Pas d’équipe sans leader, pas de leader sans équipe ! Les 4e rencontres du leadership de la JL bourg basket ont étudié sportivement le sujet, tout en lançant la saison.
À la JL Bourg Basket, la saison 2019-2020 qui s’est achevée prématurément à la 25e journée avec le confinement, c’est l’histoire de la bouteille à moitié “Covid” ou à moitié pleine. Moitié “Covid” parce que la pandémie a empêché le club de terminer la saison et ainsi d’engranger des rentrées d’argent (billetteries, etc.) nécessaires à son équilibre ; moitié pleine, parce qu’il disputera, malgré tout et pour la première fois de son histoire, une coupe d’Europe. Et comme Fabrice Pacquelet, directeur du club bressan – accompagné par le président Julien Desbottes, Didier Lamy, président du club des partenaires et du coach de l’équipe 1, Savo Vucevic – n’est pas du genre à donner dans le pessimisme, il a confié lors des 4e Rencontres du Leadership organisées dans son antre fétiche : « Ce sera l’occasion de prouver à tous nôtre capacité d’adaptation, qualité reconnue aux leaders. » Ce qui tombait plutôt bien, parce que, dans une salle surchauffée, autant à cause de la température ambiante que parce que cette soirée (exceptionnellement jumelée avec la présentation de la saison) était attendue depuis avril, le thème brûlant du leadership était au centre des deux tables rondes organisées à l’adresse des partenaires.
Gestion de crise = projet d’entreprise

« L’ego et le leadership sont-ils compatibles ? » (sous-entendu, en entreprise, y compris, sportive) était le premier des deux sujets abordés. Qui, mieux que Vincent Collet, sélectionneur de l’équipe de France de basket hommes (en photo ci-dessus), pouvait répondre, amené qu’il est en permanence à gérer les ego et le leadership de ses Tricolores ? « J’ai remarqué avec le temps qu’il y avait plusieurs types de leader. Celui qui émerge naturellement et celui que l’on doit faire émerger. Mais le leader est toujours au service d’une communauté de destins qui va du capitaine au dernier membre du staff. Tout n’est qu’une question de co-construction », a expliqué celui qui a remporté, entre autres, la Médaille de bronze à la Coupe du monde 2014 de basket-ball en Espagne.
Pour Caroline Dassié, directrice exécutive supermarchés de Carrefour France, « le leader, celui qui manage, doit savoir dépasser ses propres intérêts pour instaurer la confiance dans son équipe. Aujourd’hui, il n’est plus un “sachant” mais un “apprenant”. Plus il monte dans la hiérarchie, moins il est expert en tout. Il doit donc savoir s’entourer de ses propres experts et mettre son ego dans sa poche ». Bien dit !
Les qualités de solidarité qu’il a fallu déployer au plus fort de la pandémie, quand des décisions cruciales ont dû être prises presque instantanément, ont mis en lumière, et des leaders, et un collectif. Les élus, quels qu’ils soient, en savent quelque chose. « Quand il s’est agi de la santé des gens, il n’y a pas eu d’ego qui a compté. C’est le sentiment collectif qui a prédominé », a expliqué Hélène Cédileau, vice-présidente du Département en charge des sports. « Oui, on a vu durant la Covid-19 émerger des leaders qui ont su guider les équipes, mais on n’est jamais meilleur que quand on travaille en intelligence collective. Chez nous, la gestion de crise s’est même transformée en véritable projet d’entreprise », abonde Caroline Dassié. « Pour ma part, je me souviens sans cesse de la règle des 4C dont m’avait parlé un jour le patron de Canal Plus, André Rousselet : concevoir, convaincre, conduire, contrôler. Je l’applique très souvent dans ma vie professionnelle », confie Patrice Begay, directeur exécutif communication Bpifrance et de Bpifrance Excellence.
Ego ou mauvais caractère ?
« Dans mon équipe, ce sont des gagneurs avant tout ! Pour autant, ils doivent d’abord être reconnus par les autres afin de créer de la cohésion et atteindre les objectifs. Le leader a un pouvoir de transformateur. Il doit embarquer tout le monde. Personne n’a envie d’être un simple pion », surenchérit Vincent Collet, citant au passage son expérience au côté du célébrissime Tony Parker. Et de prévenir : « Il ne faut pas confondre ego et mauvais caractère, même si les champions ne manquent ni d’ego ni de caractère. »
Dans un Ekinox qui s’apprête à vivre une campagne de basket-ball européenne historique, après avoir donné le lancement de la saison du championnat national, l’oreille était plutôt attentive. Un bon écho vaut parfois mieux qu’un mauvais ego.
+ 16 %
La Ligue Nationale de Basket a publié les budgets prévisionnels de la Jeep Elite 2020-21. Pour les budgets c’est la JL Bourg qui progresse le plus d’une saison à l’autre : 16%. Pour les masses salariales, la JL Bourg est également le club avec la plus forte hausse (17%) alors que la tendance générale est à la baisse de 9%.
Les yeux dans les yeux

