Avec pour ambition de faire économiser au pays quelque 12 milliards d’euros, la réforme des retraites aurait dû être perçue comme un gage de la capacité de la France à contenir sa dette. Raté ! Fitch a abaissé de AA à AA-, la note du pays.

« L’impasse politique et les mouvements sociaux (parfois violents) constituent un risque pour le programme de réformes d’Emmanuel Macron et pourraient créer des pressions en faveur d’une politique budgétaire plus expansionniste », a avancé l’agence de notation pour justifier sa décision. Du moins, c’est le point que tout le monde aura retenu. Car l’argument principal serait plutôt le poids de la dette française et l’ampleur du déficit public, voisin des 5 % sous l’effet du « quoi qu’il en coûte » ou encore des aides anti-inflation, pourtant bien nécessaires.
Cette note a sonné comme un coup de tonnerre, auquel le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a répondu en affirmant sa volonté de « faire passer des réformes structurantes ». Un gage donné aux créanciers du pays qui sonne un peu comme une prédiction auto-réalisatrice des inquiétudes de la Première ministre. Élisabeth Borne, en effet, aurait évoqué dernièrement sa crainte d’un scénario à la grecque, soit une crise budgétaire imposant une série de mesures très impopulaires. Nous n’en sommes pas là.
Le risque immédiat, c’est plutôt un enchérissement du coût du crédit pour la France déjà impacté par la hausse des taux des banques centrales. Avec 3 000 milliards d’encours, le financement de la dette peut finir par représenter un sacré budget à terme ! Il s’élèverait à 120 milliards d’euros par an pour un taux de 4 %. Plus de deux fois le budget annuel de l’Éducation Nationale ! On comprend mieux l’impératif de revenir à un budget plus équilibré. Oui, mais comment ?

L’économiste Charles Sannat s’était amusé en 2015, à établir un plan de redressement du pays en 100 jours*, avec pour contraintes de ne baisser ni les retraites ni les aides et prestations sociales, de ne pas toucher à la santé et aux soins médicaux, pas plus qu’aux salaires des fonctionnaires ni à leur nombre, de supprimer l’ISF et l’impôt sur le revenu – sauf pour les tranches les plus hautes –, de faire baisser les prix de l’immobilier comme moyen de redonner du pouvoir d’achat, de ne pas sortir de l’Europe et de respecter les engagements internationaux du pays.
Entre autres propositions iconoclastes, il envisageait de ne plus financer la formation professionnelle (30 milliards d’économie), au motif que « plus nous dépensons dans [ce domaine], plus notre taux de chômage augmente ! », ou encore de supprimer les subventions aux associations (30 milliards aussi). « Le coût du loisir relève de la responsabilité financière privée, pas de la solidarité nationale. »
Je ne suis pas nécessairement en accord avec toutes ces propositions. Mais, je lui donne raison sur un point : nous devrions pouvoir débattre collectivement de ce que nous souhaitons financer ou non. Un vrai débat, hein ? Pas un monologue présidentiel de quatre heures ni une commission citoyenne dont aucune des idées ne sera finalement retenue.












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