Gauthier Mestrallet : « Il faut recycler davantage de textile en France »

par | 12 janvier 2024

Spécialisée (entre autres) dans la gestion de déchets, la société coopérative Tri-vallées, à Gilly-sur-Isère, en Savoie, explore de nouvelles filières tout en consolidant les plus anciennes. Rencontre avec son dirigeant, qui affiche la coopération et l’insertion comme moteurs. Interview.

Quel est votre parcours ?

J’ai 43 ans. Je suis né à Albertville, en Savoie, et je suis ingénieur “environnement” de formation. Après des classes préparatoires au lycée Berthollet d’Annecy, je suis entré à l’Esigec, École supérieure d’ingénieurs de génie de l’environnement de Chambéry, devenue depuis Polytech, à Savoie Technolac. Après un premier emploi chez EDF, où je me suis occupé de la certification des barrages de l’Oisans – une expérience passionnante –, j’ai décliné un poste dans le nucléaire. Puis, j’ai fait un passage éclair chez Areva où l’on m’a proposé un poste à Maubeuge, dans le Nord. Mais j’ai mis fin à ma période d’essai et je suis revenu en Savoie.

Quand avez-vous rejoint Tri-Vallées ?

En février 2004, comme chargé de mission. Puis, on m’a fait confiance et j’ai évolué. Je suis devenu directeur général en 2013, et, en 2017, j’ai pris deux casquettes : PDG de Tri-Vallées et gérant du groupe coopératif AART, dont Tri-Vallées est la plus grosse entité en termes de chiffre d’affaires et d’effectifs.

C’est quoi Tri-Vallées, en quelques mots ?

Tri-Vallées développe des solutions locales et durables dans la gestion et la valorisation des déchets de différentes catégories, dans les Savoie, l’Ain et l’Isère, et intervient également dans les métiers de la propreté urbaine, le transport et la logistique. C’est une Scop (société coopérative et participative) qui agit dans le champ de l’ESS (l’économie sociale et solidaire). Depuis sa création en 1998, la société a bien grandi. De neuf personnes à mon arrivée, nous sommes passés à près de 150 aujourd’hui, avec un chiffre d’affaires prévisionnel, en hausse, à 8,4 M€ pour 2023. Les équipes sont réparties entre le siège, une agence à Bourgoin-Jallieu (Isère) ainsi que différents sites exploités pour le compte de collectivités locales, comme une trentaine de déchetteries en Savoie, en Haute-Savoie et en Isère.

« Une trop grosse partie des textiles part encore à l’export. L’enjeu est de trouver des solutions pour recycler davantage de matière en France, c’est-à- dire refaire de la fibre réutilisable, et ne plus miser que sur le réemploi. »

Et le groupe AART ?

AART (Atelier albertvillois de recherches et de travaux) est né il y a une quarantaine d’années, de la volonté de deux éducateurs pour la sauvegarde de l’enfance, Étienne Wiroth et Jean-Pierre Saint-Germain. Leur idée ? Aider les jeunes à s’élancer dans la vie grâce au travail. Ils ont créé une association et ont commencé à expérimenter des activités comme la collecte du verre chez les restaurateurs dans les stations, l’hiver, ou la réparation de machines à laver. Au fil du temps, ils ont structuré les activités en entreprises. Aujourd’hui, AART compte une maison mère avec une douzaine de filiales, dans la formation, l’entretien du paysage, l’aide à domicile, etc. Le chiffre d’affaires du groupe s’établit à 18 M€ en 2022 et 20 M€ prévus en 2023, avec 440 salariés dont 180 en insertion. Car le groupe reste fidèle à son postulat de départ, à savoir développer de l’activité pour faciliter l’accès à l’emploi de personnes confrontées à des difficultés sociales qui entravent leur insertion professionnelle. Cela en leur proposant un parcours de formation de vingt-quatre mois, en adéquation avec leurs attentes et celles des entreprises du secteur.

Quid de l’activité démarrée fin 2023 chez Tri-Vallées ?

