L’industrie aindinoise devant la crise énergétique

par | 14 septembre 2022

Défaillances, pénuries, délestages… La flambée des prix du gaz et de l’électricité a de nombreux impacts potentiels sur les industriels de l’Ain.

En Allemagne et en Espagne, ArcelorMittal annonce la fermeture temporaire de deux hauts-fourneaux, tandis qu’en France, à Dunkerque, seul un sur trois fonctionne encore. Et l’entreprise s’apprête à réduire la production hexagonale d’aciers plats. Le verrier Duralex, lui, met son four du Loiret en veille pour au moins quatre mois et ses salariés au chômage partiel. La flambée des prix de l’énergie a de multiples répercussions. Et les industriels de l’Ain ne sont pas épargnés. « Nous subissons à la fois l’augmentation des prix du gaz et de l’électricité », témoigne ainsi Damien Vuillod, directeur général d’Hexalean, un groupe aindinois de six entreprises (220 personnes et 38 M€ de chiffre d’affaires) : Latem et Lavenir en tôlerie, CO2 System en découpe laser, PPC en mécanosoudure, CMM en chaudronnerie et ACS en traitement de surface. Et encore, la société est investie de longue date dans un plan de lutte contre ses émissions de gaz à effet de serre qui impacte positivement ses consommations énergétiques. « Malheureusement, nous avons été victimes de la pénurie de semi-conducteurs et certaines des machines que nous avions commandées n’ont pas été livrées. »

La hausse des tarifs gaziers impacte en particulier le traitement surface. « Il nous faudrait adopter d’autres solutions techniques. Mais, les délais de mise en route rendent la chose inefficiente à court terme », constate le directeur général du groupe qui, faute de mieux, travaille avec la CCI de l’Ain, sur des solutions de récupération de la chaleur fatale et d’isolation pour grappiller quelques économies. « Nous serons sans doute obligés d’arrêter certaines productions, comme le traitement des produits très massifs qui nécessite un apport d’énergie important. De toute façon, le client final ne pourra pas payer le surcoût. »
Côté électricité, le groupe a vu le contrat passé avec son fournisseur arriver à échéance cette année. Il a pu limiter la casse, mais ce ne sera pas le cas de tout le monde. « Nous passons de 75 €/MWh, à 150. Mais si nous avions dû négocier début septembre, les cours étaient alors à 1 000 €/MWh. La plupart des PME sont, comme nous, engagées sur trois ans. On peut donc imaginer qu’un tiers des entreprises vont devoir renégocier leur contrat cette année », extrapole Damien Vuillod qui voit là un risque important de défaillances. Mais, ce n’est pas tout. Le dirigeant s’attend à des pénuries de matières premières liées non plus à la crise sanitaire, mais à la crise énergétique. Témoins, les fermetures de hauts-fourneaux précitées. « Il nous faut donc anticiper nos approvisionnements. Cela nous oblige à une veille très importante pour assurer notre supply chain, sur les produits métallurgiques et aluminium. » Enfin, Hexalean se prépare à de possibles délestages. « Nous commençons à repenser notre production pour intégrer, grâce aux outils de suivi de RTE, les jours de pics de consommation où l’on pourrait nous demander de suspendre nos activités. »


1 021,73

Le prix du MWh électrique a atteint un pic à 1 021,73 euros, le 30 août.

276,75

Le gaz, lui, a enregistré son plus haut le 22 août, à 276,75 €/MWh. « À densité énergétique comparable, c’est comme si un baril de pétrole coûtait 500 dollars », ont commenté nos confrères des Échos.


Plasturgie : la part de l’énergie doublée

Investi dans la réduction de ses consommations, le secteur limite la casse, mais ne peut souvent pas répercuter la hausse de l’électricité.

Atelier de Ceyzeriat © Hyléance
L’atelier de Ceyzeriat d’Hyléance.

Les coûts de l’énergie sont passés d’environ de 2 % du CA des entreprises de la plasturgie, dont les machines tournent majoritairement à l’électricité, à 4 % sur le premier semestre. « Et encore, le dispositif Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) limite un peu l’impact pour cette année », commente Emmanuelle Perdrix, présidente du syndicat Polyvia, vice-présidente de la CCI de l’Ain en charge de la décarbonation et présidente de l’entreprise Hyléance. Si cette part peut sembler importante, elle ne suffit pas à classer la plasturgie parmi les industries énergo-intensives, à l’inverse des fournisseurs de matière première qui ne se privent pourtant pas de passer des hausses de tarifs. « Cela provoque une décorrélation entre nos prix d’achat et nos prix de vente. Car les contrats passés avec nos clients ne prévoient pas d’indexation sur les coûts énergétiques. Ajoutez à cela les questions de sobriété qui risquent de nous imposer des délestages, nous sommes confrontés à un haut niveau d’incertitude », décrypte encore la présidente de Polyvia. « Heureusement, une bonne partie de la profession est investie dans des actions de maîtrise des consommations énergétiques, qui ont bien réduit depuis une décennie. Et pour faire face, nous pouvons encore envisager une réorganisation du travail, pour lisser davantage la production et éviter les forts appels de puissance. »

D’autres solutions existent. Hyléance s’appuie sur le groupement d’achat Ronax, dont elle est membre, pour négocier les tarifs des fournisseurs d’électricité. L’entreprise envisage de surcroît, une installation photovoltaïque en toiture, en autoconsommation, sur ses bâtiments à Ceyzériat. « Cela pourrait couvrir 10 % de nos besoins énergétiques », pointe la dirigeante. Et Emmanuelle Perdrix de remettre sa casquette de présidente de Polyvia pour appeler de ses vœux « un renforcement des aides à l’investissement pour réduire les consommations et favoriser les renouvelables ».


Les conseils de la CCI sollicités

De la part d’industriels comme de certains commerçants « pour qui l’énergie n’était jusqu’alors pas un sujet », la CCI de l’Ain reçoit davantage de sollicitations pour ses préconisations en matière de maîtrise des consommations. Ingénieur conseil de la Chambre depuis 15 ans, Jérôme Caposiena énumère : isolation, éclairage, programmation du chauffage et de la climatisation, baisse d’un bar de la pression des compresseurs, installation de capteurs pour repérer les gros postes de dépense, récupération de la chaleur fatale pour chauffer des bains de lavage ou les ateliers, arrêt des machines lorsqu’elles ne servent pas… « Nous avons refait des prédiagnostics dans des entreprises où nous étions passées 10 ans plus tôt. Nos préconisations ne sont appliquées que maintenant », regrette-t-il. Mais la période amène aussi son lot d’opportunités, entre certificats d’économies d’énergie et appels à projets France 2030 pour la décarbonation de l’industrie.


Sébastien Jacquart

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