Xavier Gallot-Lavallée : « MND a la capacité financière d’exécuter son plan stratégique, en dépit de la crise »

par | 10 juin 2021

Le dirigeant fondateur de MND, industriel savoyard spécialiste de l’aménagement de la montagne, revient sur son activité après d’importantes difficultés financières et un hiver inédit. Très présent à international, il enchaîne les contrats. Interview.

Quel bilan faites-vous après une année de crise ?

L’hiver 2020-2021 a été très spécial pour tous les équipementiers de la montagne puisque la majorité de nos clients européens étaient fermés. Résultat, l’activité maintenance et consommable liée à l’exploitation des domaines skiables est en nette baisse. Fort heureusement, notre carnet de commandes était bien orienté, ce qui nous a permis de réaliser un chiffre d’affaires consolidé quasi-identique à celui de l’hiver 2019-2020. Sur le premier semestre clos fin décembre, nous enregistrons un repli limité de 5 % à 28,2 millions d’euros par rapport à un an plus tôt et les perspectives pour les six prochains mois sont favorables.

Preuve que votre plan stratégique Succeed Together 2024 porte ses fruits ?

Nous avons réussi à maintenir un niveau d’activité correct au vu du contexte, résultat de notre diversification et de notre forte présence à l’international. Et bonne nouvelle, nous sommes en ligne avec nos objectifs. Au niveau commercial, nous avons signé pour 35 millions d’euros de commandes depuis le début de l’année 2021, ce qui porte notre carnet de commandes à 72,9 millions (soit +56 %) à fin avril. La réorganisation du groupe autour de la marque MND et de ses quatre pôles d’activité, avec des équipes dédiées dans le monde, n’y est pas étrangère. Sur le volet industrie, la relocalisation des unités de production allemande et suédoise sur le site de Savoie-Alpespace a également été très porteuse en termes d’organisation avec un effet levier sur le business, le contrôle de la qualité et le respect des délais.

Quelle est à présent votre situation financière, après les lourdes pertes enregistrées en 2018-2019 ?

La dernière opération de financement en août 2020 à laquelle l’État a participé à hauteur de 18 millions, contre-garantie à 50 % par la région Aura, a donné à MND les moyens de ses ambitions. Il faut y ajouter le renforcement des fonds propres du groupe, en 2019, à hauteur de 35 M€, injectés par Montagne & Vallée. Á fin décembre 2020, notre endettement financier net s’élevait à 91,3 M€, dont 7,3 M€ de trésorerie disponible. Aujourd’hui, MND a la capacité financière d’exécuter son plan stratégique, en dépit de la crise sanitaire. Nous avons été en mesure d’investir dans notre outil et de garantir la performance industrielle grâce notamment à l’innovation.

Quand parviendrez-vous à un retour à l’équilibre opérationnel ?

Nous l’avons atteint au premier semestre 2020-2021, avec six mois d’avance sur notre plan. Grâce à la maîtrise des charges opérationnelles et à la matérialisation des premières économies d’échelle (cf. la rationalisation du nombre de sites industriels et de filiales de distribution), le groupe affiche aujourd’hui un ebitda ajusté à 0,2 million d’euros, contre une perte de 13,8 millions sur les six premiers mois de l’exercice 2019-2020.

Cette relocalisation industrielle en Savoie a aussi dopé votre RSE…

Les effets sont indéniables. Question environnement, le groupe a réduit sensiblement son empreinte industrielle. Ne serait-ce qu’en termes de transports intragroupe, en baisse d’environ 20 %. Cette amélioration contribue à notre engagement RSE, qui se traduit également par l’écoconception et la durabilité de nos installations et par une baisse de la consommation énergétique. L’impact sur tout le cycle de vie de nos produits s’en trouve optimisé. Cela nous a aussi permis de sécuriser nos emplois industriels directs en Savoie et de l’ensemble de l’écosystème de sous-traitance que nous mobilisons dans la région.

Et les commandes affluent. Dernièrement, vous avez décroché trois marchés aux États-Unis et en Russie ?

Nous avons remporté, en avril, un contrat de 17,5 millions d’euros pour équiper la station russe de Mamison (un télésiège et une télécabine), et récemment un autre de 8 M€ à Veduchi, une station de ski créée dans le Caucase, pour sécuriser son enneigement. Aux États-Unis, nous avons également signé avec la station de Waterville, que nous accompagnons depuis 2017, pour la construction d‘un débrayable six places (Ndlr, MND exploite 22 familles de brevets dans ce domaine) pour un montant de 9 M€. C’est notre premier transport par câble débrayable Outre-Atlantique, qui en préfigure d’autres. Et c’est important, car cela va nous permettre d’alimenter pendant deux ans nos sites industriels savoyards. Enfin, avec MND Leisure, nous avons livré début 2021 un site de loisirs à sensation – trois parcours acrobatiques aériens et une skywalk – au sommet d’une des plus grandes tours de Canton. Ce contrat s’ajoute à ceux déjà contractés (systèmes d’enneigement, sécurisation des pistes, remontées mécaniques) en vue des JO de Pékin en 2022.

L’international n’est-il pas votre planche de salut ?

La diversification du groupe sur le multi-activités quatre saisons et notre présence dans 50 pays fait notre force. Le fait aujourd’hui d’avoir quatre pôles bien distincts mais complémentaires et de garantir une production 100 % française nous rend résilient et permet d’envisager l’avenir sereinement. Mais la crise n’est pas encore terminée et les difficultés à investir des domaines skiables sont réelles.

Justement comment se profilent les investissements dans les stations françaises ?

Nous devons rester pragmatiques. L’activité de l’année à venir sera faible en Europe car nos clients ont manqué de visibilité. Aucune décision n’a été prise en temps et en heure, et de fait, nous anticipons une baisse du marché français supérieure à 50 % en 2021. Pour cet été, nous avons quelques chantiers d’enneigement et la réalisation d’un ascenseur incliné à Oz-en-Oisans. D’autres projets, en cours de discussion, devraient aussi bientôt aboutir. Toutefois, il est difficile de prévoir un retour à la normale avant 2022, si la fréquentation de l’hiver est bonne. Nous sommes optimistes, car sinon personne ne le sera pour nous. Voilà un an que nous tenons la barre dans le brouillard en espérant que le plus dur est derrière nous. Le plan investissement montagne engagé par l’État pour assurer la transition du tourisme devrait nous y aider. Car c’est bien l’ensemble de l’écosystème montagnard qui crée de la valeur.

Propos recueillis par Patricia Rey

Le groupe MND

  • Siège : Alpespace
  • CA consolidé 2019-2020 : 40,3 M€ (60 % à l’export)
  • 300 collaborateurs
  • 7 filiales de distribution et 28 distributeurs à l’international
  • 3 000 clients dans 50 pays
  • 4 pôles : Ropeways (transport par câbles), Snow (enneigement), Safety (sécurité), Leisure (loisirs)
  • Coté sur Euronext Growth Paris

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