Le nouveau président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de l’Ain entame son premier mandat sur fond de régionalisation, avec obligation de trouver des financements pour chaque action.
Avec la régionalisation, la CMA de l’Ain entre dans une nouvelle ère. Qu’est-ce qui change, concrètement ?
Disons que d’un régime 100 % régalien, nous passons à un régime commercial où il faudra trouver une rémunération pour chaque action. La plupart du temps, ce sera de la vente de prestations. Ce qu’on nous annonce aux niveaux régional et national, c’est qu’il y a des choses à entreprendre avec les EPCI. Ce que je pense, au niveau du terrain, que je connais bien pour avoir été élu à la Chambre aux siècle et millénaire derniers (1999, NDLR), c’est que la vraie proximité avec les artisans est l’œuvre des communes et des mairies. On peut leur apporter tout type de formation, par exemple, pour la restauration. On possède tout un panel de formations où l’on est certifié. Mais moi, ce qui m’intéresse et me plaît le plus aujourd’hui, c’est “L’éveil aux métiers”, où la Chambre ouvre ses cycles de découverte aux enfants scolarisés du CM2 à la 3e, les mercredis après-midi. C’est quelque chose qu’on peut décliner au niveau des mairies. Des artisans à la retraite ou qui en sont proches pourraient intervenir auprès des écoles pour faire découvrir leurs savoir-faire. Dans les temps périscolaires, on y propose beaucoup d’activités de loisirs, mais on pourrait aussi y amener l’éveil aux métiers.
Pour attirer vers lui les jeunes, l’artisanat a besoin du numérique. En est-il pourvu ?
C’est notre rôle à la Chambre que d’aider les artisans à procéder à cette transition numérique. Tout va devenir facile puisque les entreprises vont y passer par obligation. Certaines opérations professionnelles ou commerciales artisanales ne peuvent déjà se faire que par le numérique. Mais, le grand pas à faire, où la Chambre peut apporter son aide, et qui n’intéresse pas moins les jeunes attirés par l’artisanat, c’est la transition énergétique. Chacun sait que Lyon, par exemple, est une ville où l’on ne pourra plus entrer demain qu’avec des véhicules électriques. Cela va être un handicap pour beaucoup d’entreprises. Je vois mal un charpentier arriver avec un camion-grue électrique qui est pour le moment très onéreux. Il nous faut donc préparer les entreprises aux investissements de demain. Si on investit 3 000 euros dans du matériel et qu’on se loupe, on s’en relève ; mais s’il s’agit d’un camion-grue qui coûte 400 000 euros, on n’a pas le droit à l’erreur. Pour le boulanger qui va changer son four au gaz contre un électrique, c’est pareil.
La Chambre doit entrer dans une ère plus moderne, plus en proximité encore avec les entreprises !
Oui ! Nous devons analyser les entreprises pour répondre le plus possible à leurs problèmes par le conseil. La Chambre a une force de frappe aujourd’hui régionale, avec plus de 600 emplois au service des artisans. Dans l’Ain, ces derniers représentent plus de 19 000 entreprises. La Chambre possède une expertise. Elle peut les aider à tous les niveaux. Le problème, c’est que les artisans ne le savent pas toujours.
Au milieu de cette régionalisation, quel est le rôle de la CMA de l’Ain ?
La Chambre de l’Ain restera la Chambre de l’Ain, avec les mêmes capacités et qualités. Mais aujourd’hui, toute fonction telle que la comptabilité, par exemple, est gérée au niveau régional. Au lieu d’avoir treize comptabilités différentes provenant de douze départements et de la région, on n’en a plus qu’une. Par ce biais, on réalise des économies d’échelle. On attaque ce premier mandat avec la volonté de serrer un peu plus les boulons. Déjà, on uniformise les tarifs, ce qui avait du mal à être fait. Il y avait toujours des départements qui n’en faisaient qu’à leur guise. Pour les vœux, par exemple, on a tous eu une feuille de route avec le budget à respecter. On se met à gérer différemment. Le budget de la CMA de l’Ain, 6 M€, tel qu’il était avant, n’existe plus. Il est régional. L’enveloppe est allouée par actions. Il nous faut les financer en allant chercher des partenaires.
Qu’en est-il des salariés de la CMA ? Sont-ils soumis à cette contrainte de financement ?
Rien ne change pour eux ! Quand je les ai rencontrés pour leur présenter les directives régionales, je leur ai dit qu’on allait vivre non pas une révolution, mais une évolution. Ils continueront le travail comme avant, mais on va devoir appréhender les choses différemment.
Les artisans qui viendront à vos formations, eux, vont y trouver un changement, s’ils doivent payer ?
Non ! Cela ne changera rien pour eux car il y aura toujours les financements divers et variés. Par leur compte personnel de formations, par leur statut quelquefois de chômeur, quand ils montent leur boîte, etc. Quant aux salariés d’entreprises qui viennent se former, les tarifs restent les mêmes. Ce qu’on veut, ce n’est pas changer notre façon de faire, mais augmenter nos volumes pour être plus proches des entreprises. Celles qui ont l’habitude de venir à la Chambre continueront sans problème. Ce qu’on souhaite, c’est attirer les autres, celles qui disent, « on s’est inscrit à la chambre, mais on ne sait pas à quoi ça sert ». On doit se rapprocher d’elles pour qu’elles y trouvent un intérêt. Une fois venues, on a des cordes à tous les arcs.
Vous allez organiser votre mandat autour de cette interface ?
Le département est organisé en six zones territoriales, et on a six référents territoriaux désignés par la chambre qui sont en binômes avec un collaborateur de la CMA. Ils feront une première approche avec les élus territoriaux et autres collectivités à qui on propose nos services.
Quelle place laissez-vous à l’opposition qui siège à la CMA ?
C’est une opposition constructive. Mais, président, vice-président ou membre de l’opposition, peu importe, ce qui compte, c’est de faire le boulot. C’est mon troisième mandat régional à la CMA. Et que je sois douzième couteau ou vice-président, je m’en fiche. Je fais avec tout le monde ! Il y a des gens extraordinaires partout.
L’élection présidentielle approche. Que diriez-vous aux candidats ?
Je leur dirais que si nos jeunes sont correctement éduqués et prennent conscience de l’avenir qu’ils peuvent se construire avec l’artisanat, bref, si le boulot est fait au départ, nous, artisans, on pourra facilement leur inculquer notre savoir-faire. C’est juste ça qu’il faut qu’ils comprennent. Il ne faut pas louper le départ de l’éducation. C’est là-dessus que l’État doit mettre l’accent et l’argent.
Bio express
- 4 avril 1961 : Naissance à Nantua
- 1990 : Chef d’entreprise (charpente) ; 2 salariés
- 2002 : Il revend la société (22 salariés) et exerce seul.
- 1999 : Vice-Président de la CMA de l’Ain jusqu’à 2021.
- 2003 : Président du Cecof (CFA à Ambérieu-en-Bugey).
- 2021 : Président de la CMA de l’Ain
6 M€
C’était le budget de la CMA de l’Ain. Désormais, il est régionalisé.
Eliséo Mucciante











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