Sur le site d’essais aindinois, le démonstrateur eRoadMontBlanc expérimente une technologie de recharge électrique dynamique unique en France.
Les trombes d’eau n’ont pas freiné cette journée spéciale. Sur la piste détrempée de Transpolis, à Saint-Maurice-de-Rémens, la route devient câble d’alimentation : un utilitaire avance, alimenté par le sol. Ce premier test du démonstrateur eRoadMontBlanc, réalisé le 21 octobre, marque une étape symbolique vers la recharge des véhicules en roulant.
Un hasard météorologique bienvenu pour éprouver le dispositif dans des conditions réelles et confirmer sa promesse : faire circuler l’électricité sous les roues sans perte d’efficacité. Sur les 420 mètres d’asphalte, dont la moitié en courbe, un véhicule équipé d’un bras conducteur déployé sous le châssis se connecte à une rame fixée au sol. L’énergie circule alors jusqu’à 500 kWh, de quoi alimenter un poids lourd en pleine conduite.
Une technologie 100 % française
Le test, concluant, ouvre la voie à une nouvelle étape dans la décarbonation du transport routier, l’un des secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre. « Le site permet de tester, évaluer et faire émerger des solutions innovantes, explique Véronique Cerezo, directrice du campus Lyon de l’Université Gustave Eiffel. Parmi ces solutions, la recharge dynamique représente un levier concret pour réduire les émissions. »
Fruit d’un consortium tricolore, Autoroute et Tunnel Mont-Blanc (ATMB), Alstom, Pronergy et Greenmot, le projet eRoadMontBlanc repose sur le système APS (alimentation par le sol) déjà éprouvé sur les tramways depuis les années 2000. Adaptée aux véhicules routiers, la technologie offre un rendement énergétique de 100 %, sans interférer avec les systèmes de sécurité embarqués.
La conduite reste identique, assure Patrick Duprat, chef de projet pour Alstom : « Pour le conducteur, rien ne change. Le véhicule se conduit comme n’importe quel autre. » Ce premier test vise à démontrer la faisabilité technique avant le passage sur route ouverte. Le système s’adapte à n’importe quelle infrastructure moderne : un écart d’un mètre reste toléré, le bras conducteur se rétractant automatiquement si le poids lourd dévie de la trajectoire.
Annoncé par le ministère des Transports en 2020, le programme des “routes électriques” s’inscrit dans la stratégie nationale de décarbonation des mobilités. Financé par France 2030 et le plan de relance européen, le projet a mobilisé 21 millions d’euros. « Cette étape est le premier aboutissement d’une ambition visant à mesurer concrètement la contribution des routes électriques à la décarbonation du transport », estime Nicolas Hautière, représentant de l’Université Gustave Eiffel au comité de pilotage.

Prochaines étapes
Les premiers tests à Transpolis, sur sol sec puis humide, marquent la phase 1 du projet. L’objectif est désormais de valider le passage à la phase 2, une expérimentation grandeur nature sur un kilomètre de la RN205, près de Chamonix-Mont-Blanc, entre 2027 et 2028. Le tronçon, fréquenté par près de 15 000 véhicules par jour, servira de terrain d’essai en conditions réelles pour 1 000 poids lourds sous alimentation dynamique. Une étape décisive avant la généralisation potentielle du système.
ATMB y voit un outil stratégique pour concilier transition énergétique et compétitivité : « Nous pouvons adapter n’importe quelle route moderne à ce système », assure Florian Grange, chef de projet innovation. Dans l’immédiat, le consortium attend la validation de ses résultats par l’administration, avant d’obtenir le feu vert du ministère des Transports pour la phase suivante. Si le calendrier est respecté, la phase 2 verra le jour à l’horizon 2027-2028.
Thibault Jeanpierre









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