La JL Bourg fête cette saison ses 23 ans de professionnalisme. Une véritable réussite pour ce club qui s’inscrit comme un acteur à part entière du basket professionnel français. Un état de fait aussi qui réjouit son actuel entraîneur, Savo Vucevic, heureux d’emmener son équipe en coupe d’Europe : « C’est pour nous, une première historique qui arrive après de longues années de construction. C’est aussi une récompense extraordinaire pour le club et son équipe. Certes, il y a dans notre poule d’anciens champions d’Europe, mais on les regardera dans les yeux. En quatre années, nous sommes passés de la Pro B à l’Europe. La preuve que lorsqu’on travaille avec un projet bien bâti, la confiance s’installe », a confié Vucevic lors de la présentation de la saison.
199
Après une pause forcée de 199 jours, la Jeep Elite a repris ses droits mercredi 23 septembre. En match avancé en raison de la Coupe d’Europe qui arrive, la JLB s’est imposée 95 à 82 sur le parquet de Nanterre puis à domicile face à Roanne (80-63). De bon augure pour la suite !
Patron, as-tu du cœur ?
Un dirigeant, quel qu’il soit, peut-il gérer en tenant compte de ses émotions ?

Émotion et leadership sont au coeur de l’activité sportive professionnelle, devenue véritable entreprise de spectacle. C’est bien de l’émotion qui survient lorsqu’on marque ce point qui fait gagner votre équipe, que ce soit dans les rangs des joueurs ou dans ceux du public. D’ailleurs, on parle de plus en plus “d’acteurs” du match, plus que de “joueurs”, c’est bien la preuve qu’on assiste à un spectacle. Mais cette intelligence émotionnelle peut-elle être mise au service du leadership – le thème de la seconde table ronde des 4e Rencontre du Leadership ? Pour résumer : patron, as-tu du coeur ? Pour Valérie Garnier, sélectionneuse de l’Équipe de France féminine de basket-ball, « c’est une évidence », même si « cette intelligence émotionnelle doit avant tout être gérée : se connaître soi-même pour être soi-même ». Invitée également à se prononcer sur le sujet, Anne-Châtelet-Estournès, responsable du marché entreprises, réseaux et partenaires Amundi, épargne salariale et retraite, l’assure : «L’émotion et la finance sont toujours proches. C’est à nous de donner les bons outils pour que l’émotion soit positive au moment de faire un choix. »
Marcher sur ces deux jambes
Qu’en est-il de la politique où l’ego, on le sait, est moteur ? Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse répond : « Le leader constitue toujours une équipe municipale avec la patte humaine. Pour moi, c’est d’accepter par exemple de perdre du temps au début de chaque mandat pour mettre tout le monde à niveau. Les leaders, il faut accepter leur présence, même si, à la fin, il y a arbitrage. »
Céline Mortier, responsable régionale explique quant à elle qu’un dirigeant doit parfois savoir « abandonner son leadership… il n’est pas toujours le meilleur pour recruter un collaborateur : 30 % des CDI sont rompus chaque année par inadéquation entre les valeurs du candidat et celles de l’entreprise ». Intelligence émotionnelle, leadership, pourquoi, après tout, ne pas marcher sur ces deux jambes-là, plus encore quand il s’agit de basket-ball ?
* (NDLR : est également intervenu Xavier Collot, directeur de l’épargne Amundi).
Par Éliséo Mucciante












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