Malgré leurs avis divergents sur la maladie, les différents acteurs du secteur pointent ensemble du doigt les lacunes du gouvernement à gérer la situation.
Présent lors de la parade de Noël organisée le 19 décembre à Bourg-en-Bresse (lire ci-dessous), Justin Chatard a profité de l’événement pour défendre un sujet brûlant : la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Il ne faut pas vendre du rêve aux agriculteurs. La maladie tue, c’est une réalité », a martelé le président du syndicat des Jeunes Agriculteurs, en soutien au protocole d’abattage collectif mis en place par l’État.
Depuis l’apparition de la DNC en France, la stratégie gouvernementale repose sur l’éradication rapide de la maladie par des abattages préventifs. Dans l’Ain et en Savoie, environ 0,2 % des troupeaux ont été concernés. Un chiffre que Justin Chatard juge « minime au regard des dégâts qu’entraînerait une épidémie incontrôlée ». Les Jeunes Agriculteurs, comme la FDSEA, soutiennent donc clairement l’action de l’État, tout en pointant un défaut majeur : « Il y a un vrai manquement dans la communication vers le grand public comme vers les agriculteurs. Tout le monde ne comprend pas. »
Un constat partagé par Gilles Brenon, président de la Chambre d’agriculture de l’Ain. S’il rappelle que les quelque 80 cas recensés dans le département ont été « gérés facilement » grâce à des abattages par lots, il regrette une pédagogie insuffisante. « Il faudrait expliquer en détail le processus, plutôt que de dire simplement : on tue ou on ne tue pas », a-t-il insisté, soulignant l’incompréhension croissante autour de décisions perçues comme brutales.
À l’opposé, la Coordination rurale s’élève contre le protocole actuel. Le 16 décembre dernier, une centaine de personnes se sont rassemblées devant la préfecture de l’Ain. « Nous demandons des abattages ciblés et des fermes tests. Le gouvernement est en train de tuer l’agriculture », dénonçait alors Natacha Dumont, trésorière adjointe.
Malgré ces divergences profondes sur l’abattage systématique, un point fait consensus : la gestion gouvernementale est jugée défaillante. Un enjeu que le nouveau préfet de l’Ain, Louis-Xavier Thirode, arrivé le 22 décembre, devra rapidement prendre à bras-le-corps. Issu d’une famille d’éleveurs bovins en Franche-Comté, il revendique être « un préfet agricole » et affirme croire « au rôle de l’État » pour « garder l’essentiel : nos produits et nos savoir-faire ».
Ce débat intervient dans un contexte national tendu. Un nouveau cas de DNC a été confirmé en Ariège le 2 janvier, ravivant les craintes d’extension de la maladie. Le 5 janvier, des agriculteurs de la région ont également bloqué plusieurs axes à Lyon pour dénoncer la gestion de la crise. Autant de signaux rappelant que, au-delà des désaccords sur les méthodes, la confiance entre l’État et le monde agricole reste fragile, à l’aube d’une année 2026 annoncée comme « tournant » pour l’agriculture française.
Les agriculteurs font briller les rues de Bourg-en-Bresse
Sous une pluie battante, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de l’Ain avaient donné rendez-vous aux Aindinois le 19 décembre à Bourg-en-Bresse pour une parade de Noël de tracteurs illuminés. Lors de cette deuxième édition, un défilé festif était suivi d’une dégustation gratuite de produits 100 % locaux sur le parvis du marché couvert, afin de promouvoir les filières agricoles de proximité et une consommation responsable.

Thibault Jeanpierre








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