Lorsqu’en 306 avant notre ère, Épicure crée, à Athènes, une nouvelle école de pensée – le Jardin –, il n’imagine évidemment pas le retentissement planétaire qu’aura jusqu’à nos jours la teneur de ses travaux.

Épicure nous donne, il y a 2 300 ans, une des clés de compréhension des enjeux planétaires auxquels l’humanité est aujourd’hui confrontée. Pour lui, ce qui guide tout individu, c’est la satisfaction de ses désirs dans la recherche du bonheur. C’est ainsi qu’il classifie les désirs en trois catégories : tout d’abord, les désirs naturels et nécessaires qu’il est indispensable de satisfaire, c’est-à-dire manger, boire, se vêtir, se mouvoir ; puis, les désirs naturels non nécessaires, tels que la bonne chère, les beaux vêtements, le confort de la maison… ; et enfin, ceux qui ne sont ni naturels ni nécessaires : le luxe, les honneurs, le pouvoir, la gloire, etc. Épicure prétend que la seule satisfaction des désirs naturels et nécessaires permet d’être heureux et d’accéder au bonheur… Inutile de dire que nos modes de vie sont, pour l’immense majorité d’entre nous, très éloignés de cet enseignement !
Et cependant, nous allons collectivement devoir atteindre la neutralité carbone en 2050, ce qui pose inévitablement la question de l’évolution de nos pratiques, et nous oblige à une remise en cause plus ou moins drastique de la satisfaction de nos besoins… de nos désirs… Les travaux très sérieux conduits par l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, conduisent à choisir entre quatre chemins très différents qui, pour trois d’entre eux, nécessitent une sobriété dans l’utilisation des ressources de toute nature.
Le premier, Génération frugale, conduit grosso modo à suivre les enseignements d’Épicure dans leur forme la plus radicale ! Autant dire que ce n’est pas gagné ! Le deuxième, Coopérations territoriales, privilégie une approche alliant sobriété et efficacité par le partage. Le troisième, Technologies vertes, mise sur une sobriété dans l’utilisation des ressources énergétiques par des innovations technologiques et l’apport du numérique. Le quatrième ? On continue comme aujourd’hui, en comptant sur les technologies pour réparer les dégâts… Les trois premiers chemins ont été modélisés et préservent tous une croissance du sacro-saint PIB, se différenciant ainsi nettement de ceux prônés par l’école des partisans de la décroissance massive, auxquels je n’accorde, pour ma part, aucun avenir.
Le qualificatif d’“épicurien” a traversé les siècles avec, attaché à lui, une connotation ne correspondant en rien à ce qu’est en réalité l’enseignement voulu par Épicure. Ses nombreux détracteurs, de son vivant, ont tout fait pour discréditer le Jardin, en prétendant qu’il s’agissait en fait d’un lieu de recherche continuelle de plaisirs sensoriels, voire de débauche ; ce qui n’était absolument pas le cas. Épicure réunissait ses amis pour des échanges autour d’un repas simple mais de qualité, offrant de bonnes conditions pour des réflexions à caractère philosophique. Et pourtant, cette image de recherche permanente de plaisirs de tous ordres est restée attachée au qualificatif d’“épicurien” tel que nous l’entendons aujourd’hui….
En réalité, Épicure, dans sa grande sagesse, nous invite à revenir à l’essentiel, et à faire de notre mieux pour contribuer à la sauvegarde de la planète… Nous avons tous un peu besoin de piqûres d’Épicure ! Alors, essayons au moins d’être un peu épicuriens ! Mais dans le sens originel du terme !
Sources : Le désir, une philosophie, par Frédéric Lenoir (Flammarion), et Transition écologique – Quels scénarios pour 2050 ?, par Ademe (dans Hors-série du Journal du Grand Paris n°43 – avril 2022 – téléchargeable gratuitement à https://urlz.fr/kREU)
René Nantua
Crédit photo à la une : Ralph (Ravi) Kayden sur Unsplash












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