Le secteur, confronté à une double pénurie de matières premières et de main-d’œuvre, a lancé ses états généraux pour à la fois dénoncer ses problèmes et évoquer des solutions.
Coup de frein sur la construction, pénurie de matières premières faisant craindre l’arrêt de chantiers, transformation écologique où il est régulièrement pointé du doigt… les sujets d’inquiétudes pleuvent sur le bâtiment. Un comble, quand on est le spécialiste de la couverture. Le secteur qui baigne dans l’euphorie en Auvergne-Rhône-Alpes, avec un chiffre d’affaires de 18 milliards d’euros, pourrait cependant passer du rire aux larmes. Mais a contrario d’un patient souffrant d’une bipolarité qu’il n’a vu venir, il a depuis longtemps franchi l’étape du diagnostic pour se concentrer sur la thérapie. Son bilan de santé a été révélé lors des États généraux de la construction qui se sont déroulés le 10 juin à la Cité internationale de Lyon devant… un demi-millier de présents.
30 % des chantiers à l’arrêt cet été ?
« Le Bâtiment va très bien ! C’est même un des piliers de l’économie qui produit en France 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires, mais la menace de pénurie des matières premières pourrait à la fois contraindre à l’arrêt 30 % des chantiers dès cet été et l’annulation des 50 000 embauches de 2020 », prévient Olivier Salleron, président de la FFB. Mal connu ou en mal de reconnaissance, le secteur est pourtant, selon lui, « l’antidote » à bien des maux : « Le Bâtiment est capable de donner à une génération déboussolée, du travail concret et un avenir… Ce n’est pas pour rien que les demandes d’apprentissage ont explosé. » Un rendez-vous interministériel mardi 12 juin aura donné à Salleron l’occasion de quelques revendications aussi – après l’acceptation par Bruno Lemaire du gel des pénalités de retard sur les chantiers – comme le recours au chômage à 100 % pour ceux dont le travail serait interrompu, malgré eux, à cause des problèmes d’approvisionnements. « On n’est pas des mangeurs d’aides ou de subventions, mais, jusqu’à la fin de l’année, on ne va pas s’en sortir. On risque bien de mettre un genou à terre ! » renchérit Olivier Salleron.
Destin en mains
Certes, ce n’est pas aux travailleurs “indépendants” que l’on va apprendre “l’indépendance” ! Les voilà qui ont pris leur destin en main, ce que n’a pas manqué de relever Gilles Finchelstein, directeur général de la fondation Jean-Jaurès, qui mobilise tous les acteurs de la démocratie par ses publications et ses événements. Appelé à s’exprimer sur l’avenir du bâtiment, il s’en est sorti avec une jolie petite histoire : « Un homme qui tient caché entre ses mains un petit oiseau défie un vieux sage en lui demandant si l’animal était vivant ou mort. Le sage se dit : “Si je réponds que l’oiseau est mort, l’homme aura tôt fait d’ouvrir ses mains pour le laisser s’envoler et si je lui dis qu’il est vivant, il l’étouffera et j’aurais encore perdu.” Alors le vieux sage de rétorquer : “La réponse ? Vous l’avez entre les mains ! ” »
+12 %
Le Bâtiment en Aura recense 140 000 employés, après avoir recruté en 2020 12 % d’employés supplémentaires. En comparaison, durant ce laps de temps, l’industrie a connu une forte chute de l’emploi de 40 %.
Samuel Minot, président des affaires économiques de la FFB
« Le Bâtiment pèse 148 milliards d’euros et a un effet d’entraînement extrêmement fort sur l’ensemble de l’économie. Ne prenons qu’un exemple : un logement construit, c’est deux emplois créés et le plus souvent dans l’économie locale. Or, les besoins de construction sont très importants et les Français ont des attentes fortes en la matière. Il faut pouvoir y répondre massivement et le secteur est en pleine transition écologique pour concilier construction et environnement. Rappelons également que les prélèvements sur le logement, à toutes les étapes de sa vie, rapportent à la nation deux fois plus que lui coûtent les aides au logement. Malgré ces évidences, nous devons encore et toujours redire qu’il n’y aura pas de véritable relance en France sans le Bâtiment. »
L’emploi et la formation sont l’avenir du Bâtiment
Le secteur, qui vit une tension de l’emploi, examine les solutions à moyen terme.
« Avec la crise de 2009, on a cessé de recruter. Il faut retravailler pour faire venir les jeunes. Il le faut bien, ne serait-ce que pour transmettre des gestes parfois ancestraux », a déclaré Marie-Laure Le Priol, présidente de la FFB Morbihan, lors d’une table ronde sur le thème “Radiographie des fractures de la société – Les réponses du bâtiment et ses attentes”. Si les solutions financières pour venir en aide au bâtiment – dont le président de la FFB, Olivier Salleron, regrette qu’il n’ait pas fait l’objet d’un « plan gouvernemental » – peuvent toujours être demandées et même trouvées, c’est loin d’être le cas des ressources humaines. Les difficultés de recrutement ne sont pas nouvelles. Rien qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, le secteur prévoit 15 000 recrutements en 2021 dont 4 000 essentiellement dus à la pyramide des âges. Et des emplois en production plus qu’en encadrement. Certes, les campagnes de promotion publiques en direction des collèges et lycées semblent porter leurs fruits puisque les CFA de la région ne recensent pas moins de 7 200 apprentis, en hausse de 8 %, malgré le frein lié au Covid-19, mais niveau chômage, le débat est éternel : comment peut-il y avoir autant de sans-emploi et autant d’emplois vacants dans le bâtiment ? Olivier Salleron verrait d’un bon œil une reconversion de chômeurs vers les métiers du secteur, avec formation et accompagnement à la clé. « Innovation, facteur de réussite… l’attractivité de nos métiers n’est plus à faire ! déclare-t-il, et ne parlons même pas de l’intérêt social ou sociétal, avec 90 % des communes qui hébergent en leur sein un artisan, souvent du bâtiment… » Et de conclure : « Nous avons d’autres défis comme celui de combiner le rôle sociétal du bâtiment avec la performance de nos entreprises. Que ce soit en termes de cohésion sociale, de développement local ou encore de croissance économique. »
Eliséo Mucciante











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