Chambéry : l’action sociale en question

par | 14 septembre 2022

La ville de Chambéry est-elle en train de brader son centre communal d’action sociale (CCAS) et notamment son patrimoine bâti ? C’est l’accusation portée par la CGT. La vice-présidente du CCAS et adjointe aux affaires sociales Christelle Favetta-Sieyès s’en défend et recadre le débat.

Tous les midis jusqu’au 30 septembre, l’intersyndicale CGT/FO du personnel municipal chambérien organise une grève sous forme de repas partagé chaque midi devant les établissements gérés par le CCAS pour protester contre « la fermeture de la plus grande résidence sociale de France », « le projet de vente de deux résidences autonomie » et « des choix politiques (qui) étouffent financièrement le CCAS ».

Subvention en déséquilibre

Au plan financier, les syndicalistes dénoncent une subvention d’équilibre toujours amputée de 400 000 euros depuis la municipalité Dantin, ce qui met en danger la qualité du service public. « Lorsque j’ai pris mon poste d’adjointe aux affaires sociales j’ai demandé qu’un audit financier indépendant soit réalisé sur le CCAS (7 établissements, 350 agentes et agents, répond Christelle Favetta-Sieyès. KPMG nous a confirmé qu’il manque effectivement de l’ordre de 400 000 euros sur un budget de 3,9 millions, pour que le CCAS fonctionne convenablement. Le maire Thierry Repentin a annoncé un financement exceptionnel de 450 000 euros pour 2022, le temps de faire le point – avec les syndicats – pour une solution plus pérenne. » « Les 450 000 euros étaient une subvention covid, soupirent les syndicats, qu’effectivement Thierry Repentin a confirmé, mais qui ne règle pas le problème. »

Résidence à reconstruire

La « plus grande résidence sociale de France » c’est celle des Epinettes : 177 logements dont 101 studios pour « accueillir les accidentés de la vie », résume Frédéric Dhorne, secrétaire général de la CGT pour la Ville et le CCAS : jeunes à la rue, primo-arrivants, femmes en instance de divorce… un bel outil, quasiment à l’équilibre au plan financier (80 000 euros de déficit sur un budget d’un million), et pourtant « en cours de démantèlement », proteste Frédéric Dhorne. « On est en train de le fermer montée par montée, regrette-t-il, avant de le détruire et que Cristal Habitat, qui maîtrise le foncier, y développe une autre opération. Avec seulement 80 places en résidence sociale, gérées par un opérateur privé. Le CCAS de son côté se positionne sur une pension de famille de 25 places, coincée entre la voie rapide et une usine de peinture. Le compte n’y est pas ».

Pour Christelle Favetta-Sieyès, « les agents ont le service public chevillé au corps et je respecte leurs inquiétudes, mais l’émotion a pris trop de place dans le débat » (cliché Département de la Savoie)

« C’était effectivement la plus grande résidence sociale de France », confirme Christelle Favetta-Sieyès, construite à cheval sur les communes de Barby et La Ravoire en 1977 sous l’influence de Louis Besson, et dont la gestion avait été confiée au CCAS de Chambéry. Il se trouve que la convention de gestion a été dénoncée en 2018. Nous avons découvert cet état de fait en arrivant en mairie en 2020. Il aurait fallu recontractualiser, mais nous sommes hors du périmètre communal et la loi ne le permet plus. Il faudrait pour cela que l’intercommunalité se saisisse de la compétence sociale. Nous ne pouvions rien faire d’autre qu’accompagner la fermeture. Nous sommes en train de déconstruire des bâtiments obsolètes (des studios de 13 m2 aux normes de 1977, plus acceptables aujourd’hui). A la place va naître une résidence sociale de 80 places, qui s’inscrit dans le schéma départemental porté par l’Etat. Et effectivement, nous avons obtenu l’agrément pour une pension de famille de 25 places en cours d’aménagement à Mérande. »

Rénover les résidences

Les deux résidences autonomie (les ex « maisons de retraite », pour des pensionnaires encore autonomes) sont celles de Ma Joie et La Calamine. « Les bâtiments sont vieillissants et le propriétaire, toujours Cristal Habitat, souhaite s’en débarrasser, accuse la CGT. Et en transférer la gestion au privé : des représentants de deux structures – Encal, 25 millions de chiffre d’affaires pour un million de bénéfices ; et l’association Alias – ont été vues sur les lieux pour prendre des mesures. »

« Ça oui, les bâtiments sont vieillissants, confirme la vice-présidente du CCAS : il a fallu changer les kitchenettes parce que nous ne trouvions plus les pièces nécessaires aux réparations courantes. Il y a eu des problèmes de légionellose. Ce sont des passoires thermiques, encore en simple vitrage. Cela fait vingt ans que le bâti n’a pas été accompagné. Le président du CCAS Thierry Repentin cherche à améliorer le confort auquel ont droit les résidents. Il a décidé de mener trois études exploratoires : une réhabilitation conduite par Cristal Habitat, effectivement le transfert à des acteurs privés, une nouvelle promotion rassemblant les deux établissements sur un même lieu. Nous en sommes là pour la partie foncière, mais il n’a jamais été question de transférer la gestion elle-même, et je le dis clairement ce n’est pas d’actualité. Et de toute façon il faudrait pour cela une délibération du CCAS. Ça ne passerait jamais ! »

Les réunions élus-syndicats s’enchaînent. Christelle Favetta a reçu l’intersyndicale avec la première adjointe Aurélie Le Meur, et Thierry Repentin devait se rendre à Ma Joie jeudi 15 septembre pour rencontrer les agents.

Transférer à l’intercommunalité

Le bon périmètre pour l’action sociale n’est-il pas la communauté d’agglomération (comme à Grand Lac ou Arlysère) ? « La création d’un centre intercommunal d’action sociale était dans le programme de Thierry Repentin, répond Christelle Favetta-Sieyès, et j’y suis favorable à titre personnel parce que les problématiques sont les mêmes dans chaque commune mais que Chambéry ne peut pas tout porter. Mais voilà : des communes ont déjà un CCAS et souhaitent conserver le lien privilégié qu’il permet avec les populations. Et puis le président de l’agglomération Philippe Gamen, confronté à une majorité très fragile, a clairement dit qu’il ne se saisirait d’aucune nouvelle compétence pendant le mandat ».

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