Pour ne pas faire courir de risque d’inondation à Genève, la vidange du site de Verbois, en Suisse, est nécessaire. Une opération multipartenariale avec des opérations de gestion sédimentaire qui impacte toute la zone Haut-Rhône.
Pour éviter l’inondation de certains quartiers de Genève, provoquée par l’accumulation de sédiments (argile, limon, sable…) charriés par l’Arve, un affluent français qui se jette dans le Rhône juste en aval de Genève, la vidange de la retenue de Verbois en Suisse est régulièrement réalisée par son exploitant, les Services industriels de Genève (SIG). « Si l’Arve est charmante, c’est une rivière dangereuse, qui nous vient directement du Mont-Blanc et qui charrie beaucoup de déchets et d’alluvions. Ses crues sont heureusement rares mais dévastatrices », déclare Michel Balestra, président du SIG. Ces opérations franco-suisses réalisées tous les 3 à 4 ans, avec un abaissement partiel de la retenue, entraînent un flux de sédiments sur l’ensemble du linéaire du fleuve et nécessitent de la part de la CNR un accompagnement et un suivi sur ses propres ouvrages entre la frontière suisse et Lyon. L’objectif : limiter les impacts pour garantir la sûreté hydraulique, la qualité de l’eau et plus largement l’environnement. On s’en doute, abaisser le niveau d’eau du barrage de Verbois n’est pas sans provoquer quelques remous dans la nature. Mais depuis la mise en eau du barrage en 1942, les méthodes ont évolué. « Les enjeux environnementaux sont devenus particulièrement importants, notamment, l’impact sur la flore ou l’eau potable. Le comité de pilotage qui réunit l’ensemble des parties prenantes, dont les autorités françaises et suisses, y est très sensible » explique Guillaume Furri, directeur de la DDT de l’Ain.
Un nouveau mode d’intervention
En 2016, les trois exploitants industriels (SIG, SFMCP qui exploite le barrage de Chancy-Pougny et CNR) et les autorités franco-suisses, qui délivrent les autorisations, ont retenu un nouveau mode de gestion sédimentaire établi sur 10 ans. Ce dispositif a fait l’objet d’une large consultation auprès des parties prenantes (élus, associations environnementales, riverains, industriels) lors de réunions publiques et a été officialisé en mai 2015. Établi pour la période 2016-2026, ce nouveau mode est composé de trois volets. Le premier consiste en un abaissement partiel des retenues de Verbois (Apaver) de 10 à 12 m et Chancy-Pougny, barrage hydroélectrique franco-suisse sur le Rhône, tous les trois ans, accompagné par une gestion spécifique par la CNR de ses six ouvrages du Haut-Rhône. Le deuxième prévoit des dragages complémentaires réalisés sur les retenues pour éviter leur comblement et ainsi mieux gérer le volume de matériaux à évacuer. Le troisième est l’accompagnement des crues de l’Arve par les SIG pour favoriser le transport le plus en aval possible des sédiments qu’elle porte, grâce à un débit plus élevé du fleuve.
Chantier humain et titanesque
Pour Laurent Tonini, directeur territorial du Haut-Rhône pour la CNR, pilote institutionnel de l’opération d’abaissement, « côté français, cela correspond à une mobilisation de l’ensemble de la chaîne de production hydroélectrique sur les six aménagements du Haut-Rhône, de Génissiat jusqu’à Sault-Brénaz, où l’on procède à un abaissement des retenues pour accompagner le transport sédimentaire vers l’aval ». Le chantier titanesque qui s’est déroulé cette année du 17 au 29 mai est un moment clé dans la vie de la CNR qui déploie forces et énergie. « Nous avons mobilisé l’ensemble des ressources de la CNR avec près de 300 collaborateurs pour tourner sur des stations de mesure ou le suivi dans le Rhône, et bien sûr, au poste de pilotage situé à Génissiat, dans le bâtiment administratif. C’est l’un des rares projets de la CNR à pouvoir fédérer autant. C’est pour nous le moment unique pour faire d’une opération industrielle une aventure humaine », conclut Laurent Tonini.
Encombré !
Chaque année, l’Arve charrie 700 000 m3 de sédiments, dont environ la moitié se dépose dans la retenue du barrage de Verbois.
Précaution environnementale
Compte tenu de la crise sanitaire provoquée par le Covid-19, l’opération d’abaissement partiel du Rhône pour la gestion sédimentaire du Haut-Rhône entre le Léman et Lyon, prévue du 25 mai au 6 juin 2020, a été reportée du 17 au 29 mai 2021. Plus spécifiquement, vis-à-vis de la faune piscicole, CNR, SIG et la SFMCP prennent des mesures adaptées de surveillance et de gestion pour préserver le Rhône. Des pêches de sauvetage des poissons sont réalisées avant et pendant l’abaissement partiel de la retenue. SIG aménage des zones refuge le long du Rhône afin d’accueillir les poissons pendant la durée de l’abaissement du fleuve. Du côté de la CNR, des conventions de partenariats spécifiques à cette opération ont été conclues avec les fédérations de pêche de l’Ain et la Savoie.
Éliséo Mucciante
Photo : Le barrage de Motz (Haute-Savoie) est directement impacté par l’opération Apaver. ©CNR











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