A l’instar de La grande nurserie (Mathieu Laine), plusieurs livres viennent de sortir simultanément qui dénoncent la promptitude de l’Etat à vouloir nous priver de tous les plaisirs de l’existence, sous couvert notamment de préserver notre santé.

Ainsi fumer tue ne cesse-t-on de nous rappeler de plus en plus fort. Boire (ne serait-ce qu’un petit verre) nous rapproche toujours plus du ban de la société. Conduire vite est évidemment répréhensible, quel que soit le lieu, les circonstances et le savoir-faire du pilote. Paresser est un art désuet, désapprouvé par les exigences tant médicales que productivistes. Quant aux plaisirs culinaires, si l’acte de manger reste désespérément obligatoire, il convient cependant de le réserver à une nourriture bio, diététique et sans excès. Ces entraves multiples à nos libertés deviennent pesantes.

A ce rythme, même nos enfants, déjà privés de bacs à sable (soupçonnés d’abriter tous les germes de la terre), pourraient bientôt se voir interdits de balançoires (risques de chutes) et de sauter dans les flaques d’eau (risques de rhume).

En fait, l’Etat semble avoir trouvé la solution idéale pour s’immiscer dans nos vies sans se ruiner. En temps de disette, interdire ne coûte pas cher. Alors, après des décennies de prises en charge diverses et variées qui donnent trop souvent l’impression d’avoir transformé la France en un immense pays d’assistés, l’interdiction à répétition représente-t-elle l’étape ultime vers l’infantilisation liberticide ? Il est bien loin le temps des barricades où la jeunesse impétueuse scandait des « il est interdit d’interdire ».

On nous incite pourtant, en parallèle, à préserver notre « identité nationale ». Mais notre pays n’est-t-il pas celui du bien vivre, du vin, du foie gras et du fromage ? Que reste-t-il de la Première gorgée de bière décrite par Philippe Delerm parmi ses autres petits plaisirs ? Que sont devenus les héros de Rabelais ?

Espérons au moins que subsiste toujours le plaisir immense de pouvoir ouvrir sa gueule.