Même en Dombes l’eau manquerait

par | 22 Juin 2022

La Communauté de communes de la Dombes fédère dix intercommunalités autour d’un Projet de territoire pour la gestion de l’eau “Ain-Dombes-Saône 2050”. Le signe d’une préoccupation croissante.

« J’ai grandi ici, sur ce plateau dombiste entre Saône et rivière d’Ain. Longtemps l’eau a été un problème… Il y en avait trop ! » Si c’est Isabelle Dubois qui le dit, il faut le croire ! Car c’est dans ces termes que la présidente de la Communauté de communes de la Dombes a accueilli à la salle polyvalente de Chalamont, lundi 20 juin, neuf de ses homologues aindinois, des représentants du Département ou des agriculteurs, des financeurs, des spécialistes… lors du lancement du Projet de Territoire pour la Gestion de l’Eau de la Dombes. L’objectif : « Mettre en cohérence les politiques publiques en la matière et promouvoir une gestion intégrée de la ressource, tout en anticipant les effets du changement climatique. » Tout un programme mené en partenariat avec l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse. Prévue pour durer deux ans, l’étude qui va être lancée permettra de mieux comprendre la dynamique du cycle de l’eau en Dombes (recharge de la nappe, débits des cours d’eau…) et voir sous quelles conditions cette ressource pourra répondre aux besoins futurs. Ensuite, un plan d’actions sera construit pour rationaliser et sécuriser les différents usages de l’eau.

« Comme vous, depuis quelque temps, j’ai vu cette herbe jaunie par le soleil, dès la fin du printemps. Et chacun connaît les particularités de la terre en Dombes et la réputation du “béton dombiste” n’est plus à faire (lire l’interview en page de droite). La précocité du phénomène inquiète. Il y a encore quelques années, l’irrigation agricole n’était pas vraiment un sujet », poursuit Isabelle Dubois. Il est vrai qu’en Dombes, peut-être plus qu’ailleurs, l’eau est une ressource des plus précieuses. Les étangs de pêche sont l’identité de ce territoire si singulier, pourtant, son utilisation est plurielle : eau potable, activités économiques, usages récréatifs…

Un plan d’actions partagé

Ce Projet de Territoire est basé sur la concertation. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’il s’agit d’un bien commun crucial ? Tous les acteurs sont invités à se positionner, afin d’aboutir à un plan d’actions partagé. Syndicats de rivières, syndicats des eaux, chambres consulaires, mais également habitants, promis, tous seront invités à participer aux débats.

« Certains regretteront une prise de conscience trop tardive, d’autres suggéreront que nous aurions dû avancer autrement, ce que je constate, c’est que nous sommes là, ensemble, prêts à avancer dans une même direction. Je me souviens des échanges partisans, dogmatiques et stériles, qui aboutissaient à l’immobilisme », déclare Isabelle Dubois. Et de conclure son discours sur une note rassembleuse : « Ceux qui me connaissent savent mon attachement au partenariat et à la mutualisation. Comme je le dis souvent : “Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin” ! »

Les partenaires du Projet de territoire pour la gestion des eaux de la Dombes

70 %

L’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse soumettra à sa prochaine commission, une aide à hauteur de 70 % du projet. Le Département financera, lui, 10 %. Le reste sera à la charge des intercommunalités.


Une charte pour appuyer le projet

Les partenaires identifiés pour le projet “Eau Ain-Dombes-Saône 2050” ont tous adhéré à une charte. Les principaux signataires sont : des partenaires techniques avec les services de l’État (préfecture, DDT 01, Dreal, ARS), les chambres consulaires (agriculture et industrie), les services d’eau potable (syndicats, régies) et les syndicats de rivière, pour leur gestion déléguée de la compétence Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi) ; des partenaires à la fois techniques et financiers avec l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, le Conseil départemental et, bien évidemment, les intercommunalités, CC Dombes, CC Dombes Saône Vallée, CC Val de Saône Centre, CC Plaine de l’Ain, CC de Miribel et le Plateau, Grand Bourg, Grand Lyon, CC de la Côtière à Montluel, CC de la Veyle, CC Rives de l’Ain Pays de Cerdon.


« La nappe de la Dombes est difficile à recharger ! »

Nicolas Alban, directeur régional de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, financeur et partenaire technique du projet de territoire sur l’eau, met en garde contre les prélèvements trop importants par rapport aux ressources.

Nicolas Alban, Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse

Quel regard porte le spécialiste que vous êtes sur l’eau dans la Dombes ?

On est sur un territoire où l’eau est cruciale, partout ! L’eau potable, bien sûr, mais aussi l’eau pour les agriculteurs, les industries, qui utilisent celle de la nappe et des rivières. Mais la Dombes, c’est aussi ses étangs, avec sa faune et sa flore. Si on a des problèmes d’eau aujourd’hui, on en aura de plus en plus demain, alors, on se met tous autour de la table pour parler de cette ressource qui n’est absolument pas extensible.

Quel est le rôle de l’Agence de l’Eau dans ce projet ?

C’est toujours le même ! Nous sommes un financeur d’actions très concrètes dans les solutions. On couvre tous les bassins-versants de France. On prélève un petit impôt “redevance Agence de l’Eau” sur toutes les factures d’eau potable des citoyens et on se sert de cet argent pour financer des projets de restauration et d’amélioration de l’environnement. En ce qui concerne le projet fédéré par la Dombes, on est sur un budget d’environ 200 000 euros, en attendant la validation de la commission.

Quelle est la situation de l’eau en Dombes ?

Tous les territoires sont impactés par le changement climatique. Ils basculent les uns après les autres vers du déficit quantitatif. Ce qui veut dire que les prélèvements sont trop importants par rapport à la ressource. Des endroits basculent en « équilibre fragile » dans notre classification, d’autres sont en « déséquilibre ». C’est vrai qu’on a du mal à imaginer la Dombes avec des problèmes d’eau. Demain, cela sera peut-être une chance de la garder et de voir comment on peut aider les eaux à mieux s’infiltrer. Car la particularité de la Dombes, c’est la profondeur de sa nappe qui est extrêmement longue à recharger, car située en dessous d’un chapeau imperméable. Cela veut dire que quand on la vide, c’est compliqué ensuite de la remplir à nouveau.


Eliséo Mucciante

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