Pour la 8e édition du TOP 300 des entreprises de l’Ain, la 4e remise des Trophées Éco a réuni, mercredi 3 décembre, dirigeants et institutionnels autour d’une table ronde consacrée à l’export.
Dans un contexte mondial instable, les entreprises locales témoignent de leur capacité à s’adapter et à trouver dans l’international des relais de croissance et d’innovation. Avec 9,81 milliards d’euros d’export en 2024, l’Ain se classe 3e exportateur régional. Mais sa balance commerciale, longtemps excédentaire, est devenue déficitaire pour la première fois en trente ans. La soirée, organisée à l’amphithéâtre du Centre technique IPC à Bellignat, avait pour parrain Dougal Bendjaballah, dirigeant d’une société d’implants chirurgicaux, Keri Medical, et président d’Oyonnax Rugby. « Je suis sans doute plus connu à Oyonnax par mon activité dans le rugby », a‑t‑il souri.
Mais derrière le sport, il a insisté sur la dimension économique d’Oyonnax Rugby, véritable entreprise à part entière. Le club représente près de 120 fiches de paie et génère chaque année 28 millions d’euros de retombées économiques. Avec douze nationalités parmi les joueurs, il illustre la diversité et l’ouverture internationale qui caractérisent désormais la plupart des clubs professionnels. Mercredi soir cependant, c’est bien son activité industrielle qui était mise en avant.
Sa société installée à Archamps (Haute‑Savoie), spécialisée dans les implants chirurgicaux pour la main et le poignet, destinés aux personnes souffrant d’arthrose, emploie environ 120 personnes sur le site haut‑savoyard et dispose également d’une unité à Besançon (Doubs), dédiée à la fabrication des instruments chirurgicaux sous la marque Kerimedical, qui compte près de 200 salariés. Créée il y a huit ans, elle a connu une croissance soutenue, appuyée par 12 millions d’euros d’investissements industriels.
Dougal Bendjaballah a insisté sur la différence entre deux notions souvent confondues : « Exporter, c’est vendre des produits à l’étranger. Être à l’international, c’est implanter des filiales, recruter, structurer l’entreprise pour le marché mondial. » Chez lui, ce distinguo est devenu une véritable stratégie : l’organisation interne est pensée pour l’international, avec des échanges réalisés en anglais afin de faciliter la communication entre les équipes réparties dans plusieurs pays. Son entreprise réalise 85 % de son activité hors de France, principalement aux États‑Unis (50 %) et en Europe (Allemagne, Belgique et Hollande). « La santé, ce sont des produits à forte valeur ajoutée. Nous sommes protégés des importations chinoises, mais les obstacles réglementaires sont considérables ».
Entre risques et opportunités
Thomas Colombari (Auvergne‑Rhône‑Alpes Entreprises) a souligné les atouts logistiques de la région – tunnels alpins, aéroports de Lyon et Genève, ports fluviaux – tout en constatant un tassement des exportations lié au coût de l’énergie et aux difficultés dans la chimie, la mobilité et la plasturgie. « Quand la Plastics Vallée tousse, c’est tout l’export de l’Ain qui s’enrhume », a‑t‑il résumé, rappelant le poids de l’industrie dans l’économie régionale.
Pour le dirigeant de Fermob, Baptiste Reybier, l’export est un pilier de l’entreprise depuis trente ans. Présente dans une soixantaine de pays, elle réalise près de la moitié de son chiffre d’affaires à l’international. « Notre stratégie n’est pas d’ouvrir de nouveaux marchés, mais de renforcer notre présence dans le top 10 des pays où nous sommes déjà implantés », a‑t‑il précisé, insistant sur la nécessité de consolider plutôt que de disperser les efforts.
Quentin Bresson (Wearth Group) a présenté une société qui réalise 80 % de son activité à l’export. Né sous le nom Poralu Marine, le groupe s’est transformé en acteur international avec des filiales au Canada, en Indonésie, en Australie ou encore à Hong Kong. « Depuis 2001, l’international est véritablement ancré dans notre ADN », a‑t‑il affirmé. Le groupe s’est diversifié dans les infrastructures flottantes, les passerelles en aluminium ou encore, les robots collecteurs de déchets, preuve que l’innovation accompagne l’ouverture internationale.
Ugo Batel (Oxyane) a précisé que la coopérative agricole accompagne 5 000 adhérents et collecte 600 000 tonnes de céréales par an. Une partie est valorisée en nutrition animale ou en production d’œufs. Mais les crises récentes ont bouleversé les marchés : « La Covid, puis la guerre en Ukraine ont provoqué une spéculation historique, suivie d’un effondrement des prix. Nous sommes passés de 350 € la tonne à 180 €. » L’export, qui représentait 40 % de l’activité, ne pèse plus que 10 %. Pour lui, la résilience passe désormais par les circuits courts et la diversification.
Enfin, Sylvie Dupont (Pramex International) a insisté sur l’évolution des profils d’entrepreneurs. « Il y a vingt ans, nous accompagnions surtout des entreprises matures. Aujourd’hui, les dirigeants sont plus jeunes, décomplexés, et voient très vite des relais de croissance à l’international. » Elle rappelle que la présence locale est souvent incontournable pour répondre aux appels d’offres et stimuler l’innovation. Les implantations permettent de disposer d’équipes commerciales et de service après-vente, indispensables pour gagner en crédibilité.
Malgré les turbulences, aucun intervenant n’a exprimé de regrets. Tous ont souligné que l’international reste un vecteur de croissance, d’innovation et de résilience. « Alors allons‑y », a conclu l’animateur Sébastien Jacquart, rappelant qu’il reste, dans l’Ain, une balance commerciale à redresser.
L’accompagnement de la Région à l’export
La Team France Export, créée au niveau national mais pilotée par les régions, vise à clarifier un paysage où interviennent Business France, CCI internationales ou cabinets spécialisés. « L’accompagnement varie selon les pays et les interlocuteurs », rappelle Thomas Colombari, directeur de l’antenne de l’Ain d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises.
Trois volets sont proposés : aider les primo exportateurs à franchir une première étape, consolider les ressources humaines avec le financement des VIE – Volontariat international en entreprise – (15 000 €) ou le soutien au recrutement d’un cadre export (20 000 €), et faciliter l’accès aux marchés internationaux via pôles et clusters.
Chaque année, une centaine de missions sectorisées par pays sont organisées, permettant aux entreprises d’exposer à moindre coût sous pavillon régional ou de tester de nouveaux marchés grâce aux Plans de développement à l’international (PDI).
Les Trophées Éco
Initiative « RH » : École de production La Passerelle – projet labellisé

