Héliostim, un simulateur s’ensoleillement unique au monde, est en passe de voir le jour à Savoie Technolac. Le point avec Christophe Ménézo, directeur du Laboratoire des procédés énergie bâtiment (Locie) de l’Université Savoie Mont Blanc, à l’origine du projet. Interview.
Qu’est-ce qu’Héliostim ?
C’est un simulateur solaire dynamique, imaginé et porté par le Locie, le laboratoire des procédés énergie bâtiment de l’Université Savoie Mont Blanc, à Savoie Technolac. Mon idée était d’adosser l’école universitaire de recherche, la Solar Academy*, à un équipement scientifique emblématique.
Quel est l’objectif ?
L’idée est de simuler et retranscrire des ambiances urbaines sous une coupole transparente de sept mètres de diamètre pour mieux appréhender et comprendre les mécanismes complexes liés à la ville (effet d’îlots de chaleur, rayonnement solaire, pollution atmosphérique…).

Comment cela fonctionne‑t‑il concrètement ?
Sous cette coupole entourée d’une protection thermique en téflon transparent, dont nous sommes capables de contrôler la température, nous allons recréer, par impression 3D, la maquette du quartier à étudier. Ensuite, nous pourrons simuler différents scenarii d’aménagement dans un contexte de densification urbaine : injecter par exemple de la chaleur au niveau de certains bâtiments, simulant ainsi des déperditions ; générer localement et analyser les polluants, leur concentration, leur recomposition, les effets combinés température/pollution/rayonnement solaire au niveau des rues ; étudier le potentiel du rayonnement solaire pour l’accessibilité à la ressource énergétique… Nous pourrons également caractériser les climats urbains du futur et leur impact sur notre santé et environnement… Et ce, en se plaçant dans les conditions les plus défavorables possibles : augmentation des épisodes caniculaires en termes de fréquence et d’amplitude, absence de vent en hiver ou en été, densité urbaine ordonnée ou désordonnée…
À quoi vont servir les résultats obtenus ?
Héliostim va permettre d’optimiser la rénovation du bâti, d’orienter la programmation d’aménagements urbains, éviter l’amplification des îlots de chaleur, favoriser l’accessibilité à l’énergie solaire pour tous. C’est un véritable outil d’aide à la décision et de sensibilisation des autorités sur la nécessité de changer de paradigme concernant les règles d’aménagement urbain… Héliostim s’adresse aux entreprises, aménageurs, décideurs… Nous pourrons également tester, sous la coupole, des matériaux, des composants de surface… à différentes échelles.
Quid du financement et du calendrier ?
Ce projet de visualisation et de prospective s’élève à 3,5 millions d’euros. Il a d’ores et déjà reçu une aide de l’État de 1 million d’euros pour l’acquisition d’équipements ultrasophistiqués (systèmes d’injection, de mesure des polluants, drone…), et il est, à ce jour, à moitié financé. Nous poursuivons notre recherche de soutiens, notamment au niveau de la région Auvergne-Rhône-Alpes, pour pouvoir lancer la mise en place de la structure même de l’équipement. J’espère que le projet sera opérationnel à l’horizon 2024.
* La Solar Academy Graduate School réunit, au sein d’un consortium : l’USMB, l’Ines (Institut national de l’énergie solaire), le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Elle est portée par les écoles IAE et Polytech Annecy-Chambéry.
Propos recueillis par Hélène Vermare











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