Olivier Godin : « Le solaire thermique devient un marché de masse »

par | 29 septembre 2022

Depuis 2009, Solisart a acquis une avance technologique qui lui permet de se positionner comme le leader français du chauffage solaire. Son président Olivier Godin accélère ses développements.

Qu’est-ce qui vous a conduit à la création de Solisart en 2009 ?

J’ai une capacité inventive qui s’est traduite par le dépôt de plusieurs brevets dans le domaine du solaire et des pompes à chaleur. Je souhaitais apporter ma contribution à l’environnement et résoudre tous les problèmes que j’avais constatés lorsque je travaillais pour l’entreprise Clipsol. Il m’a fallu plus d’un an et demi pour transcender ce qui avait été fait dans le domaine et apporter une solution vraiment novatrice avec le chauffage solaire thermique Solisart, que j’ai breveté.

Clipsol a été un acteur historique et emblématique du secteur. Comment analysez-vous sa disparition après une croissance fulgurante ?

J’avais quitté l’entreprise depuis quelques années quand elle a fermé. À mon sens, l’erreur stratégique a été de délaisser le solaire thermique pour prendre, à la fin des années 2000, le virage du photovoltaïque. La bulle spéculative du photovoltaïque a été fatale à la plupart des entreprises qui s’étaient orientées sur ce marché.

La différence entre solaire photovoltaïque et thermique reste mal connue du public…

Pour la plupart importés de Chine, les panneaux photovoltaïques convertissent la lumière du soleil en électricité autoconsommée ou injectée dans le réseau, puisqu’il n’y a pas de stockage. Le solaire thermique est trois fois plus performant car il ne convertit pas les rayons du soleil en électricité mais utilise leur chaleur pour chauffer un fluide. Le chauffage et l’eau chaude sanitaire ainsi produits peuvent être stockés. Ils représentent 42 % de la consommation d’énergie d’un foyer – l’électricité et la mobilité générant chacun environ un quart de la facture énergétique. Provenant d’Europe, les panneaux que nous utilisons sont entièrement recyclables. Le verre, le cuivre, l’aluminium entrant dans leur composition pourront être récupérés par nos enfants et petits-enfants.

« Les panneaux photovoltaïques convertissent la lumière du soleil en électricité autoconsommée ou injectée dans le réseau, puisqu’il n’y a pas de stockage. Le solaire thermique est trois fois plus performant car il ne convertit pas les rayons du soleil en électricité mais utilise leur chaleur pour chauffer un fluide. »

Comment se positionne la France sur le marché du solaire thermique ?

Elle figure parmi les pionniers européens du secteur et est exportatrice. Nous-mêmes sommes depuis maintenant deux ans présents en Belgique. Les éléments entrant dans la composition de nos solutions sont à 50 % fabriqués en France, et 60 % de la valeur ajoutée que nous produisons s’effectue sur le territoire national. Cela conduit à améliorer doublement la balance commerciale puisque nous réduisons à la fois les importations de machines et d’énergie. L’enjeu est de contribuer à l’indépendance énergétique du pays en utilisant une énergie locale gratuite et abondante. La crise covid et la guerre en Ukraine soulignent toutes les vertus du solaire thermique pour réduire la facture énergétique, la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et l’empreinte environnementale.

« L’enjeu est de contribuer à l’indépendance énergétique du pays en utilisant une énergie locale gratuite et abondante. La crise covid et la guerre en Ukraine soulignent toutes les vertus du solaire thermique pour réduire la facture énergétique, la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et l’empreinte environnementale. »

Quels sont les avantages de votre solution ?

La dernière campagne de mesure réalisée par l’Ines Éducation et financée par l’Ademe, sur plus de mille installations, démontre que nos rendements sont 30 % supérieurs à ceux des offres concurrentes. Les économies générées pour le chauffage et l’eau chaude oscillent entre 40 à 50 % en rénovation et jusqu’à 70 % dans les maisons bien isolées. Nos chauffages solaires gèrent les excédents de l’été et disposent d’un système d’autodiagnostic embarqué. Ils sont tous connectés, ce qui permet une information en temps réel précieuse pour optimiser leur fonctionnement. C’est un gain important pour les installateurs et les clients. J’ajoute que nos panneaux solaires ont une durée de vie de 40 à 50 ans. Ces spécificités nous valent d’être labélisés Solar Impulse et reconnus comme « l’une des 1 000 solutions efficientes et rentables pour protéger la planète ». Elles sont la clé de notre succès.

