Avec un plan d’aménagement de 30,9 millions d’euros adopté par le Département de l’Ain et Pays de Gex Agglomération, la station entame une transformation stratégique.
« Une étape majeure pour la montagne de l’Ain. » C’est en ces termes que Jean Deguerry, président du Département, a résumé le vote du nouveau schéma d’aménagement de la station Monts Jura, adopté à l’unanimité en juin. Pour lui comme pour Patrice Dunand, président de Pays de Gex Agglomération, ce projet représente bien plus qu’un simple plan d’investissement : « Soit on gardait les mains dans les poches et on regardait passer le train, soit on prenait le taureau par les cornes et on trouvait des solutions », insiste l’élu.
Une stratégie ambitieuse
Le plan annoncé mobilise 30,9 M€ sur quatre ans, financés en grande partie par la compensation financière genevoise, via le Syndicat Mixte Monts Jura (SMMJ), qui associe le Département de l’Ain (55 %) et Pays de Gex Agglomération (45 %). Trois étapes sont prévues : dès cette année, la diversification des activités et l’aménagement pour les débutants (1,95 M€) ; en 2026, le remplacement de la télécabine de la Catheline et la création d’un rando toboggan (8,45 M€) ; et enfin pour 2027, la nouvelle télécabine du Fierney, un espace indoor au Panoramic et une modernisation du site de Crozet (20,5 M€). Ces investissements viennent compléter les 9 M€ déjà engagés, notamment au Col de la Faucille, où la tyrolienne la plus pentue de France attire chaque année des milliers d’adeptes.
La montagne face au défi climatique
Cette mutation s’impose comme une réponse directe au changement climatique. « La montagne de demain sera très différente de ce qu’elle fut et surtout, de celle que nous connaissons aujourd’hui », souligne Jean Deguerry. Pour lui, il est indispensable de concilier « développement et sobriété », tout en préservant les milieux naturels et l’attractivité économique.
Patrice Dunand ajoute : « Avec le Syndicat mixte des Monts Jura, nous voulons prouver qu’une station de moyenne montagne peut être exemplaire, durable et utilisée toute l’année. » D’autant que le poids de Monts Jura dans l’économie touristique locale est considérable. La station recense 240 000 visiteurs par an et a enregistré 7 500 nuitées en 2024. Les hébergements se répartissent entre résidences de tourisme, hôtels et plateformes de type Airbnb. Et la clientèle est variée jonglant entre les Genevois, les Aindinois ou même, des touristes nationaux.
Un nouveau modèle
Monts Jura, c’est aussi un écosystème local structuré : 34 permanents, 137 saisonniers et des retombées directes pour les six communes concernées (Chézery-Forens, Divonne-les-Bains, Gex, Lélex, Mijoux et Crozet).La station représente 80 % du domaine skiable de l’Ain, avec un impact direct sur l’hébergement de la vallée de la Valserine. « C’est un véritable sauvetage pour certaines structures directement liées à l’activité touristique », souligne Patrice Dunand.
L’un des points clés de la stratégie repose sur la diversification. Déjà, 30 % du chiffre d’affaires estival de la station est réalisé sur cette base. Les activités dites « insolites » – tyrolienne, luge sur rails, randonnées thématiques, paintball, sorties nature… – se combinent aux atouts culturels et patrimoniaux du territoire : fresques de Mijoux, musée des lapidaires, Fort l’Écluse, Château de Voltaire. La proximité d’un bassin de 2 millions d’habitants à moins d’une heure (Genève et le pourtour lémanique) constitue un atout déterminant pour attirer une clientèle en quête de nouveauté.
Au-delà des investissements, les élus insistent sur l’importance de conserver l’identité de la montagne. « Le but, c’était de ne pas perdre son âme. Il s’agit de préserver une économie, en particulier touristique », affirme Patrice Dunand. Dans un territoire marqué par sa frontière avec la Suisse (50 % des Gessiens sont frontaliers), la station se positionne comme un lieu « de respiration, d’équilibre et de cohésion ».
En engageant cette stratégie, la station s’offre les moyens de se réinventer sans renier ses racines. Le pari est clair : faire de la montagne de l’Ain une destination quatre saisons, conciliant attractivité économique, durabilité et authenticité.
240 000 : La station accueille près de 240 000 visiteurs par an.
Le Pays de Gex, acteur fort du secteur
Avec 800 000 nuitées touristiques déclarées en 2024, le Pays de Gex concentre près de 40 % des nuitées de tout le département de l’Ain. La taxe de séjour a généré 1,2 M€, témoignant du poids du secteur dans l’économie locale. Les résidences de tourisme dominent l’offre (37,5 %), suivies des hôtels (34 %) et des plateformes numériques type Airbnb (23,3 %). Les meublés, campings et villages de vacances représentent 5 %.
Côté clientèle étrangère, les Suisses (Genève, Vaud) constituent un public fidèle à fort pouvoir d’achat, tandis que Belges, Néerlandais ou Allemands sont particulièrement présents durant la saison estivale. Les Français, quant à eux, se répartissent entre des locaux pour des courts séjours et des visiteurs venus de Rhône-Alpes, d’Île-de-France ou de Bourgogne. Cet ancrage conforte le Pays de Gex comme moteur du tourisme aindinois.
40 % : Le Pays de Gex représente 40 % des nuitées du département.
Été et hiver se complètent
Aux Monts Jura, l’offre hivernale reste majoritaire : « Aujourd’hui, l’hiver représente 85 % du chiffre d’affaires », rappelle Bernard Vuaillat, président du syndicat mixte. Avec 230 000 journées skieurs en alpin et 80 000 en nordique, le ski demeure central. Mais la diversification estivale progresse : trois sites – La Faucille, Crozet et Lélex – accueillent désormais familles et sportifs, pour du VTT ou des activités ludiques comme la luge sur rails ou la tyrolienne.
« Nous avons une offre pour tous les profils, des plus jeunes aux amateurs de sensations fortes », souligne-t-il. En 2024, 40 000 passages ont été enregistrés sur la luge, 18 000 en VTT et 4 500 sur la tyrolienne. Les futurs équipements – la télécabine de la Catheline ou le rando toboggan inédit en France – serviront été comme hiver. L’objectif est clair : « Maintenir notre modèle hivernal pour investir dans l’été et tendre vers un équilibre 70 % / 30 %, une vision plus résiliente face au changement climatique. »
Thibault Jeanpierre











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