Le chantier de l’église Notre-Dame offre l’opportunité d’une plongée dans les arts lithotechniques.
Lancé en janvier pour une durée de 23 mois (et 4,8 M€, dont 1,5 M€ pour l’État, 500 000 euros pour la Région comme le Département et 300 000 euros pour la Fondation du Patrimoine), le chantier de la cocathédrale Notre-Dame de Bourg-en-Bresse s’est une nouvelle fois ouvert, lundi 27 octobre, offrant l’opportunité d’une plongée dans les métiers de la pierre. De nombreux savoir-faire sont en effet à l’œuvre, au cours de ces travaux qui ne visent pas « à refaire, mais à entretenir », dixit Loïc Morel, conducteur de l’opération pour la mairie. « Toitures et vitraux n’étaient plus étanches. En les reprenant, l’objectif est bien de ne rien avoir à reconstruire sur ce bâtiment classé, même si certains éléments en fin de vie vont malheureusement devoir être remplacés. »

Les façades, confiées à la société HMR, à Tossiat, ont été sondées par un appareilleur. Sa mission a consisté à frapper les pierres avec un marteau et juger, en fonction de la manière dont elles “sonnent”, de l’opportunité de les changer ou non. Il a planifié pour ce chantier, la commande de 19 m3 de blocs dont 10 m3 sont déjà venus remplacer des éléments défectueux. « Sélectionnés par l’architecte et la Ville, ils arrivent de la carrière de Drom – la même qu’à l’origine, après avoir été sciés en Bourgogne. Mais, ils ne sont pas posés tels quels. Si l’on devait remettre du neuf sur un bâtiment ancien, on ne verrait que cela, explique Loïc Morel. Le tailleur de pierre fait donc un travail d’approche. » Et comme les façades ont été nettoyées par aérogommage, pour retirer les lichens et les résidus de pollution, les pierres anciennes ont retrouvé leur aspect naturel, assez proche des blocs neufs retravaillés.

Certaines de ces pierres n’ont pas eu besoin d’être remplacées, mais ont cependant fait l’objet d’un réagréage dont le support est composé de vis en titane reliées par du fil. Quant aux différences de couleur des joints, elles sont traitées par un badigeon. Enfin, certains éléments sont habillés pour protéger les façades des ruissellements à l’origine des noircissements. Les volutes du clocher, notamment, sont recouvertes de plomb.

Il existe quelques exceptions au fait de ne pas refaire. Les cinq pinacles du chevet (photo ci-contre) vont être reconstruits et gagner 1,5 m en hauteur. De même, sur la sculpture de la Vierge à l’enfant qui surplombe l’entrée principale de la cocathédrale (photo ci-dessous), les doigts qui manquent au petit Jésus et le nez de sa mère vont être rétablis. L’atelier Tollis, en région parisienne, chargé de cette mission, a déjà nettoyé la sculpture mais doit encore travailler un peu pour lui rendre sa couleur originelle. « Nous ne reconstituons que les éléments pour lesquels nous avons des documents, des archives qui le permettent, insiste Loïc Morel. Nous avons une Madone à l’enfant au-dessus de la porte des morts à laquelle il manque la tête du bébé. Elle ne sera pas remplacée. »

Les autres métiers
En dehors des métiers de la pierre, d’autres savoir-faire interviennent sur le chantier de Notre-Dame de Bourg-en-Bresse, le plus souvent en atelier plutôt que sur place : des ferronniers, des menuisiers, chargés entre autres de redonner du lustre au portail monumental de l’édifice, et des vitraillistes. Les vitraux de l’église, qui datent du XVIe siècle pour les plus anciens au XXe pour les plus récents, ont été déposés pour être décrassés, réparés si nécessaire – notamment par adjonction de plomb pour colmater les éventuelles fissures – et renforcés pour éviter qu’ils s’affaissent sur eux-mêmes. De retour à leur place, ils seront protégés par une raquette en cuivre, contre les oiseaux, toutes sortes de projectiles ou encore, les grêlons. Quelque 30 km de fil tressé seront ainsi disposés autour du bâtiment. Enfin, les travaux figuratifs les plus anciens se verront couverts de surcroît, par une verrière.
Sébastien Jacquart








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