Dans un secteur encore influencé par les stéréotypes, le monde féminin prend peu à peu sa place, notamment grâce à la nouvelle génération.
Au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes, l’Afpa de l’Ain a organisé le 9 mars, à la salle des fêtes de Bourg-en-Bresse, une après-midi consacrée à la mixité professionnelle. L’événement avait un objectif clair : encourager les dames à s’orienter vers des secteurs qui peinent encore à se féminiser, comme le bâtiment, l’industrie ou l’automobile.
« Nous avons accueilli une centaine de visiteuses, des femmes en recherche d’emploi ou d’apprentissage », explique Frédéric Freydoz, directeur de l’Afpa Ain. Une quinzaine d’entreprises étaient également présentes pour proposer leurs offres et échanger avec les participantes.
Au programme : démonstration de soudage et autres ateliers de réalité virtuelle pour découvrir certains environnements professionnels, ou encore présentation de la plateforme Immersion facilitée de France Travail. « Cet outil permet d’inventorier les sociétés volontaires pour des stages d’immersion et de faciliter les premières expériences », souligne le directeur.
Car dans certains secteurs, la présence féminine reste très faible. Dans la plomberie, par exemple, les femmes représentent à peine 3 % des effectifs, contre 5 % dans l’électricité et 8 % dans l’automobile.
Des vocations émergent
Toutefois, les lignes commencent à bouger. Au BTP CFA Ain, les effectifs féminins progressent d’année en année. Au sein de la promotion 2025-2026, 47 jeunes femmes sont inscrites, contre 33 l’année précédente et 25 deux ans plus tôt. « Petit à petit, les préjugés font place à la féminité dans les entreprises. C’est encore trop peu, mais chaque année nous battons de nouveaux records », observe Amélie Trohel, conseillère emploi formation du BTP CFA.
Parmi ces apprenties, Anastasia Durand, 20 ans, et Léna Gerentet de Saluneaux, 18 ans, ont choisi de se former au métier de carreleuse. Anastasia a d’abord suivi deux années d’apprentissage en maintenance des bâtiments, où elle a découvert différents corps de métier.
« Dans la rénovation, nous ne faisons jamais la même chose », explique-t-elle. Léna, elle, s’est d’abord formée en maçonnerie avant de se tourner vers le carrelage. Ce qui l’attire dans ces métiers ? « Ce sont des activités manuelles et le rendu est très visuel. »
Ouverture des entreprises
Sur les chantiers, les jeunes femmes doivent parfois composer avec certaines contraintes. L’absence de vestiaires ou de sanitaires adaptés peut compliquer le quotidien. « Mon patron demande souvent aux clients s’ils peuvent laisser la maison ouverte pour que je puisse aller aux toilettes », raconte Léna. Mais dans l’ensemble, l’accueil reste positif.
« J’ai beaucoup de compliments. Les gens me disent qu’ils sont contents de voir des femmes sur le terrain », ajoute-t-elle. Pour Anastasia, certaines sociétés apprécient même leur présence : « Leurs dirigeants préfèrent avoir des femmes dans leurs équipes car ils estiment que nous sommes plus minutieuses. » Pour Amélie Trohel, ces parcours contribuent à faire évoluer les mentalités.
« Les entreprises sont parfois réticentes au début, mais elles trouvent souvent la candidate qui fait la différence. Les filles sont très impliquées et réfléchissent beaucoup à leur organisation et à leur technique. » Un changement nécessaire pour la filière qui manque de bras. « Le secteur a besoin d’élargir son champ de recrutement », insiste la conseillère.
Un constat partagé par Lena qui adresse aux jeunes filles hésitantes : « Il ne faut pas avoir peur. Même si le métier est physique, on s’y habitue. Il faut juste faire attention à son corps et travailler en sécurité. » Preuve que, malgré les obstacles, les femmes sont de plus en plus nombreuses à tracer leur chemin sur les chantiers.
Thibault Jeanpierre












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