Ce trophée récompense une réponse collective de 30 industriels de la Plastics Vallée face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et au décrochage scolaire. L’école de production La Passerelle accueille des jeunes dès 15 ans pour les former aux métiers de l’usinage et de la plasturgie, en partenariat avec l’Éducation nationale et le lycée Arbez Carme. « C’est une aventure collective qui a démarré, notamment, avec la rencontre de Michel Mourlevat », souligne Frédéric Jullien, président. Lorsqu’il a été nommé à la tête de Haut-Bugey Agglomération, il a sillonné le territoire et échangé avec les industriels. « On s’est dit qu’il fallait investir dans la jeunesse qui a l’intelligence des mains », poursuit le président. Encadrés par des maîtres d’apprentissage, les élèves acquièrent les compétences de l’industrie mécanique et technique, pour une insertion rapide dans le tissu local.
Initiative « Environnement » : Team Green

Spécialiste du gazon sportif, Team Green propose des solutions naturelles pour les golfs et stades de haut niveau : semences, engrais bio et stimulants. Depuis douze mois, l’entreprise installée à Fareins innove avec la robotique et la luminothérapie, fruit de quinze ans de recherche. « Nous étions absents de l’export, et après avoir découvert le Maghreb, nous sommes aujourd’hui présents dans 25 pays. Nous avons aussi des projets aux États-Unis, avec un gros marché golf », explique Cédric Martinotti, directeur général. Malgré un marché morose, Team Green, qui tablait sur une croissance de 15 % cette année, affiche déjà +31 %. « C’est une surprise pour nous de recevoir ce trophée, mais il récompense notre volonté de rester dans le green », ajoute-t-il.
Initiative « Innovation » : Æmotion

Créée en 2018, la start-up EVA France conçoit des véhicules légers électriques innovants. Son modèle Æmotion, à mi-chemin entre la moto et la voiture, veut révolutionner les déplacements du quotidien. « Les bouchons coûtent 17 milliards d’euros par an en France. Æmotion veut apporter une solution », affirme Alexandre Lagrange, fondateur. Installée à Virignin, l’entreprise qui compte déjà 20 associés dont 5 salariés, vise 150 emplois et 5 000 véhicules par an à horizon cinq ans. Dans un mois, elle participera au CES de Las Vegas, vitrine mondiale de l’innovation.
Meilleure entrée : MSK Emballage

Filiale du groupe allemand MSK Covertech, l’entreprise dirigée par Linda Hannen fait une entrée remarquée à la 267e place du classement, avec 76,5 % de croissance à 15 M€ de chiffre d’affaires. Spécialiste des installations d’emballage et de manutention pour palettes et charges volumineuses, MSK dispose, à Reyrieux, d’un centre d’essais unique. « MSK existe depuis 50 ans et nous sommes implantés en France depuis 41 ans », rappelle Yves Petrozzi, directeur technique. Le groupe est présent en Hongrie, Chine, États-Unis et prévoit de se développer en Afrique et au Moyen-Orient.
Coup de cœur : Groupe Oxyane

Né de la fusion de la Coopérative Dauphinoise et Terre d’Alliance, Oxyane est leader de la collecte de céréales en région. Entre 20 et 40 % des volumes sont exportés, tandis qu’une partie est transformée en aliments pour le bétail. Le groupe produit aussi 800 millions d’œufs par an, représentant 8 à 12 % du marché. « Ce prix, ce sont nos agriculteurs qui le méritent », souligne Ugo Batel, directeur innovation et transition. Il insiste sur la nécessité d’une agriculture résiliente : « Le consommateur n’est plus prêt à payer l’alimentation comme avant. Nous devons nous engager sur différentes filières pour assurer la pérennité de nos agriculteurs. »
Carole Muet











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