Sans surprise, la sécheresse a mis à mal les étangs aindinois dont certains ont perdu jusqu’à 80 cm de hauteur d’eau. Les pisciculteurs préoccupés sont toujours en quête de solutions. Cette fois, c’est du sérieux.
Drôle de métier que celui de journaliste où il suffit de vouloir rédiger un article sur la sécheresse et ses conséquences pour que tombent les jours suivants 40 ml d’eau. Métier de contradictions, s’il en est… Trois fois hélas ! ces quelques dizaines de millimètres d’eau de la fin août, bienvenues tout de même, n’ont pas suffit à irriguer des terrains archi-secs et remplir des étangs aindinois malmenés par la canicule, la sécheresse et même le vent qui accélère l’évaporation de l’eau comme la brise sur la peau d’un baigneur.
L’été n’est pas encore achevé que Pierre La Rocca, président de l’Association de promotion du poisson des étangs de la Dombes (APPED), dresse déjà un bilan alarmant : « Jusqu’à mars/avril, c’était plutôt pas mal, mais la pluviométrie a beaucoup baissé en mai qui, traditionnellement, est un mois pluvieux. On a encaissé le coup… nos étangs étant relativement pleins. En juin, la température de l’eau a commencé à monter et le phénomène s’est accentué entre juillet et août, avec très peu de pluie et une eau très chaude pauvre en oxygène. Le niveau d’eau a beaucoup baissé. On a perdu entre 40 et 80 cm par endroit. La surface des étangs a diminué également. L’eau s’est retirée sur les berges, concentrant du même coup le poisson dans une zone surchauffée… »
Il est bien connu que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Dame nature, cruelle, comme toujours, se fiche pas mal des bilans que font les humains, inquiétants ou pas. Les animaux sauvages, quels qu’ils soient, sont toujours en quête de nourriture. Et ce ne sont pas les oiseaux piscivores qui se plaindront du constat dressé par le président de l’Apped : « La situation est très différente selon les étangs. Les bassins dépourvus de système d’aération ont énormément de mal à survivre. Ceux avec peu de profondeur ont encore plus de difficultés. L’eau s’est retirée avec une concentration de poissons qui ne sont plus à l’abri des mouettes, hérons et autres cormorans qui naviguent en bande de 50 et qui, traditionnellement, arrivent chez nous en octobre. Pour eux, c’est open bar ! Quand on a des étangs dont la température monte jusqu’à 30 degrés, il n’y a quasiment rien qui survit. Il existe aussi dans les Dombes un vrai paradoxe entre la proximité d’une réserve naturelle qui attire de nombreuses espèces d’oiseaux piscivores et des étangs que l’on empoissonne. Pour les pisciculteurs, produire du poisson pour se faire bouffer ensuite toute la production, ça n’a pas de sens ! »
« Créer des étangs plus profonds »
Du côté de la Préfecture, on suit la situation de très près. Le Service protection et gestion de l’environnement (SPGE) a déjà fait part d’ailleurs d’une pluviométrie « déficitaire de 50 à 80 % en juillet 2020, par rapport à la moyenne d’un mois de juillet normal, et la poursuite de cette tendance au cours du mois d’août ». Le déficit pluviométrique historique observé sur l’ensemble du département fait que, désormais, aucun secteur n’est épargné par la dégradation, même si le phénomène est plus intense sur la partie plaine. Les derniers arrêtés vont dans le sens des économies d’eau ; le faible débit des cours imposant un renforcement des restrictions. En conséquence, le préfet, à l’issue d’une consultation écrite du comité départemental de l’eau, a décidé « de maintenir le bassin de gestion eaux superficielles Dombes en situation de crise ; de placer le bassin de gestion eaux superficielles Bresse en situation de crise ; de placer les bassins de gestion eaux superficielles Bugey et Haut-Rhône en situation d’alerte renforcée ; de maintenir le bassin de gestion eaux souterraines Dombes-Certines en situation d’alerte renforcée et le bassin de gestion eaux souterraines Plaine de l’Ain en situation d’alerte ».
L’eau est le combat des années à venir. Pour Pierre La Rocca, « c’est la denrée qui va manquer le plus… Il faut vraiment que l’on oeuvre avec nos partenaires pour aider la pisciculture à trouver des moyens pour mieux gérer l’eau, en créant, par exemple, des étangs plus profonds. Bref, tout est à imaginer »!
