Une soixantaine d’apiculteurs viennent extraire leur miel à la miellerie collective du massif des Bauges, située à Saint-Eustache.
À peine la porte du local est-elle ouverte qu’une délicieuse odeur vient flatter les narines du visiteur. Une odeur que les abeilles du coin ont détectée bien avant lui. Les moustiquaires des fenêtres préviennent heureusement toute intrusion ailée non souhaitable dans ces deux pièces dédiées à l’extraction du miel. Car, entre le 15 juin et la fin du mois de juillet, les 62 apiculteurs adhérents de l’association qui gère la miellerie collective du massif des Bauges, située à Saint-Eustache, viennent tour à tour récolter le fruit du travail de leurs abeilles et le mettre en pots.
Créée en 2011, la miellerie est l’aboutissement d’une réflexion et d’un travail en commun réalisés par le syndicat des apiculteurs de Haute-Savoie et le Parc naturel régional du Massif des Bauges notamment. Dans le cadre de son dispositif « prairies fleuries », ce dernier trouvait en effet intéressant que les apiculteurs soient associés aux agriculteurs du parc. Une fois l’association des apiculteurs de la miellerie collective du massif des Bauges constituée, restait à aménager le local autrefois utilisé par la fruitière du Cruet attenante.
Il a fallu injecter 120 000 € dans la réfection des deux pièces, auxquels il faut ajouter 50 000 € de matériels divers. Des partenaires, publics et privés (dont Sherpa, voir encadré) ont participé au financement. L’objectif principal du lieu est de proposer des conditions optimales d’extraction et de mise en pots à tous les apiculteurs, qu’ils soient professionnels ou amateurs. Dans les faits, la plupart sont des amateurs détenant en moyenne une dizaine de ruches.
« Nous avons aussi quelques professionnels parmi nos adhérents », précise Vincent Monod, secrétaire. « Mais, en règle générale, ils ne restent pas longtemps. La miellerie leur met le pied à l’étrier les premières années, leur évitant de lourds investissements, puis ils s’équipent de leur propre matériel. »
Qu’est-ce qui amène ces passionnés jusqu’à Saint‑Eustache pour faire jaillir le miel des cadres ? Des installations que le commun des mortels ne peut assurément pas s’offrir, à commencer par une chambre chaude pouvant stoker une centaine de hausses, mais aussi des désoperculateurs, une centrifugeuse à opercules, des tamis sur les très nombreux maturateurs, une pompe doseuse pour la mise en pots, une étiqueteuse… Bref, une installation professionnelle à la portée de tous.
C’est d’ailleurs tout le sens originel de la démarche, basée sur le collectif. À l’épreuve des faits, cependant, la poignée de bénévoles qui fait vivre l’association prend conscience de la difficulté à motiver les troupes pour s’impliquer davantage, voire, a minima, pour respecter les règles de base d’utilisation.
Quant au nombre d’adhésions, il varie selon les années, en fonction des récoltes. En 2022, année réputée bonne, plus de 70 apiculteurs ont versé leur cotisation annuelle de 34 euros. En 2023, ils ne sont plus que 62. « Il faudrait que nous atteignions le seuil de 100 pour pouvoir payer sereinement nos charges fixes », explique le secrétaire. Pour palier cette difficulté, l’association envisage de multiplier les stages hivernaux ouverts à tous, tels que la fabrication de nougat.
12 tonnes ont été extraites à Saint-Eustache en 2022, contre environ 5 tonnes cette année, la pluie printanière n’ayant pas aidé les abeilles.
Soutien de Sherpa
En 2014, Sherpa a donné une subvention de 10 000 € à la miellerie pour l’achat de matériel. Depuis, quelques apiculteurs lui vendent du miel, commercialisé sous sa marque Terre de l’Alpe (1,66 t en 2022).
Sylvie Bollard
Photo à la une : Vincent Monod a choisi la désoperculation “classique”.












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