Aprรจs la catastrophe due au gel, systรจme assurantiel, protection des cultures et transformation gรฉnรฉtique dans la viticulture vont devoir accรฉlรฉrer le pas.
On dit souvent quโil faut attendre une catastrophe pour prendre les dรฉcisions qui auraient pu lโรฉviter. Aprรจs les tempรฉratures printaniรจres de mars (20ยฐ en journรฉe), lโรฉpisode de gel nocturne survenu durant la premiรจre quinzaine dโavril constitue lโune des pires catastrophes depuis des dรฉcennies pour lโagriculture franรงaise. Les arbres fruitiers, mais surtout la vigne, ont รฉtรฉ gravement affectรฉs (28โ% ร 32โ% de pertes de rรฉcolte pour la viticulture franรงaise, dโaprรจs les premiรจres estimations). Les dรฉgรขts sont dโordre naturels, mais aussi financiers, pour des producteurs qui ont vu leur chiffre dโaffaires rรฉduit ร nรฉant.
Trop en avance sur le temps
ยซโLes temps changentโยป, chantait dรฉjร en 64 Bob Dylan, icรดne de la musique folk amรฉricaine et Prix Nobel de littรฉrature en 2016. Depuis une dรฉcennie, les alรฉas climatiques se multiplient et endommagent les cultures tous les ans, pour ne pas dire, toutes les saisons. On peut y voir la consรฉquence du rรฉchauffement climatique. On assiste, de moins en moins รฉtonnรฉ, ร lโavancement dโannรฉe en annรฉe des vendanges, presquโun mois plus tรดt en une trentaine dโannรฉes, tandis que floraison et bourgeonnement sont en avance, elles, de deux semaines. Le gel nโest pas si nouveau. La nouveautรฉ pour la vigne, cโest l’apparition des bourgeons en mars, que le gel dโavril endommage en impactant toute la rรฉcolte.
Alors, puisque la catastrophe est lร et quโil est venu le temps de rรฉflรฉchir ร ce qui aurait pu lโรฉviter, quels sont les axes majeurs sur lesquels travailler pour รฉviter aux viticulteurs de tout perdre dโun seul coupโ? Comme pour la voiture ou la maison, on pourrait rendre obligatoire les assurances, mais on se heurterait aussitรดt au coup financier. ยซโIl faut pouvoir รฉlargir lโassiette des viticulteurs assurรฉs en mettant en place un systรจme dโassurance robuste et abordable. Actuellement, beaucoup ne peuvent payer une quittance qui varie entre 3 et 8โ% de leur chiffre dโaffairesโยป, dรฉplore Michel Joux, prรฉsident de la Chambre dโagriculture de lโAin. Jusquโร 1โ500โโฌ lโhectare pour une couverture contre tous les alรฉas climatiques, les assurances privรฉes sont trรจs chรจres, et il nโest souvent pas rentable pour les viticulteurs de faire assurer la totalitรฉ de leurs vignes. Dโautant que la viticulture franรงaise ayant connu trois annรฉes de gel (2017, 2019 et 2021), avec, en supplรฉment, dโautres flรฉaux climatiques, types grรชle et sรฉcheresse, la rรฉcolte moyenne servant de rรฉfรฉrence aux assurances sโavรจre dรฉjร trรจs basse pour certains pour qui il est inutile de souscrire une police.
Modifier la gรฉnรฉtique
Restent les subventions, nationales ou europรฉennes, qui, pour le moment, ne semblent pas ร la hauteur. ยซโPour assurer toutes les productions franรงaises, il faudrait un subventionnement de lโรtat de 1,2 ร 1,5 milliard d’euros, ce qui nโest pas le cas aujourdโhui, puisquโon en est ร 150 Mโฌโยป, poursuit Michel Joux. Quoi quโil en soit, le systรจme assurantiel, mรชme dรฉmocratisรฉ, n’est qu’un pansement, une partie de la solution. La protection a aussi un rรดle trรจs important. Pour lutter contre la rรฉcurrence des sรฉcheresses, les exploitants rรฉflรฉchissent ร des moyens dโirrigation et contre le gel, ils utilisent dรฉjร des systรจmes chauffants, comme les bougies, par exemple, mรชme si elles se sont avรฉrรฉes insuffisantes par โ 7ยฐ.
Lโespoir rรฉside dans le gรฉnie humain de lโinnovation. ยซโOn rรฉflรฉchit depuis quelque temps ร travailler sur la gรฉnรฉtique des plantes et sur la possibilitรฉ quโelles auraient ร se rรฉveiller plus tard dans la saison. Si รงa gรจle au mois dโavril, mais que la plante nโa pas encore dรฉmarrรฉ, รงa ne posera aucun problรจme. Mais pour changer la gรฉnรฉtique, il faut dix ร quinze ansโ! explique Michel Joux. On pense aussi tailler plus tard, ce qui laisserait en dormance la plante. Mais cela dรฉpend de la surface du domaine. Tailler prend du temps, et, selon la superficie, il faudra embaucher en un rien de temps, jusqu’ร 30 personnes spรฉcialisรฉes.โยป
Une lueur dโespoir
La vigne a bien des vertus de rรฉsistance. Qui sait si le beau temps ne parviendra pas en partie ร panser les plaies de lโhiverโ? Cโest un espoir auquel se raccroche en tout cas Jean-Luc Guillon, prรฉsident du syndicat des Vins du Bugey : ยซโMalgrรฉ le gel, certains cรฉpages peuvent bien rรฉagir. Des pousses peuvent encore reprendre. Ce nโest pas comme en arboriculture oรน on voit tout de suite si le fruit a gelรฉ. Il faut attendre encore trois semaines pour se prononcer.โยป ยซโEn attendant, poursuit-il, les viticulteurs ont le moral dans les chaussettes.โยป Oui, on aurait trop tendance ร รฉluder les mรฉfaits psychologiques dโune culture dรฉvastรฉe.
32 Mhl
La rรฉcolte 2021 dans lโhexagone sโรฉtablirait ร 32 millions dโhectolitres. Cโest 4,7 Mhl de moins quโen 2017, annรฉe qui dรฉtenait jusquโici le record de la plus faible rรฉcolte du siรจcle.
15 Mโฌ
La Rรฉgion a dรฉbloquรฉย 15ย Mโฌ pour aider les viticulteurs victimes du gel.
Le ยซโstock covidโยป au secours des revendeurs
Aprรจs deux annรฉes consรฉcutives de confinements, de cafรฉs et de restaurants fermรฉs, de cรฉrรฉmonies comme les mariages qui ne se font pas, les stocks de vins ont pris de lโรฉpaisseur. Ils pourraient aider ร approvisionner la saison qui va dรฉmarrer avec la rรฉouverture des tables, des comptoirs de cafรฉs et du retour aux cรฉrรฉmonies en prรฉsentiel. ยซโCโest ce que jโappelle le stock covid, qui est lร pour pallier le manqueโยป, avance Jean-Luc Guillon, prรฉsident du syndicat des Vins du Bugey.
ยซโDโaprรจs ce quโon me rapporte, les stocks seraient รฉlevรฉs, du fait mรชme de la mรฉvente. Ils permettront de ne pas perdre de clients. Bien sรปr, la rรฉcolte qui ne se fera pas cette annรฉe sera une perte sรจcheโยป, renchรฉrit Michel Joux, prรฉsident de la Chambre dโagriculture de lโAin.
Par Elisรฉo Mucciante











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