A moins que, d’ici là, des journalistes ne multiplient les articles sur la sécheresse. C’est parfois mieux qu’une danse de la pluie en plein désert indien.

La baisse du niveau de l’eau conjuguée à la montée en température a mis à mal les étangs et le travail des pisciculteurs.
Le poisson victime de la double peine
Par endroit, les étangs ont connu entre 40 et 80 cm de baisse de la hauteur de l’eau qui, du coup, a perdu en teneur d’oxygène. La profondeur diminuant drastiquement, les oiseaux piscivores ont eu la tâche facilitée. A l’été 2020, le poisson a ainsi été doublement impacté.
600 tonnes
C’est la quantité moyenne annuelle de poissons extraites des étangs de l’Ain, destinée au repeuplement ou à l’alimentation. L’empoissonnement est de 50 à 100 kg à l’hectare, dont 60 % de carpes, plus acclimatées aux étangs.
Michel Joux : « Les entreprises sérieusement affaiblies »
Quand on l’interroge sur la sécheresse et les problèmes qu’elle engendre, Michel Joux, président de la Chambre d’agriculture de l’Ain, est d’abord fataliste. « L’aspect climatique fait partie du métier agricole », confie-t-il. Puis, quand on l’interroge sur l’avenir, il se dit bien plus préoccupé. « Une sécheresse tous les 5 ou 10 ans, on arrive à accuser le coup, y compris économiquement. Quand ça commence être récurrent, comme c’est le cas depuis 3 ou 4 ans, ça affaiblit sérieusement les entreprises, que soit dans le domaine végétal ou animal. Pour 2020, tous les territoires sont impactés, après 60 jours sans pluie. » Conséquences ? « La pousse d’herbe, par exemple, a manqué, ce qui a contraint à un affouragement dans l’élevage en puisant déjà dans les stocks d’hiver. »
Eric Angelot : « Une récolte normale sur l’appellation Bugey »
Pour le vice-président du Syndicat des vins du Bugey, la vigne a profité à plein de la météo.
« Le stress hydrique de l’été n’a pas été dommageable à la vigne, outre mesure. Je relativise tout de même mes propos car il peut y avoir, çà et là, notamment du côté de Montagneux, des secteurs qui ont connu des manques d’eau », nous a confié Eric Angelot, qui a présidé une dizaine d’années le Syndicat des Vins du Bugey et qui en est encore aujourd’hui un des vice-présidents. Au coeur d’une délégation conduite par la nouvelle préfète de l’Ain à La Maison Lingot-Martin, implantée au coeur du vignoble Cerdonnais, notre vigneron a eu l’occasion de réitérer ses propos. La vigne peut elle quand même souffrir, comme toutes les plantes, du manque d’eau ? « C’est une question d’équilibre entre stress hydrique, excès d’eau, de chaleur et de bonne température, nous a répondu Eric Angelot. En ce qui concerne 2020, nous sommes dans un bon équilibre, pour une raison très simple : on a eu un bel ensoleillement et une température très bonne pour la culture de la vigne en mars et avril, un mois de mai normal et une forte pluviométrie pendant la période de croissance avec un beau temps au moment de la fleur. Globalement, sur l’aire d’appellation Bugey, on a eu l’eau nécessaire pour la culture de la vigne. Ce qui n’est certainement pas le cas pour les autres cultures, j’en conviens. »
Tombée à point nommé
Les dernières pluies, courtes mais relativement intenses, n’ont-elles pas provoqué des dommages sur le raisin ? « Au contraire ! Les 40 à 50 mm que nous avons eus fin août, soit à quelques jours de la fin de maturité, ont remis en circulation la sève et permis une bonne activité photosynthétique des feuilles, tout en offrant une très bonne maturité ».
Du coup, la vigne, cette année encore, sera l’une des cultures les moins impactées par la sécheresse, débouchant même sur une récolte… normale. « Entre 25 000 et 28 000 hectolitres ! » assure Eric Angelot, s’empressant d’ajouter, « avec un état sanitaire parfait au moment de la récolte, réalisée par temps sec et venté ».
Par Eliseo Mucciante












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