À l’invitation du Syndicat Mixte du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain, élus, chefs d’entreprise, partenaires économiques, institutionnels et associatifs du territoire, ont refait le plein d’énergie à la 3e édition du rendez-vous du PIPA.
Un tiers de rock, un tiers de reggae, un tiers de Jazz. C’est en mixant ces énergies que Sting a révolutionné la pop music à la fin des années 1970 avec son groupe Police. Point culminant de la troisième édition du rendez-vous du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain (Pipa) qui s’est tenu mercredi 29 juin au Polo Club, le concert de la star anglaise au Printemps de Pérouges clôturait un événement où il a beaucoup été question de mix… énergétique. C’était même le thème de la table ronde centrale : « Comment la Plaine de l’Ain développe-t-elle son mix énergétique ? » Ou comment diversifier les sources pour réduire sa dépendance aux solutions les plus polluantes. Rappelons que dans la loi de transition énergétique, le Gouvernement s’est fixé comme objectif d’augmenter à 32 % la part des renouvelables (solaire, éolien, géothermie, biomasse, hydroélectricité…) à horizon 2030. Jean-Louis Guyader, président du Syndicat mixte du Parc industriel de la plaine de l’Ain (SM Pipa), et Émilie Brot, directrice générale, y avaient en partie déjà répondu quelques heures auparavant, lorsqu’ils ont évoqué la prochaine installation sur le parc industriel, d’une station de distribution d’hydrogène et la création d’un parc photovoltaïque en autoconsommation. Si l’on y ajoute le covoiturage, qui monte en puissance en raison du prix élevé du carburant, et les nouveaux itinéraires SNCF régionaux qui relieront en 14 allers-retours quotidiens Ambérieu et Meximieux au Pipa, voilà une zone d’activités qui participe tant que faire se peut à la réduction de l’utilisation d’énergies fossiles. N’oublions pas, non plus, cette opportunité de redonner vie à une voie ferrée de 27 km, propriété du Pipa, qui serpente 12 km en amont du parc et autant à l’intérieur.
Mais le plus ambitieux reste le projet “Plainénergie”. Unique en Europe, il vise à « développer une première installation industrielle expérimentale de traitement et de conversion énergétique d’une large gamme de déchets résiduels collectés au sein de la Communauté de communes de la Plaine de l’Ain (CCPA) et du Pipa ». L’objectif étant de produire du gaz renouvelable injectable dans le réseau de gaz existant. La CCPA, le SM Pipa, GRT-Gaz, Séché Environnement, Enosis, Provademse (une plateforme d’Insavalor) et les laboratoires Deep et LISBP des Insa Lyon et Toulouse sont parties prenantes. « Fin 2022, à partir d’un gisement issu des collectivités territoriales et du Pipa, nous allons travailler sur plusieurs kilogrammes de déchets que nous enverrons sur une unité pour être gazéifiés. Nous rassemblerons alors les deux processus technologiques de pyrogazéification et de méthanation biologique, pour aboutir sur des premiers résultats en 2023 » a déclaré Sylvain Durécu, directeur R & D du groupe Séché Environnement, présent sur le parc depuis le début avec Tredi.
Sting, qui se bat pour protéger la planète, à commencer par la forêt d’Amazonie et ses peuples autochtones, aurait apprécié.
L’enjeu nucléaire change de perception
Selon Pierre-Louis Boyer, directeur de la centrale du Bugey, dans le nucléaire, « le cycle complet, de l’extraction au recyclage et à la déconstruction, produit 4 g de CO2 par KW, alors que le charbon en produit 1 kg pour la même quantité d’énergie produite ». « La prise de conscience de l’impact climatique de la production énergétique n’est pas ce qui avait guidé le lancement du programme nucléaire après le premier choc pétrolier. Il s’est opéré un reversement de perception de l’enjeu nucléaire, aujourd’hui renforcé par la crise sur le gaz. » Et d’ajouter : « On entend parler à présent de troisième choc pétrolier, toutes les conditions sont réunies pour justifier le lancement d’un nouveau programme nucléaire. »

2023
C’est l’année où seront connus les résultats des premiers essais de Plainénergie.
Pascal Perri : « On continue à voir les usines avec les yeux de Zola »
L’économiste, géographe et journaliste Pascal Perri a livré sa vision des grands enjeux pour réindustrialiser la France.

Les téléspectateurs de LCI le connaissent bien pour ses positions tranchantes sur l’économie et son franc-parler. Les organisateurs des Rendez-vous du Pipa, charmés par sa verve, ont tenu à faire intervenir Pascal Perri lors d’une table ronde où sa culture générale a séduit le parterre de chefs d’entreprise et d’élus. « On dit que la France a perdu plus de 2 millions d’emplois industriels, a expliqué le journaliste. La première étape s’est produite sous le premier mandat de Giscard, un Président social, pour ne pas dire socialiste, dont la protection de l’individu s’est faite au détriment de l’outil industriel français. Souvenons-nous que les chômeurs étaient indemnisés à 90 % du brut. La deuxième étape s’est réalisée sous le premier mandat de Mitterrand, quand, pour faire face à la crise de la sidérurgie, on a mis les ouvriers en préretraite à 55 ans ! »
Pascal Perri déplore cette mauvaise image que l’industrie a longtemps traînée, considérée comme « l’endroit le plus dangereux du monde ! On continue à voir les usines avec les yeux de Zola » !
Pour lui, aucun doute, si on veut réindustrialiser le pays, il faut commencer à l’école. « On recensait 190 000 bacheliers scientifiques, il y a cinq ans. Ils ne sont plus que 80 000 aujourd’hui ! On donne des cours de rattrapage de français à des bacheliers, tandis que 20 % des élèves qui sortent de primaire ne savent ni lire ni compter ni écrire convenablement ! »s’offusque-t-il. Et d’ajouter : « Trop de talents quittent la France pour rejoindre des pays concurrents ! »
Mais tout n’est pas si noir. En particulier pour l’apprentissage qui envoie 700 000 jeunes vers un métier et une situation presque à coup sûr. « C’est la voie royale pour accéder à l’emploi ! C’est le grand succès du premier mandat de Macron ! » fait-il remarquer. Mais la facette critique du journaliste reprend vite le dessus lorsqu’il tance cette France où « l’innovation est toujours vue comme un risque ». « Or, il ne faut pas confondre risque et danger », précise-t-il.
Eliséo Mucciante











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