Comment se porte Solisart ?

Malgré la taille de ses confrères, qui sont des multinationales et des grands fabricants généralistes de chaudières, l’entreprise s’est imposée au 1er rang européen en termes de performance. Et elle est leader sur le marché français du chauffage solaire. Il a fallu développer beaucoup d’idées et d’innovations pour démontrer la pertinence de notre solution aux installateurs et qu’ils la mettent en œuvre. À partir de là, le bouche-à-oreille a fait son œuvre. Pendant longtemps, nous avons dû composer avec un prix des énergies fossiles bas, ce qui n’est plus le cas. La rentabilité d’un chauffage solaire est maintenant excellente. Nous sommes en forte progression.

Comment gérez-vous cette croissance ?

Historiquement, nous sous-traitions l’assemblage à une entreprise d’insertion voisine, CATM, mais l’augmentation des volumes nous obligeait à internaliser la production pour maîtriser la dynamique de croissance que nous connaissons depuis trois ans (+60 %). En 2019, nous avons engagé un plan d’investissement d’un million d’euros [M€] pour acheter et aménager une usine à Alpespace. Depuis septembre 2022, nous avons de nouveau agrandi nos locaux, avec 350 m² d’atelier de plus et 200 m² d’entrepôt supplémentaires, ce qui nous permet de monter jusqu’à 15 M€ de chiffre d’affaires. Nos effectifs évoluent également. Nous ont rejoints : deux nouveaux techniciens au service après-vente, trois ­technico-commerciaux chargés du support technique apporté aux installateurs et une administration des ventes. En production, le nombre d’opérateurs a doublé en deux ans.

Quelles sont les perspectives ?

Nous anticipons une très forte croissance de notre activité en 2023. La hausse des prix du gaz et de l’électricité serait de 120 % hors bouclier tarifaire, et on sait que ce bouclier va devoir être levé. Les tarifs des granulés de bois et du fioul ont déjà doublé. Dans ce contexte, la rentabilité d’un chauffage solaire, qui était de l’ordre d’une dizaine d’années, est tombée entre six et dix ans. Cinq ans même, dans les cas favorables, c’est-à-dire des panneaux plein sud avec une forte consommation l’été, comme dans la situation d’une famille nombreuse, d’un hôtel, de gîtes, chambres d’hôtes, ou de la présence d’une piscine à chauffer.

Quel est votre marché ?

Il était majoritairement tourné vers l’individuel, mais la part du collectif est en train de progresser car celui-ci ne bénéficie pas du gel du prix de l’électricité et gaz. Idem pour les réseaux de chaleur dont la décarbonation pourra passer par le solaire thermique. On voit de plus en plus de champs de capteurs sur les toitures des bâtiments. Ils représentent une solution très compétitive pour les industriels, les collectivités et institutions.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Il est radieux car nous avons acquis une forte avance concurrentielle. Nous sommes en train de passer d’un marché de niche à un marché de masse, avec des décisions d’investissement prises beaucoup plus rapidement. Nos premiers clients étaient très motivés par des questions environnementales ; aujourd’hui, le critère économique suffit à faire pencher la balance en faveur du solaire thermique – le coût est comparable à celui d’une chaudière à granules.


Bio Express

2004. Ingénieur thermicien
2005. Directeur R&D chez Clipsol
2009. Création de Solisart
2017. Vice-présidence d’Enerplan
Administrateur de l’Association savoyarde pour le développement des énergies renouvelables

Repères

Solisart
Pdt : Olivier Godin
Siège : Sainte-Hélène-du-Lac
Capital : Olivier Godin (80%) et 3 autres actionnaires
CA 2021 : 2,6 M€ (1,5 M€ en 2020) – une dizaine de pers.
Prév. 2022 : 3,8 M€ avec une rentabilité de 5%
Effectifs : 20 pers à fin 2022


Propos recueillis par Sophie Boutrelle
Crédit photo : Solisart

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