Pour lutter contre les lits froids et l’interdiction prochaine de louer des passoires thermiques, la commune de Haute Tarentaise encourage la rénovation des hébergements vieillissants.
Si la rénovation de l’immobilier de montagne est un sujet aussi complexe que récurent, l’interdiction de louer, en 2034, des logements affichant une étiquette énergétique E, F ou G lui donne un caractère d’urgence. Tignes s’est emparée du sujet depuis une quinzaine d’années.
La commune figure parmi les 25 premiers lauréats d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI)piloté par Atout France, dans le cadre du programme France Tourisme Ingénierie “Rénovation des stations” courant sur la période 2021-2026.
« La création de mon poste a été accompagnée par l’AMI d’Atout France et actée lors de la stratégie de transition du territoire votée en 2023. L’assistance à maîtrise d’ouvrage que j’apporte en tant qu’ingénieure est offerte par Tignes Développement aux copropriétés, afin de les accompagner dans leurs projets de rénovation », explique Marie Jammot, chargée de projet sur l’immobilier de loisirs au sein de la société d’économie mixte (Sem) Tignes Développement, qui se consacre à la promotion, la commercialisation et l’animation de la station.

Des surélévations très encadrées
Dans le quartier du Val Claret, la résidence Soldanelles (923 m², 33 logements), construite en 1973, a été rénovée pour un montant de 770 000 €. Réalisés durant les étés 2023, 2024 et 2025, les travaux ont porté sur l’isolation des murs extérieurs, le changement des garde-corps et des menuiseries extérieures, l’étanchéité des balcons, le remplacement de l’ascenseur, la reprise du hall d’entrée et l’installation de panneaux solaires thermiques. Accompagnés d’une surélévation d’un étage, ils ont permis de passer d’une étiquette énergétique D à C.
« Le plan local d’urbanisme encadre fortement ces surélévations et la destination des nouveaux logements. Une partie de ceux-ci doivent être réservés à du locatif social ou à de la résidence principale, afin de ne pas créer de lits froids », précise Marie Jammot.
Investissements payants
À l’été 2024, la résidence Plein Soleil (36 logements) a été réhabilitée pour un coût d’1,38 M€, permettant le passage d’une étiquette F à D et un gain de surface utile grâce à la fermeture de la plupart des balcons.
L’été dernier, c’est la résidence Génépis (1 340 m² de superficie, 36 appartements) qui était en chantier. D’un montant de 906 000 €, les travaux (isolation extérieure des murs, ventilation, garde-corps, menuiseries extérieures) ont permis de passer d’une étiquette F à C (finalement limitée à D en raison d’un chauffage collectif au fioul). La copropriété étudie désormais la possibilité d’installer des panneaux solaires thermiques pour l’eau chaude sanitaire.

« Massifier »
Parmi les 130 copropriétés recensées sur la commune, 50 sont neuves ou rénovées (au moins partiellement). Il en reste donc 80 à réhabiliter à horizon 2034. « Nous en sommes à trois ou quatre copropriétés rénovées chaque année. Pour atteindre notre objectif, il faut que nous parvenions à massifier et à atteindre une dizaine de rénovations annuelles », poursuit Marie Jammot.
Au-delà de l’appui technique indépendant apporté, Tignes Développement met l’accent sur la sensibilisation et les retours d’expérience… Les rénovations réussies font boule de neige autour d’elles…
10% : c’est la décote minimale d’un bien classé F ou G. À l’inverse, la valeur d’un bien dont l’étiquette est bonne (A ou B) augmente de 7 %.
Aides financières
Les évolutions réglementaires (interdiction de louer des logements classés E, F et G au 1er janvier 2034) – et le risque de voir les biens perdre de leur valeur – incitent évidemment les copropriétés à envisager leur rénovation thermique. Les aides financières accordées aux copropriétaires constituent un coup de pouce supplémentaire.
À Tignes, elles sont versées par la commune ou la STGM (chargée de l’exploitation des remontées mécaniques jusqu’au 1er juin 2026, date à laquelle la SPL Altta prendra le relais), selon le type de contrat (lits diffus ou gérés par une agence).
Pour la rénovation intérieure complète des biens destinés à la location touristique ou à la saison, elles s’élèvent à 200 €/m² rénové pour les 20 premiers mètres carrés, puis 100 €/m² supplémentaire, avec un plafond de 10 000 € TTC par logement. Le dispositif a permis d’accompagner la rénovation de 30 logements en 2024, 25 en 2025. Pour les copropriétés, c’est l’accompagnement qui est offert.
Synergi’Réno : des économies d’échelle
Expérimentée à Tignes, la démarche Synergi’Réno pourrait être dupliquée sur d’autres territoires. Depuis fin 2024, un groupe de travail planche, au sein du Cluster Montagne, sur le programme Synergi’Réno destiné à massifier la rénovation de l’immobilier de montagne.« L’idée est de réaliser cette expérimentation à Tignes, qui s’est positionnée en tant que territoire d’innovations, puis de dupliquer le modèle dans d’autres stations », pointe Gwenaëlle Valentin, chargée de piloter le programme, avec Pierre-François Adam.
La méthodologie mise sur pied a consisté à cartographier et identifier des copropriétés présentant des caractéristiques communes, afin de pouvoir mutualiser certains postes comme les études, les bases de travaux, les approvisionnements, etc. Elle a conduit à retenir une barre d’immeubles constituée de sept copropriétés distinctes pour lesquelles des économies d’échelle seraient possibles.
Des propositions ont été présentées par les entreprises suite aux rencontres organisées avec les conseils syndicaux et les copropriétaires. « Au global, il y a beaucoup de lots et de copropriétaires. Le temps long est l’une des composantes de l’équation, mais celle-ci peut, à l’évidence, permettre de réduire les coûts et les nuisances générées par les chantiers », complète Gwenaëlle Valentin, en rappelant que la fenêtre de tir est étroite, en montagne, pour réaliser des travaux.
Sur les 25 entreprises au départ sensibles à la problématique, treize, couvrant toute la chaîne de valeur, ont, pour l’heure, concrétisé leur intérêt. Parmi elles, le bureau d’ingénierie et d’architecture Eneos (Saint-Alban-Leysse ; 10 salariés, pour un chiffre d’affaires 2025 d’1,15 M€), spécialisé depuis sa création, en 2009, dans la rénovation et l’efficacité énergétique des bâtiments existants.
« Nous sommes membre du cluster depuis une douzaine d’années et avons déjà participé à des initiatives autour de l’architecture et de l’énergie. Avec Synergi’Réno, nous sommes vraiment sur un programme très opérationnel. C’est la premièrefois que nous allons aussi loin », souligne Luc Flye Sainte-Marie, son fondateur et gérant.
Alors qu’il faut déjà beaucoup d’énergie pour qu’une copropriété classique s’engage dans des travaux, la difficulté est encore plus grande en station, avec des copropriétaires qui vivent souvent loin de leur bien, ne se connaissent pas et votent, pour beaucoup, par correspondance. « Notre conviction est qu’en procédant différemment, Synergi’Réno parviendra à faire bouger les lignes », assure Luc Flye Sainte-Marie. « Mais il est sûr que le programme est très ambitieux. »

Sophie Boutrelle
Photo du haut : La résidence Génépis, après travaux (@Tignes Développement)








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