Nous avons ouvert, à Gilly-sur-Isère, un atelier de démantèlement des huisseries usagées. Dans le cadre de la toute jeune filière à responsabilité élargie pour les produits et matériaux de la construction et du bâtiment (Rep PMCB), Tri-Vallées est donc en capacité de répondre aux éco-organismes sur ce segment. Ce projet a nécessité un investissement de plus d’un million d’euros. Il a été conçu avec Recyfe, premier réseau national de recyclage des menuiseries extérieures en fin de vie, porté par des entreprises d’insertion et des entreprises adaptées professionnelles de l’économie circulaire. Avec celui de Cessieu, en Isère, démarré il a quatre ans, Tri-Vallées dispose désormais de deux sites pour traiter les fenêtres usagées.

Quelles sont vos principales filières en matière de déchets ?

La collecte et le tri des textiles usagés demeurent une activité majeure. Avec sa filiale Alpes TLC, Tri-Vallées collecte entre 3 200 et 3 400 tonnes par an auprès des ménages, grâce à 460 bornes réparties dans les Savoie et en Isère. Le textile est ensuite acheminé vers le centre de tri Alpes TCL à Ugine, en Savoie, qui emploie 37 personnes dont 31 en insertion. Plus de la moitié des textiles (55 %) partent en réemploi (friperies et export), 20 % en chiffons et 20 % en effilochage. Les 5 % restants sont des déchets ultimes qui sont envoyés chez Bioval, à Chamoux-sur-Gelon, en Savoie, pour être transformés en combustible solide de récupération. À noter que 3 à 4 % des textiles entrants alimentent nos friperies, situées dans les Savoie et l’Isère, sous la marque Ateliers 815.

Quels sont les enjeux côté textiles ?

Une trop grosse partie des textiles part encore à l’export. L’enjeu est de trouver des solutions pour recycler davantage de matière en France, c’est-à- dire refaire de la fibre réutilisable, et ne plus miser que sur le réemploi. Des projets sont en cours en ce sens. C’est le cas de Nouvelles Fibres textiles, qui a inauguré, en novembre dernier, à Amplepuis, dans le Rhône, le premier pilote industriel français de tri et délissage automatisés, par couleur et composition, des textiles en fin de vie. Nouvelles Fibres textiles est née de l’association de la société les Tissages de Charlieu (Loire) et de Synergies TLC, entité de R & D à Gilly-sur-Isère, dont Alpes TLC et Tri- Vallées sont des membres fondateurs.

D’autres secteurs d’intervention ?

Nous collectons environ 2 000 tonnes par an de D3E (déchets d’équipements électriques et électroniques), et sommes également l’un des actionnaires fondateurs (avec Nantet Locabennes – groupe Serfim et Comet Sambre) de Terecoval, une plateforme pour le traitement du gros électroménager froid, à La Chambre, en Maurienne. Nous proposons aussi des solutions de collecte pour les papiers et cartons. Nous avons également été pionniers dans la collecte des skis, dès 2006. Suite à la mise en place de la Rep ASL (articles de sport et de loisirs), en 2022, nous avons été agréés par l’éco-organisme Ecologic pour la collecte des ASL en Savoie. Nous avions répondu en groupement avec la société Trialp, qui gère cette collecte dans l’Ain, et Excoffier pour quasiment toute la Haute-Savoie. Le renouvellement de l’appel d’offres est en cours.

Qu’en est-il des biodéchets ?

C’est une activité que nous avons amorcée dès 2010 et qui prend de l’ampleur avec la loi Agec. Nous collectons de plus en plus de territoires. Et nous disposons d’exutoires pour la valorisation, que nous avons contribué à mettre en place, comme une unité de méthanisation à Gruffy, en Haute-Savoie, et cette autre, Horizon, à Tournon, en Savoie, qui fonctionne depuis 2018 et qui rassemble quatre collectivités, des agriculteurs (majoritaires) et des entreprises, dont Tri-Vallées.

CV express

12 août 1980
Naissance à Albertville

Juin 2003
Diplôme d’ingénieur “environnement” à l’Esigec (Chambéry)

2004
Entre à Tri-Vallées comme chargé de mission

2013
Directeur général de Tri-Vallées

2017
PDG de Tri-Vallées et gérant du groupe AART


Propos recueillis par Nadia Lemaire

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