Président de la Fnaim Savoie Mont-Blanc, Sébastien Cartier dresse un bilan contrasté de l’année 2025. Si les transactions marquent un net rebond dans l’ancien, la pression monte dans le locatif, faute de biens et de constructions neuves. Interview.
Quels sont les chiffres clés de la Fnaim pour 2025 ?
Nos volumes de vente ont augmenté de 9,3 %, avec 22 626 biens signés, sur un an, à fin octobre 2025 (contre 20 701 en 2024), même si nous sommes encore loin des records post-covid. En Haute-Savoie, ils atteignent +12,2 % et en Savoie +9,8 %. Et cette tendance devrait se confirmer en 2026. Dans le top 20 des villes les plus attractives, Annecy truste la première place, enregistrant 1 810 ventes (appartements et maisons inclus), devant Chambéry (886 ventes), Thonon (669) et Aix-les-Bains (667). Côté prix, la hausse reste contenue : +2,2 % en Haute-Savoie et +1,7 % en Savoie. Il faut compter, en moyenne, 5 375 € le mètre carré à Annecy, qui reste l’une des villes les plus chères après Paris, contre 3 172 € à Chambéry mais 4 455 € à Aix-les-Bains, avec des variations importantes, selon les secteurs.

Pour autant, le contexte reste fragile et la crise du logement s’aggrave…
Le marché du locatif continue de se dégrader. Les biens disponibles se raréfient, avec un taux de vacance faible, autour de 2 %, sur un territoire dynamique et très demandé. L’arrêt de la production neuve entraîne un assèchement de l’offre de logements, qui aura des répercussions dans les mois et les années à venir. Malgré tout, je reste optimiste, sans pour autant occulter les nombreux freins qui subsistent. Dans cette période compliquée, nous attendons du gouvernement une politique du logement soutenue, assortie de mesures pour juguler cette crise. Il est vrai que l’instabilité actuelle et les échéances électorales ne nous y aident pas.

Vous évoquez une crise de l’investissement locatif. Que préconisez-vous ?
Pour inciter les Français à investir dans la pierre, il faut mettre en place des mécanismes fiscaux. La fin du Pinel, le 31 décembre 2024, a été le coup de grâce. Depuis, la construction s’est effondrée et a entraîné une crise du logement. Le statut du bailleur privé est l’un des leviers à actionner pour relancer l’investissement locatif. Après plusieurs remaniements, et bien qu’intégré dans le projet de loi de finances 2026, il n’est toujours pas validé. Avec le nouveau “dispositif Jeanbrun” [du nom du ministre du Logement, NDLR], l’amortissement fiscal pour un achat dans l’ancien, hors terrain, atteindrait 3 à 4 % (avec un plafond unique fixé à 10 700 €), conditionné à la réalisation de travaux représentant 30 % de la valeur du bien. Le déficit foncier généré par l’amortissement sera aussi imputable sur le revenu global. Nous aurions voulu un montant de l’amortissement plus élevé et non corrélé aux travaux, pour maximiser son impact. Dans un contexte où l’encadrement des loyers, l’augmentation de la taxe foncière et la fiscalité ne sont pas du tout favorables aux investisseurs bailleurs.

Comment se porte votre filière en Pays de Savoie ?
Comparée à d’autres régions sinistrées, elle se porte bien. Même si le nombre de nos agences est en léger repli depuis 2023. Certaines, spécialisées dans la transaction, ont dû fermer pendant et suite à la crise (1 000 en France en 2025). D’ailleurs, nous les incitons à développer des activités connexes comme la gestion locative (ce qu’elles font toutes plus ou moins) et le syndic de copropriété, pour ne plus être monoactivité. Ces départs ont été, en partie, compensés par des créations et l’entrée de nouveaux adhérents voulant faire partie d’un réseau sans être franchisés. Autre constat : l’écrémage des mandataires (Capifrance, IAD…) qui travaillent avec des agents commerciaux non-détenteurs de la carte professionnelle. Le retournement du marché les a mis à bas. Aujourd’hui, la Fnaim emploie 49 000 salariés à travers 9 000 agences en France, soit 48 % des effectifs de la filière. En Pays de Savoie et dans l’Ain, notre fédération en compte 2 500 dans les 333 agences adhérentes, pour un chiffre d’affaires global de 184 M€.


Propos recueillis par Patricia Rey avec Audrey Lebedeff pour les graphiques
Photo Une : Sébastien Cartier – crédit Fnaim Savoie Mont-Blanc – Thierry Barret









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