Ain : Émilie Sartelet et la pierre, l’histoire d’une rencontre

par | 22 Avr 2026

La sculptrice, installée à Trévoux depuis 13 ans, vient de recevoir le titre de Maître artisan d’art dans sa discipline.

« Je le vis comme un renouvellement de mes vœux auprès de mes élèves et de celle qui partage ma vie au quotidien, la pierre. Un morceau de notre planète, vieux de 400 millions d’années, que j’aime à mettre en forme et à faire vivre », lance la sculptrice Émilie Sartelet, au moment de recevoir des mains de Pierre Girod, président de la Chambre de métiers de l’Ain, son titre de Maître artisan d’art, le 1er avril, dans son atelier à Trévoux.

« La sculpture sur pierre se fait de plus en plus rare, dans un monde où plus personne n’a le temps. Elle représente pourtant un appel à la sobriété, puisqu’elle consiste à retirer le superflu pour mettre à jour l’essentiel. On n’est pas maître sans élève. La connaissance, c’est naître à l’autre. Au-delà de quelques cailloux, c’est ce qu’il reste de nous, ce que l’on transmet. »

Et l’artisane de joindre le geste à la parole, en commençant à donner un véritable cours à l’assistance, autour de la sculpture d’une tête de lionne. Le bloc a été dégrossi. Les lignes ont été tracées au crayon. Un croquis sur un transparent laisse imaginer le résultat.

« Un profil, une hauteur et une profondeur vont permettre de passer de la 2D à la 3D. Il s’agit d’enlever tout ce qui n’est pas la lionne », décrit la sculptrice qui agrémente sa démonstration de nombreux jeux de mots comme autant de procédés mnémotechniques, notamment pour se souvenir des noms des outils. « La pierre a de “la veine”, mais nous, on a du “bol” ! »

Comme une retrouvaille

Émilie Sartelet est installée dans son atelier trévoltien depuis 13 ans. « Je dessine et je modèle depuis que je suis toute petite, mais je n’avais rien trouvé qui me donne envie d’en faire mon métier », se souvient-elle. Jusqu’au jour où elle participe à un atelier d’initiation à la sculpture. C’était le 28 juin 2009. Elle avait 33 ans. « J’ai rencontré quelque chose que j’avais en moi. C’était comme une retrouvaille, comme si j’avais toujours sculpté. Je me suis immédiatement renseignée auprès de l’intervenant sur les moyens d’en vivre. »

À partir de là, les planètes s’alignent pour elle. Son premier client, elle le rencontre alors qu’elle devait déjeuner seule. Lui non plus, n’avait personne à sa table. Elle réalisera pour lui, un Bouddha taillé à même la roche. Et quand, à la suite d’une séparation, elle emménage dans une colocation à Trévoux, la rue des arts est en train d’être créée. « Nous avons une communauté de communes très actives pour les métiers d’art », se réjouit-elle.

Aujourd’hui, les commandes lui assurent la moitié de son revenu, les cours, le reste. « C’est important, en particulier pour les enfants, les générations futures, de faire connaître ce savoir-faire millénaire qui n’a jamais changé. Les outils ont évolué, le geste est le même. C’est un art qui impose de réfléchir avant d’agir, de prendre le temps, parfois de changer de point de vue, de prendre une autre direction. La pierre aussi est un maître », relève-t-elle.

« Ce titre de maître artisan d’art est une vraie reconnaissance d’années de travail et de transmission. Transmettre dans la joie et la bonne humeur, c’est du bonheur », devait féliciter Pierre Girod. Et Émilie Sartelet de rebondir : « Quand on fait ce que l’on aime, la vie est un cadeau. »

Depuis son installation à Trévoux, Émilie Sartelet a donné des cours de sculpture sur pierre à quelque 1 200 personnes, dont sept jeunes partis se former chez les Compagnons.


Sébastien Jacquart

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