La 15e rencontre des AINterpros, réseau réunissant l’ensemble des professionnels du bâtiment de l’Ain a mis l’accent sur les matériaux biosourcés et géosourcés.
En 2015, « afin d’initier des échanges allant au-delà des réseaux métiers », la Direction départementale des territoires de l’Ain a souhaité la création d’un réseau à l’échelle du département, rassemblant l’ensemble des professionnels du bâtiment. L’objectif étant de « favoriser le dialogue entre tous les acteurs, du maître d’ouvrage à l’occupant, pour améliorer la qualité de la construction sur le territoire qui accueille annuellement plus de 6 000 nouveaux habitants… ». L’Association des architectes, le Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement, l’Agence locale de l’énergie et du climat, le Conseil départemental, la Chambre de commerce et d’industrie, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises, la Fédération française du bâtiment et des travaux publics, la Fédération interprofessionnelle du bois ont répondu présent. AINterpros était né, rejoint en 2021 par l’Agence départementale de l’ingénierie.
Sources et ressources
Depuis, chaque année, plusieurs rencontres sont proposées sur la thématique du bâtiment durable. Animée par Sémia Menai de la Direction départementale des territoires de l’Ain, la 15e rencontre des AINterpros organisée jeudi 4 mars en visioconférence a fait la part belle aux matériaux de construction et de rénovation biosourcés et géosourcés. Les biosourcés sont partiellement ou totalement issus de la biomasse, tels que le bois, le chanvre, le colza, le miscanthus, la balle de riz, la paille, les anas de lin, le liège, la rafle de maïs, le roseau, la laine de mouton… Les géosourcés sont eux issus de ressources d’origine minérale, telles que la terre crue ou la pierre sèche. En particulier lorsqu’ils sont locaux et peu transformés, ces nouveaux matériaux présentent généralement une faible empreinte environnementale. Certains sont issus du réemploi ou de la revalorisation de déchets, de sous-produits et de coproduits, tels que la ouate de cellulose, les textiles recyclés, le bois de palette, le carton… Ils s’inscrivent alors dans une logique d’économie circulaire.
Mieux construire pour mieux habiter
Comme chantier de démonstration, le groupe scolaire en bois-paille et enduit terre crue du futur écoquartier de Trévoux est tombé à point nommé. Par sa conception bioclimatique, ce groupe scolaire à la démarche environnementale forte se veut exemplaire. Les matériaux de construction utilisés ont été choisis pour leur faible impact. Le bois local pour l’ossature, la paille pour l’isolation et la terre crue locale pour les parements intérieurs. « Nous avons fait des choix innovants, mais la commune fait des choix pour le climat et la planète sur bien d’autres axes. On veut travailler sur le mieux construire pour le mieux habiter. Il faut pour cela un portage politique fort, avec un soutien technique », déclare Gaëlle Lichtle, adjointe au maire de Trévoux, déléguée au développement durable et à la transition énergétique.
Au-delà des matériaux naturels mis en oeuvre, le futur établissement scolaire qui s’inscrit dans la démarche de l’écoquartier des Orfèvres, lauréat 2019 de l’Appel à manifestation d’intérêt de l’Ademe “Quartiers à énergie positive et à faible impact carbone”, est exemplaire à d’autres titres. On y trouve un puits canadien couplé à la VMC, pour le rafraîchissement en été, et un préchauffage de l’air intérieur en hiver. La chaufferie bois est mutualisée avec l’un des îlots de logements du futur écoquartier. La toiture du groupe scolaire accueille une centrale de panneaux photovoltaïques dans le cadre du projet “toit en transition”. Une cuve de récupération des eaux de pluie pour les usages d’arrosage et d’alimentation des WC a été installée, de même que des toitures végétalisées et un éclairage naturel maximisé avec la mise en place de vitrages “sheds” orientés à la lumière du nord pour éviter la surchauffe. Si avec ça les élèves n’ont pas un développement durable !

6 000
C’est le nombre de nouveaux habitants que recense l’Ain annuellement. Comme pour les écoles, les nouvelles constructions pour loger devraient faire de plus en plus la part belle aux matériaux naturels, notamment pour l’isolation (bois, paille, etc.).
Plan bâtiment durable ?
En France, le secteur du bâtiment représente 24 % des émissions de gaz à effet de serre et 44 % de la consommation finale d’énergie. La loi sur la transition énergétique a fixé des engagements forts de réduction des consommations d’ici à 2050 pour ce secteur énergivore. C’est dans ce contexte que le gouvernement a lancé le Plan Bâtiment Durable en 2009, sous la commande de trois entités : la Direction Générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN), le ministère de la Transition écologique et Solidaire et le ministère de la Cohésion des Territoires. Leur objectif : sensibiliser aux enjeux de la loi sur la transition énergétique, informer sur les réglementations en vigueur, accompagner les professionnels privés ou publics dans leurs projets de rénovation énergétique des bâtiments.
2020, année sans
En 2019, l’AINterpros a organisé trois rencontres interprofessionnelles qui ont tourné autour du thème du renouvelable et du local avec une rencontre autour de la géothermie comme énergie de chauffage et de production d’eau chaude, une autre attachée à la maîtrise des consommations d’énergie et une dernière dédiée au bois local dans la construction.
2020 et son actualité n’ont hélas pas permis au réseau de réaliser son programme de rencontres.
À bonne école
De plus en plus de mairies réclament des matériaux biosourcés pour la construction de leurs écoles.

À Trévoux, dès le mois de février 2020, le chantier de construction du groupe scolaire Le Fil d’Or a été lancé avec la phase de terrassement. Douze mois plus tard, les deux niveaux de l’équipement (rez-de-chaussée pour l’école maternelle et l’étage réservé à l’école élémentaire) sont complètement sortis de terre. Implanté en équerre, le bâtiment a été imaginé en fonction du bien-être des écoliers, avec des cours de récréation à l’écart des voies de circulation, des classes éclairées naturellement et une acoustique performante. Par sa conception passive et bioclimatique, le groupe scolaire sera exemplaire : le bâtiment à énergie positive produira plus qu’il ne consommera, grâce à la sobriété énergétique de sa construction, à la production d’énergie renouvelable (panneaux photovoltaïques), au chauffage au bois mutualisé avec l’îlot 6 et à une forte isolation triple vitrage. Ce bâtiment se classera “bas carbone”. Les matériaux de construction utilisés ont été choisis pour leur faible impact. Le bois local pour l’ossature, la paille pour l’isolation et la terre crue locale pour les parements intérieurs.
La qualité de l’air intérieur en question
Le cas de la mairie de Trévoux qui a tenu, dès son cahier des charges, à avoir des matériaux biosourcés pour sa nouvelle, école reflète bien les nouvelles attentes. Damien Gallet, architecte maître d’oeuvre sur l’opération du groupe scolaire aindinois, l’atteste : « Nous sommes spécialisés dans tout ce qui est équipement scolaire et il est vrai que depuis un an, a minima dans un appel d’offres sur deux auxquels nous répondons, la demande de bois est inscrite, en plus de l’isolation en matériaux biosourcés, bois, paille ou tout autre. C’est vraiment quelque chose qui se développe et j’en suis moi-même étonné. Au niveau des communes, on sent qu’un tournant est en train d’être pris, une envie de construire des bâtiments le plus écologiques possible. Plus encore s’ils vont accueillir des enfants. Avec ces matériaux-là, c’est la qualité de l’air intérieur qui est abordée. »
Par Éliséo Mucciante











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