Pionnier sur le marché de la flexibilité énergétique, Energy Pool vient de lever plusieurs millions d’euros pour accélérer sa croissance. Christophe Nebon, son PDG depuis quelques mois, dévoile sa feuille de route.
Dans quel contexte êtes-vous devenu PDG d’Energy Pool ?
Son fondateur, Olivier Baud, arrivait à une étape de sa carrière où il souhaitait préparer sa succession. J’ai intégré le groupe en novembre 2024, pour que la transition puisse s’organiser durant quelques mois. Auparavant, j’ai occupé différents postes pour l’État avant de rejoindre Veolia, où j’ai assuré, pendant dix‑sept ans, des responsabilités opérationnelles et transverses.
Comment avez-vous rencontré Olivier Baud ?
Il avait mandaté un cabinet pour recruter son successeur. De mon côté, je cherchais une aventure un peu plus entrepreneuriale. Il n’est pas certain que je répondais à son cahier des charges initial, mais notre rencontre nous a convaincus ! Je connaissais le secteur d’activité de l’énergie, qui est à la convergence des différents métiers de Veolia, et je suis convaincu que la flexibilité électrique est un enjeu majeur. À titre plus personnel, nous avons été séduits, avec ma femme, par ce projet dans les Alpes.

Quelle est votre feuille de route ?
Le métier d’Energy Pool, à l’origine, c’est la flexibilité. La mission que nous nous donnons est d’accompagner nos clients dans leurs projets de décarbonation et d’être un accélérateur de cette évolution. Celle-ci passe beaucoup par l’électrification et l’introduction d’énergies renouvelables (ENR) dont la production est décorrélée des besoins de consommation. Décarboner implique de relier les deux. La flexibilité énergétique occupe une place croissante : plus on verdit l’électricité et plus on veut décarboner, plus les enjeux de flexibilité sont forts pour assurer l’équilibre du système.
Pourquoi cette situation ?
Historiquement, un seul acteur gérait à la fois la production et la distribution d’électricité, ce qui facilitait grandement la gestion des équilibres. La séparation opérée implique d’équilibrer les flux et conduit à l’émergence des métiers de la flexibilité, alors même que le système devient moins tolérant aux déséquilibres. Quand on dépasse le seuil de 20 % d’ENR non pilotables (à l’inverse des stations de transfert par pompage), travailler la flexibilité des réseaux devient encore plus nécessaire.
C’est-à-dire ?
Les deux effets observés se cumulent : au-delà du déséquilibre lié au fait que les ENR ne sont pas forcément produites quand on en a besoin, les outils de production renouvelables n’ont pas l’inertie de leurs homologues historiques comme le nucléaire, le thermique ou l’hydraulique. C’est ce qui peut conduire à des mégacoupures de courant, à l’image de celle survenue en avril dernier en Espagne. La flexibilité permet une montée efficace et décarbonée des ENR dans le système énergétique.
À quels types de marchés répondez-vous ?
Des acteurs industriels nous demandent de les accompagner dans l’électrification de leurs activités. Ce marché en fort développement affiche des niveaux de maturité différents selon les pays et leurs contraintes spécifiques. Au Japon, la flexibilité a été l’un des éléments de réponse à la crise énergétique liée à l’arrêt du parc nucléaire, suite à l’accident de Fukushima en 2011.
Aux Pays-Bas, le réseau construit avec des points de production centralisés et une distribution décentralisée, n’a pas suivi le développement des ENR et ne permet plus de nouveaux raccordements. Face à ce frein qui pèse sur l’activité économique, notre rôle est d’aider les acteurs à limiter leur consommation sur le réseau, via le pilotage de leur autoproduction et du stockage.
En Allemagne, les industriels ont toujours été habitués à avoir une consommation stable et touchaient une prime pour cela. Le système est en train d’évoluer pour, au contraire, rendre l’industrie plus flexible, afin d’intégrer les ENR développées. Nous intervenons pour accompagner ce changement de paradigme.
Et dans d’autres régions du monde ?
En Côte d’Ivoire, nous pilotons plus de 20 % de la consommation électrique. Dans ce pays où les capacités de production sont en deçà des pics de demande, nous organisons des baisses de consommation de manière à éviter les coupures aléatoires qui déstabiliseraient fortement le réseau, et dont les conséquences humaines et économiques pourraient être dramatiques.
