En complément de l’interview parue dans ECO Savoie Mont Blanc du 26 septembre et principalement consacrée à la formation et à l’institution CCI74, Philippe Carrier, président de l’établissement consulaire, revient sur la conjoncture, les perspectives et les forces et faiblesses du territoire. Interview.
Quel regard portez-vous sur la conjoncture ?
Nous avons assisté, en 2024, à un net recul industriel et commercial, le plus fort depuis la crise du covid et les investissements ont également été en repli. L’année 2025 n’a pas vraiment mieux démarrée, même si nous avons connu une légère amélioration à partir du 2e trimestre dans certains secteurs, mais sans reprise en vue à court terme.
Vous craignez des difficultés pour les entreprises locales ?
Beaucoup de TPE et PME sont sous tension, avec des trésoreries mises à mal. Je leur adresse donc un message fort : n’attendez pas d’être au pied du mur pour solliciter l’aide de la CCI ou la cellule “prévention” du tribunal de commerce. Nous le disons depuis longtemps ; et les experts-comptables jouent aussi un rôle important dans cette sensibilisation. Mais force est de constater que le message ne passe pas aussi bien que nous le souhaiterions.
Vous êtes inquiet ?
Tous les indicateurs n’incitent pas à l’optimisme, entre la géopolitique internationale, l’instabilité politique de notre pays et la conjoncture économique globale. La Grande consultation des entreprises, menée par CCI France et Opinion Way (www.cci.fr/actualites/) témoigne du recul de l’optimisme et de la confiance des entrepreneurs. Localement, nous avons heureusement de nombreux atouts : malgré une nette baisse du panier moyen, la fréquentation touristique est bonne, notamment tirée par les grands événements ; l’agriculture se portait bien jusqu’à la crise de la DNC, les exportations restent dynamiques (+435 M€ au niveau de balance commerciale départementale au 2ème trimestre contre 378 M€ en juin 2024), à fin juin la construction affiche +15% pour les logements commencés sur 12 mois glissants… Bref, nous avons des atouts, des forces, ça fonctionne… Mais il manque la ligne, la visibilité.
Le département n’a toutefois pas que des forces : il souffre notamment de concurrence de la Suisse en termes d’emploi et cette proximité a aussi des répercussion sur le coût de la vie, le logement…
La Suisse, c’est aussi un atout, avec l’aéroport. Et puis Genève est une place d’affaires mondiale qui offre des emplois à beaucoup de nos diplômés qui, sinon, partiraient vers Paris, Londres ou ailleurs. En travaillant à Genève, ils restent sur le territoire. Cette proximité est aussi bénéfique pour le commerce et pour les services. Mais elle a des répercussions majeures sur le coût de la vie et le logement des salariés payés en euros, c’est vrai.
Elle en a aussi sur les recrutements, encore plus depuis les accords sur le télétravail (signés fin 2022), non ?
Il y a aussi des impacts sur le recrutement, évidemment ! En revanche, il n’y en a pas plus depuis les accords. Les grandes entreprises, bien structurées, font attention, car il y a des amendes. Les PME peut-être moins. On peut s’interroger sur l’ampleur et la pertinence des contrôles mais, au niveau de la CCI, nous avons aujourd’hui beaucoup moins de remontées négatives de la part des entreprises françaises qu’avant la signature de ces accords. Cela ne veut pas forcément dire moins de problèmes ou d’entorses à la réglementation : avec la conjoncture, moins porteuse qu’à la sortie de la crise du covid, les critères se durcissent dans le recrutement en Suisse [priorité de facto donnée aux résidents – NDLR] et probablement que cela joue aussi dans cette diminution.
Quel rôle peut jouer la CCI dans les problématiques de coût de la vie ou de logement ?
Les entreprises doivent se faire entendre sur ces questions ! L’une de mes missions, en tant que président de la CCI, c’est de mieux faire comprendre aux pouvoirs publics que les entreprises locales ne demandent qu’à pouvoir créer des richesses, qu’à jouer leur rôle sociétal, aussi. Mais que pour cela elles ont besoin de pouvoir accueillir des salariés.
Et pour vous, entre la rareté du foncier et les coups de freins mis par certains élus sur les permis de conduire, cet accueil des salariés n’est plus possible ?
Disons qu’il est devenu très difficile. Nous sommes dans une période de mutations, donc de recherche d’équilibres. Nous le voyons avec les débats sur les grands événements, la gestion des flux touristiques, les grands projets… C’est également le cas quand on aborde les problématiques de construction de logement : il faut partager l’espace, accepter la densité et adapter la mobilité…. Alors forcément il y a des réticences.
Comment les lever ?
Nous sommes capables de faire converger les compétences quand c’est nécessaire : un dispositif comme le CPER [Contrat de plan Etat-Région, qui implique aussi le Département et les communes et intercommunalités – NDLR] le prouve. Alors pourquoi ne pas le faire au niveau de l’aménagement départemental, afin de porter et coordonner des projets plus ambitieux.Je suis favorable à la création d’une “Agence départementale de l’aménagement”, et je ne suis pas le seul puisque l’idée avait été évoquée lors des Assises du logement, en 2023. Arrêtons d’agir “en silos”. Une telle agence permettrait à toutes les parties concernées, publiques et privées, de mieux travailler ensemble.









Soyons constructifs, en effet.
Dommage que certains élus donnent des coups de freins aux permis de conduire…