles.

Brice Aloth
« Ce qui est dommage dans cette affaire, c’est que l’on a exclu la plupart des ménages précaires, alors que ce sont eux qui font effectuer des travaux ! »

« Nous savions que ça allait arriver. L’État nous a tenus au courant, mais la baisse des aides est arrivée plus tôt que prévue, en juin 2021, au lieu de décembre 2021. Nous l’avions anticipée en développant d’autres métiers de la rénovation énergétique pour continuer à faire travailler nos structures qui avaient beaucoup grossi », déclare Brice Aloth, directeur de BCI Isolation, située à Beynost (plus de 100 salariés pour 15 M€ de chiffre d’affaires).

En tant que responsable syndical, il a vu venir la réforme et a anticipé. « Je me suis douté de ce qui allait se passer et j’ai multiplié les offres en faisant de la rénovation de chauffage, de façades, etc., pour aborder la rénovation globale. L’isolation a pris une place importante. Nous avons mis du temps à la structurer dans un secteur où il y a beaucoup d’arnaques, avec un système de qualité qui permet de contrôler les chantiers par des pouvoirs indépendants. Nous avons obtenu également l’interdiction du démarchage téléphonique. Je suis vice-président du Syndicat national de l’isolation, délégué régional de Symbiote, et nous nous sommes battus pendant deux ans pour structurer cette filière et la faire monter en compétence. »

Mais peut-être que si l’État finance une rénovation globale, cela peut être une aubaine pour le secteur ? « Non ! Ce qui est dommage dans cette affaire, c’est que l’on a exclu la plupart des ménages précaires, alors que ce sont eux qui font effectuer des travaux », clame-t-il. Et de préciser : « L’isolation des combles qui était très efficace et ne coûtait vraiment pas cher, voire rien du tout, était facile à mettre en place. Alors que la rénovation globale, avec des travaux plus lourds, laisse forcément du reste à charge pour le client déjà en situation précaire, même si 60 ou 70 % du coût est encore pris en charge. Pendant ce temps, la baisse d’activité est énorme. Rien que pour BCI, cela représente près de 50 % en moins et une quarantaine de postes supprimés. »


Eliséo Mucciante

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