Agriculture : la vérité est toujours au milieu

par | 24 novembre 2021

La conférence agricole, organisée à Châtillon-sur-Chalaronne, a fait la part belle à une nouvelle façon de produire qui mixerait circuits courts et circuits longs pour mieux répondre aux exigences du « nouveau monde ».

Drôle de paradoxe tout de même que de voir les consommateurs plébisciter les agriculteurs et de voir en même temps ces derniers perdre en nombre chaque année. « Il va falloir que les métiers de la terre retrouvent de l’intérêt car l’agriculture, c’est l’affaire de tous ! » clame haut et fort Adrien Bourlez, président de la Confédération générale de l’agriculture, à l’occasion de la récente Conférence agricole organisée à Châtillon-sur-Chalaronne. Cette grande messe de l’agriculture qui réunit comme à chaque fois tous ses acteurs principaux – Département, Chambre d’agriculture, Confédération générale et syndicats – revêt cette année plus d’importance encore, au vu de la crise sanitaire. Même la Confédération paysanne qui avait pris l’habitude de bouder le rendez-vous y a participé par ses prises de paroles perspicaces. De quoi réjouir le vice-président à l’agriculture du Département, Jean-Yves Flochon, convaincu que « tous les dossiers portés par le Département doivent être partagés par le plus grand nombre ».

Le monde change et l’agriculture n’est pas en reste. Entre les difficultés économiques que ressentent les agriculteurs, le vœu de mieux consommer, sans forcément vouloir ou pouvoir dépenser plus, l’arrivée des applications qui aident à la décision d’achat d’un produit et la préservation des ressources naturelles, comme le dit Michel Joux, président de la Chambre d’agriculture de l’Ain : « L’agriculture est au centre de tout ! » Si, comme l’assure Jean Deguerry, son président, le Département sera « toujours aux côtés des agriculteurs et des 32 000 emplois qu’ils représentent dans l’Ain », rappelant, au passage, l’achat en pleine pandémie de « 2 000 volailles de Bresse pour les cantines des collèges » et les « 3,6 M€ votés en assemblée départementale pour l’agriculture », chacun est convaincu qu’il va falloir entrer de plain-pied dans la nouvelle ère. Celle où l’on n’œuvrera plus seul dans son coin, mais collectivement.

Quand les ménages ne consacrent plus que 17 % de leur budget pour l’alimentation, alors que cette part s’élevait encore à 29 %, il y a cinquante ans, il faut réfléchir à sa manière de fonctionner. S’adapter ou disparaître. Aujourd’hui, tout est le monde est (sur) informé sur ce qu’il mange grâce aux applications et autre Nutriscore notant la qualité d’un produit. La quantité ne peut plus être autant vecteur de succès économique qu’avant. Et la pandémie a montré que les consommateurs privilégieraient désormais la qualité. Alors, entre les circuits courts, lien direct entre producteur et acheteur « de la fourche à la fourchette », incapables de contenter tout le monde et les circuits longs, comptant au moins deux intermédiaires entre le producteur et le consommateur, modèle de plus en plus réfuté, il y a le circuit intermédiaire. Entre deux extrémités, la vérité se trouve souvent au centre. Évoqué comme une révolution, le Système Alimentaire du Milieu (SyAM), qui combine le meilleur des circuits longs et des circuits courts, fait l’unanimité. Il ne peut en être autrement quand il s’agit d’alimenter en quantité et en qualité une collectivité ou des acteurs privés (magasins, restaurants, transformateurs…) avec des produits locaux, dans le respect de l’environnement et des acteurs de la filière. Terminé les rapports de force, place aux alliances ! « Qu’est-ce que la volaille de Bresse sans ses éleveurs, ses abattoirs, ses employés, ses distributeurs, son AOC… » s’interroge Adrien Bourlez. Du court, on gardera la proximité géographique, le produire local, la qualité et la fraîcheur, le terroir… Du long, son côté multi-acteurs, les intermédiaires possibles, la spécialisation et l’optimisation de certaines tâches, volumes et méthodes… « Il y a bien une réflexion à mener entre un modèle de productivisme et un autre de proximité. On est à l’orée d’une démarche et il y a de l’intérêt à ce que ces sujets émergent », souligne Jean-Yves Flochon. Il faut l’espérer ! Un agriculteur sur deux sera à remplacer dans les dix ans dans l’Ain, apprend-on. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin », dirait Jacques Chirac, pas le plus éloigné du monde agricole. Pour une fois que le milieu peut honnêtement faire la loi !


Le mieux du moins

Dans les marchés publics, l’État abandonne le principe du moins-disant. Cette disposition souvent mal interprétée par certains acteurs du processus des marchés publics entraîne parfois des manquements au niveau de la réalisation. Les gestionnaires des procédures de passation des marchés publics ne doivent donc plus forcément retenir le moins… La réalité est toute autre ! Les collectivités qui gèrent des budgets de plus en plus étriqués peuvent toujours être tentées par le moins-disant. Mais lorsqu’il s’agit d’alimentation, de santé, les mœurs doivent évoluer. « Faut-il poursuivre la politique du prix le plus bas ? Ne faut-il pas privilégier une politique de santé pour éviter d’avoir sur nos étals des produits qui viennent d’un peu partout dans le monde ? » questionne Adrien Bourlez, président de la Confédération générale de l’agriculture. Les représentants de la Confédération paysanne ne disent pas mieux en réclamant qu’on retienne avant tout comme critère « le local ».


17 %

La part en valeur des dépenses d’alimentation est passée de 29 % du budget de consommation en 1960 à 17 % en 2019.


Egalim 2, plus égalitaire ?

La loi du 18 octobre 2021 visant à protéger la rémunération des agriculteurs, Egalim 2, est la dernière en date d’une longue série. Elle est, comme son surnom l’indique, l’héritière de la loi fondatrice Egalim qui avait posé les jalons d’une refondation des rapports entre les producteurs, les fournisseurs et les distributeurs de produits agricoles et de l’agroalimentaire au sens large.

Si son but premier était de remettre à plat les méthodes de contractualisation pour la vente de produits agricoles, la loi Egalim avait également étendu son influence par la voie de diverses ordonnances d’application : encadrement des offres promotionnelles et du seuil de revente à perte, lutte contre les prix abusivement bas, renforcement des sanctions en cas de pratiques commerciales déloyales entre les opérateurs économiques. Egalim 2 tente donc de corriger les effets de bord de la réforme d’ampleur entamée en 2018.


Eliséo Mucciante

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