Ain : l’enjeu de la formation aux métiers de l’énergie

par | 13 juin 2024

Du développement des renouvelables à la construction de deux réacteurs nucléaires supplémentaires à la centrale du Bugey, en passant par l’émergence du secteur de l’hydrogène, les entreprises ont besoin de compétences.

« Une entreprise comme Sigedi qui démontre sa compétence dans le nucléaire, cela fait partie des atouts qui ont permis d’obtenir la construction de deux réacteurs de type EPR 2 sur la centrale du Bugey. C’est très rassurant pour EDF, de savoir qu’elle va pouvoir trouver à proximité, les qualifications dont elle a besoin. Il est donc essentiel que ces entreprises continuent de former du personnel, en interne comme en externe. Non seulement parce que certains cursus n’existent plus dans l’Éducation nationale, mais parce que même très bien formée, une personne a besoin de se mettre à niveau régulièrement», note le conseiller régional Alexandre Nanchi, à propos des enjeux de formation autour des métiers de l’énergie.

Des enjeux dont les élus régionaux ont fait le tour, jeudi 30 mai, en visitant successivement l’Afpa (Agence pour la formation professionnelle des adultes) à Bourg-en-Bresse (lire ci-dessous), la centrale nucléaire du Bugey et les ateliers de Sigedi, à Loyettes.

Cette dernière entreprise, qui emploie un peu moins de 600 personnes pour un chiffre d’affaires de 90 M€, œuvre dans la tuyauterie, la chaudronnerie, la mécanique, la robinetterie, l’électricité, les automatismes et les travaux sur cordes, pour le secteur de l’énergie en général – des centrales hydroélectriques à, depuis peu, l’hydrogène – et du nucléaire en particulier. Elle a ainsi été chargée, parmi d’autres, de remplacer les tuyauteries victimes de corrosions sous contraintes, ce défaut qui avait conduit EDF à arrêter une vingtaine de réacteurs en 2023.

La société dénombre neuf implantations pour 10 sites, dont sept en production, et fait partie du groupe Albatros qui lui-même emploie 950 personnes pour 125 M€ de chiffre d’affaires et 25 implantations, avec sa propre école : HP Formation à Béligneux. Comptant parmi les 12 organismes de formation certifiés par EDF pour le nucléaire, celle-ci dispense, dans ce domaine, ses savoir-faire auprès d’actuels ou futurs soudeurs, tuyauteurs et robinetiers, en interne comme en externe.

«La formation de nos propres personnels doit représenter moins dun dixième de son chiffre daffaires, qui s’élève à 4 M», estime le président du groupe, Henri-Guillaume Gueydan. D’autant que l’école forme aussi aux risques au travail (travaux en hauteur, risque électrique, etc.) et aux métiers du sport, sur son site de Bourgoin-Jallieu.

La formation est à ce point capitale pour Sigedi que l’entreprise compte en permanence une soixantaine d’apprentis dans ses effectifs, la plupart embauchés au terme de leur parcours. Lauréate du plan de relance de l’État en 2021, elle a bénéficié, en 2023, de six Pactes région pour l’emploi (PRE, ex-Cared, Contrats d’aide au retour à l’emploi durable) pour financer la formation de 39 de ses équipiers. Ce soutien s’inscrit dans le cadre de sessions dédiées à la filière nucléaire, avec 16 entreprises engagées dans le recrutement de 114 demandeurs d’emploi.

16 : C’est le nombre d’entreprises de la filière nucléaire soutenues par la Région, pour la formation et le recrutement de 114 demandeurs d’emploi.

Accompagner au-delà de l’apprentissage

«Aujourdhui un organisme de formation dispense ses cursus mais pour autant l’apprenant peut avoir une problématique de santé, de logement, de numérique, de mobilité ou même de garde d’enfant. Le village des solutions a pour vocation, avec ses partenaires, d’accompagner ces publics pour les aider à lever ces freins», explique Frédéric Freydoz, le 30 mai, lors de la visite de l’Afpa de l’Ain (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes), à Bourg-en-Bresse.

Ainsi, le dispositif, créé en 2019, compte 10 villages des solutions à travers la région. Dans l’Ain, le programme, établi en 2022, s’appuie sur pas moins de 32 partenaires. «Nous faisons tout pour accompagner ces publics, qui pourraient aller jusqu’à la rupture du parcours de formation. Nimporte qui peut être confronté à des freins à lemploi», ajoute-t-il.

En Auvergne-Rhône-Alpes, on dénombre 14 réacteurs nucléaires.

Un nouveau cursus pour les adultes avec l’Afpa

«On dénombre 14 réacteurs nucléaires en région, sans parler des projets à venir, mais aussi 91000 installations photovoltaïques, de l’éolien, du biogaz et des barrages hydroélectriques, comme à Injoux-Génissiat. Ces chiffres montrent bien le besoin territorial en parcours de formation. Le secteur de l’énergie connaît une forte croissance, tandis que nous avons besoin de limiter notre dépendance et dassurer notre production. Tout cela a conduit à réfléchir à un nouveau dispositif : le parcours découverte des métiers de l’énergie», déclare Frédéric Freydoz, directeur de l’Afpa de l’Ain (Agence pour la formation professionnelle des adultes), à Bourg-en-Bresse, le 30 mai.

Ce parcours découverte, financé par la Région et le Fonds social européen+ (FSE+) pour près de 170 000 €, devrait débuter le 27 novembre. Jusqu’en avril, les stagiaires bénéficieront d’une formation continue et passeront la première partie du titre professionnel d’électricien d’équipement du bâtiment. Ils découvriront notamment les différentes filières du secteur de l’énergie, l’installation des réseaux et l’équipement courant fort dans les bâtiments.

Ils bénéficieront également de l’intervention d’entreprises du territoire, dans les domaines des énergies renouvelables et du nucléaire. D’avril à octobre 2025, ils entameront la seconde partie du parcours, cette fois en alternance. Lors de leurs cours, ils aborderont l’installation d’équipements et les solutions d’efficacité énergétique d’un bâtiment. Sans oublier un focus sur le photovoltaïque et une ouverture sur les solutions thermiques innovantes.

Les Afpa de la région ont un taux de 86,1 % de réussite au titre professionnel.
Les Afpa de la région ont un taux de 86,1 % de réussite au titre professionnel.

«Les entreprises ont besoin de beaucoup de main-d’œuvre, on le constate sur lensemble de la région. Les deux futurs EPR représenteront à eux seuls, 20000 emplois jusquen 2041. Il faut anticiper dès à présent, notamment le besoin en main-d’œuvre pour la construction. Lenjeu de formation est donc extrêmement important», renchérit Jacques Blanchet, vice-président du Conseil régional à la formation professionnelle et à l’apprentissage.


Sébastien Jacquart et Joséphine Jossermoz

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