Quels sont les projets d’Energy Pool ?
Historiquement, le groupe travaillait beaucoup avec des industriels sur des mécanismes d’effacement, c’est-à-dire de modulation de leur consommation afin d’équilibrer, en temps réel, le réseau. Il se positionne de plus en plus auprès des producteurs d’ENR pour les aider à produire de la manière la plus décarbonée et la moins chère possible. Il s’agit par exemple d’optimiser, de manière prédictive, les systèmes de production et de stockage en fonction de paramètres comme l’ensoleillement, le vent, la capacité de production de panneaux photovoltaïques et les courbes de consommation. Nous avons également développé des savoir-faire dans la gestion des microréseaux que l’on peut retrouver sur des îles ou des zones isolées mal interconnectées au réseau, qui connaissent les mêmes enjeux d’équilibrage en temps réel.
Vous venez d’annoncer une prise de participation majoritaire de Pearl Infrastructure Capital…
Ce fonds d’investissement spécialisé dans les infrastructures et systèmes liés à la transition énergétique et à l’économie circulaire devient actionnaire majoritaire d’Energy Pool, dans le cadre d’une augmentation de capital de plusieurs dizaines de millions d’euros. L’opération, qui bénéficie du soutien de l’Union européenne dans le cadre du fonds InvestEU, investisseur dans Pearl, vient renforcer nos fonds propres, sécurise l’avenir et renforce nos capacités de développement (infrastructure logicielle, métiers, géographie). Nous prévoyons notamment de renforcer notre présence en Europe. Et de proposer tout le panel de solutions permettant à nos clients d’avoir une offre optimale, y compris en jouant sur les marchés de l’énergie.
Quelle est désormais la répartition de votre capital ?
Au terme de la levée de fonds, dont nous ne communiquons pas le montant exact, Pearl Infrastructure Capital devient actionnaire majoritaire. Olivier Baud et sa fondation sont deuxième actionnaire. Des investisseurs institutionnels détiennent une dizaine de pourcents, d’autres investisseurs et salariés une autre dizaine.
Energy Pool est lauréat 2025 d’Impact 40/120 et de French Tech Next 40/120. De quoi s’agit-il ?
Lancé en 2019 à l’initiative du gouvernement, le programme French Tech Next 40/120 soutient la croissance des scale-ups françaises les plus prometteuses, afin de les positionner comme des leaders mondiaux dans le domaine des technologies. Supervisé par la French Tech Mission, il offre un accompagnement personnalisé à 120 entreprises technologiques en forte croissance, sélectionnées chaque année sur la base de critères de performance objectifs. L’indice Impact 40/120 récompense, lui, les startups à impact les plus prometteuses. Les lauréats profitent notamment d’une valorisation médiatique, d’un programme de parrainage et d’une mise en relation qualifiée avec des grands groupes.
Comment s’annonce 2026 ?
Après un exercice 2025 où notre activité a crû mais a subi un effet prix défavorable, 2026 sera une année d’accélération. Energy Pool, qui a été pionnier sur un marché en forte croissance, compte bien le rester.
Propos recueillis par Sophie Boutrelle
Crédit photo : Energy Pool
Energy Pool
Pdt du directoire. : Olivier Baud
PDG : Christophe Nebon
Siège social : Le Bourget-du-Lac
Chiffre d’affaires 2024 : 94 M€
Effectifs : 400 personnes (une cinquantaine d’embauches en 2025)
CV express
1992-1995
Ingénieur (École polytechnique)
1995-1998
Ingénieur (Ponts et chaussées)
1998-2001
Adjoint du directeur et chef du service régional de l’environnement industriel
2001-2004
Expert en gestion d’actifs et stratégies financières à l’Agence des participations de l’État (APE)
2004-2006
Conseiller technique “risques et pollutions” au ministère de l’Écologie et du Développement durable
2006-2023
Divers postes à responsabilité chez Veolia
2024-2025
DG adjoint d’Energy Pool
Depuis juillet 2025
PDG d’Energy Pool









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