Ain : les Pépinières Soupe ont 45 ans d’avance

par | 2 avril 2026

L’entreprise travaillait déjà sur l’adaptation des arbres aux atmosphères sèches et aux fortes amplitudes thermiques bien avant que l’on parle de changement climatique.

« L’adaptation au changement climatique ? Nous l’avons anticipée, il y a 45 ans. Et nous sommes la seule pépinière en Europe à l’avoir fait. J’ai commencé cinq ans après mon installation. Un ami botaniste m’avait alerté à l’époque, sur l’atmosphère sèche des villes et les dépérissements que cela provoquait sur certaines espèces. Les urbanistes avaient alors fortement minéralisé les espaces, ce qui était déjà de nature à faire augmenter la température sans même parler de changement climatique. J’ai donc fait des recherches pour identifier les arbres exempts de maladie et d’insectes. Après nous être adaptés à la sécheresse des villes, nous nous sommes aperçus de la sécheresse des sols. Donc nous avons travaillé la palette végétale pour pallier ces problématiques », se souvient Daniel Soupe, fondateur des Pépinières Soupe à Châtillon-sur-Chalaronne.

Des arbres ultrarésistants

Ainsi, l’entreprise qu’il vient de transmettre à sa fille, Nelly, et qui a fêté ses 50 ans le 12 juin 2025, s’est fait une spécialité de sélectionner et de cultiver des espèces d’ornement pour les espaces urbains. Certaines sont endémiques, comme l’érable de Montpellier, d’autres viennent du Mexique, de la Turquie, comme le chêne chevelu, ou d’Azerbaïdjan, comme le chêne à feuilles de châtaignier.

Pour dénicher ses arbres, Daniel Soupe se rend notamment dans des pays où l’on observe de fortes amplitudes thermiques, de -8 °C en hiver à des étés très secs. « C’est ce que l’on peut observer de plus néfaste pour les végétaux : des coups de froid brutaux après des redoux qui les ont fait redémarrer trop tôt. Le chêne classique, le hêtre… 30 % des espèces locales ne sont plus adaptées au climat », explique-t-il.

La sélection est un travail de longue haleine. La pépinière part de la graine, dont elle suit la pousse au moins sur 8 ans, pour déterminer l’intérêt d’une mise en culture. Puis, il faut encore compter deux à trois décennies, avant de commercialiser.

« J’ai introduit beaucoup d’arbres, il y a 20 ans, qui sont à la vente seulement aujourd’hui. Des arbres ultrarésistants, sélectionnés sur un ensemble de critères précis. Je travaille pour l’avenir, ce qui démotive nombre de mes collègues, mais constitue un élément important de la pérennité de la pépinière. Ma fille a 40 ans. Revenue des États-Unis pour reprendre l’affaire, elle est déjà consciente que certains des arbres que je ramène ne seront pas pour elle, mais pour ses propres filles. » C’est pourquoi il n’envisageait rien d’autre qu’une transmission familiale. « Ou alors, j’aurais vendu aux ouvriers. »

La sève de l’innovation

Véritable “défricheur”, au sens où il a l’innovation dans le sang, Daniel Soupe a conçu une transplanteuse capable de planter 500 arbres par heure. Il est l’inventeur de clôtures végétales qui lui avaient valu, en leur temps, un prix Artinov de la Chambre de métiers de l’Ain. « Le brevet est depuis tombé dans le domaine public, mais j’ai toujours l’exclusivité car les autres pépiniéristes n’ont pas les espèces. » Il a aussi monté une société annexe, Sinnoveg, autour de solutions pour régénérer le microbiote et la mycorhize des sols. « C’est ça qui fait pousser les arbres ! »

D’ailleurs les Pépinières Soupe, qui emploient une centaine de personnes pour un chiffre d’affaires de 12,5 M€, ont fait évoluer leurs pratiques pour éviter l’appauvrissement, l’érosion et l’asphyxie des sols. Les rangs entre les arbres sont désormais cultivés avec des céréales, triticale ou seigle. Et les pailles servent à emballer les racines au moment de la vente des tiges.


Sébastien Jacquart

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

La retenue d'eau de la Loze, située au-dessus de Courchevel, s'affaisse "à une vitesse alarmante" de 15 cm par an depuis sa construction en 2020.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Réseau de chaleur : Rumilly combinera solaire thermique et biomasse

La future chaufferie de Rumilly sera l’une des premières et des plus importantes dans la région à produire de la chaleur avec du solaire thermique et du bois déchiqueté. D’ici l’automne 2027, Rumilly sera desservie par un réseau public de chaleur dont les ambitions...

Vivacy veut devenir le leader de l’esthétique régénérative

À Archamps, Vivacy, spécialiste de l’acide hyaluronique, accélère à l’international et enchaîne les acquisitions pour s’ériger en leader mondial de l’esthétique régénérative. Dans un secteur en pleine transformation, Vivacy se donne les moyens de ses ambitions pour...

Votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 22 mai 2026

100% en ligne, feuilletez directement votre magazine ECO Savoie Mont Blanc n°21 du 22 mai 2026 sur ordinateur, tablette ou smartphone. Réservé aux abonnés. Édition Savoie (73) : Édition Haute-Savoie (74) : Le saviez-vous ? Depuis notre liseuse en ligne, vous pouvez...

Communication : l’agence Altimax en redressement

La société annécienne Altimax, experte en communication digitale, s’est placée sous la protection du tribunal de commerce pour poursuivre son activité. Altimax, agence de conseil en marketing, communication et stratégie digitale installée à Chavanod, a...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé