En période de fortes chaleurs, l’entreprise surveille de près sa source de refroidissement pour ne pas être impactante.
Pour fonctionner, un réacteur a besoin d’une source froide. En effet, la production de vapeur, qui permet d’entraîner la turbine et de produire de l’électricité, nécessite un condenseur qu’il faut refroidir. Pour la centrale nucléaire du Bugey, cette source, c’est le Rhône. Mais quel impact la sécheresse ou la canicule ont-elles quand elles frappent l’Ain ?
« Nous avons quatre réacteurs de conceptions différentes. Pour les réacteurs 2 et 3, le refroidissement repose sur une consommation directe, un circuit ouvert sur le Rhône. L’eau passe directement dans le condenseur et repart ensuite sans la moindre perte. Le débit maximal, pour une puissance de 900 mégawatts, s’élève à 45 m³ par seconde. Si la puissance est réduite, celui-ci est moindre, explique Elvire Charre, directrice de la centrale nucléaire du Bugey. Du côté des réacteurs 4 et 5, le système est différent. L’eau passe à travers le condenseur, puis continue vers des tours aéroréfrigérantes. Grâce à un échange d’air, l’eau est refroidie et retourne ensuite au Rhône. Sur ceux-ci, nous n’avons besoin que de 4m³ par seconde. »
Chaque système comporte toutefois des inconvénients. Le premier provoque un réchauffement de quelques degrés du fleuve, le second, une consommation d’eau qui s’élève à 600 litres par seconde. Un prélèvement mineur compte tenu du débit moyen annuel du Rhône de 450 000 litres par seconde. « Une moyenne que l’on atteint également l’été, comme le 22 juillet. » Le débit minimum est, quant à lui, de 150 mètres cubes par seconde et n’a jamais été franchi à la baisse.
En période sèche, la centrale se veut particulièrement attentive et sensible à la source froide. « Nous observons les prévisions de débit et de température. Nous réalisons des simulations pour vérifier l’impact de la production et si celle-ci respecte les limites qui nous ont été fixées. Concrètement, pendant l’été, nous ne pouvons pas dépasser une température de 26 degrés en aval et l’échauffement maximum entre l’amont et l’aval ne doit pas excéder les 5 degrés », précise la directrice.
S’adapter
Pour tenir ses obligations, la centrale réduit parfois sa puissance. Un fait assez rare. Entre le début de l’été et la fin juillet 2023, elle n’y avait eu recours que deux fois. Sur l’ensemble de l’année 2022, ces baisses n’ont représenté que 0,2 % de la puissance annuelle.
Pour limiter encore plus son impact, la centrale tente en parallèle de placer, autant que possible, les arrêts de production pour maintenance pendant l’été ou à proximité. Elle surveille également le rendement de ses installations et chasse les fuites.
Sur un horizon plus lointain, EDF mène des études pour prendre en compte l’impact du réchauffement climatique. Enfin, le service R & D de l’entreprise, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et la start-up Infinite Cooling s’intéressent à une autre manière de réduire ses prélèvements : un procédé permettant de recondenser l’eau des panaches produits par les tours aéroréfrigérantes. Ce système devrait être expérimenté à la centrale nucléaire du Bugey en 2024 sur un banc de test.
40 % : Avec ses quatre réacteurs de 900 mégawatts chacun, la centrale couvre 40 % de la consommation de la région Aura.
1 372 : L’entreprise compte 1 372 salariés EDF et 600 salariés permanents d’entreprises prestataires.
Joséphine Jossermoz












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