À l’heure du prébilan de l’hiver, les professionnels de la montagne se veulent positifs, évoquant des premiers chiffres « satisfaisants » compte tenu du manque de neige. L’activité fond de 4 %, avec des écarts importants selon les massifs.
« Je rêve un jour d’avoir, de nouveau, une saison simple, où l’on n’est pas sans arrêt en train de lutter contre le “ski bashing”. On sait que, cet hiver, cela a été difficile dans certains massifs, pour certains professionnels. Le manque de neige en est la cause. Mais cela ne veut pas dire que notre modèle économique est définitivement terminé. On sait tous qu’il y aura des hauts et des bas, et nous ferons encore du ski dans les vingt, trente, quarante ans à venir », déclare en préambule Jean-Luc Boch, président de l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) et maire de La Plagne, qui accueillait, le 12 avril, les professionnels de la montagne rassemblés à l’occasion du SkiDebrief organisé par l’Union Sport & cycle (USC). Une journée riche en débats et… sous la neige, qui tombait dru, comme pour faire un pied de nez à l’hiver passé.
Des disparités et des fragilités
Cette saison encore, la montagne s’est montrée résiliente, bravant le manque de précipitations et l’inflation. La fréquentation, après un hiver post-covid exceptionnel, enregistre -4 % de journées-skieurs vendues et -2 % comparativement aux quatre dernières années avant-covid.
« Ce qui est un très bon score, si l’on considère les conditions d’enneigement », positive Alexandre Maulin, président de Domaines skiables de France, qui souligne « le travail de la neige et la technicité de nos collaborateurs qui ont permis de sauver la saison », sur fond de factures énergétiques multipliées par quatre, « mettant certains exploitants en difficulté ».

L’École du ski français (ESF) partage le même sentiment. « On reste sur des gros chiffres (+0,5 % de cours de ski). La Haute-Savoie a été plus durement touchée en début de saison pour terminer à -3,8 % (mais -22 % pour le Jura et les Vosges), tandis que la Savoie enregistre +6 % », détaille son président, Éric Brèche.
Sur les domaines nordiques, la saison est plus compliquée, faisant reculer le total des redevances de 25 %, par rapport à l’hiver 2021‑2022. « Elle a démarré très doucement, pour revenir à des chiffres semblables, voire légèrement supérieurs, à ceux d’avant-covid », relate Marine Michel, présidente de Nordic France. La moyenne des jours d’ouverture des sites ne dépasse pas 30 à 40 jours (la moitié d’une saison classique).
Du côté des magasins de sport, l’activité suit la tendance générale et s’affiche à -2 % en valeur, intégrant la location de ski et la vente de matériel, textile et accessoires.
« La vente s’établit à -3 % et la location à -4 %, avec de grandes disparités selon les massifs », note Julien Gauthier, vice-président de l’USC, suite à une enquête menée auprès de 157 magasins cumulant un chiffre d’affaires de 58 M€ au 5 avril 2023.
Celui-ci est à -6 % en Haute-Savoie et +2 % en Savoie.

Arrêt des réservations
Et que dire de la fin de saison ? Après la pluie de décembre qui a lessivé les pistes (excepté dans les Alpes du Sud), un mois de janvier enneigé marqué par le retour de la clientèle internationale, et des vacances de février sous le soleil, la neige revient en force en cette mi-avril. Mais le cœur n’y est plus.
« Les réservations, excellentes à l’automne, se sont effritées », note Patrick Provost, président de l’observatoire de l’ANMSM, qui rappelle l’attrait fort pour le ski et la montagne.
Julien Gauthier, lui, évoque un trou d’air à partir du 15 mars. Alexandre Maulin le répète : « Tout le monde doit jouer le jeu pour offrir aux clients une offre globalisée, alors que bon nombre de commerçants ferment fin mars. »
Enfin, autre sujet d’actualité évoqué : l’hébergement touristique et, plus largement, le logement en zone de montagne. Élus et professionnels s’alarment de certaines mesures proposées par le législateur pour lutter contre l’érosion du nombre de logements permanents en zones tendues, et de l’extension du diagnostic de performance énergétique aux locations saisonnières dès 2024.
Les résultats de la campagne hiver » La montagne, ça vous gagne », lancée par France Montagnes (étude CSA) :

Patricia Rey
Graphiques et chiffres : sources USC, G2A et CSA












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