Les Suisses votent contre un renforcement des mesures visant à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Un résultat surprise qui obère leur capacité à atteindre leurs objectifs environnementaux…
Les glaciers fondent et les Suisses regardent au fond de leur porte-monnaie, surtout à la campagne. À la surprise générale, le peuple helvète vient de se prononcer contre le projet de loi fédérale sur les émissions de gaz à effet de serre, couramment appelée « loi sur le CO2 ».
Fossé idéologique
Parmi les 3 239 186 électeurs qui se sont mobilisés lors des votations populaires du 13 juin (59,68 % de participation), 1 671 150 (51,59 % des suffrages exprimés) se sont ainsi prononcés contre la révision proposée de la loi sur le CO2 déjà en vigueur. Et seulement quatre cantons et demi sur vingt-six se sont prononcés en sa faveur : Genève (61,40 % de oui), Neuchâtel (52,61 %), Vaud (53,16 %), Zurich (55,41 %) et Bâle-Ville (66,64 %). La situation de ce dernier canton est assez emblématique du schisme idéologique qui fracture la population outre-Léman puisque Bâle-Campagne s’est majoritairement prononcé contre cette loi (53,02 %). Une configuration qui se retrouve dans tout le pays.
Pourtant, ce texte a longtemps semblé bénéficier d’un large soutien populaire et politique, l’UDC (Union démocratique du centre, populiste) étant la seule à s’y être ouvertement opposée. Mais ces dernières semaines, les sondages ont montré un net recul du oui. C’est la forte mobilisation du monde paysan – également vent debout contre une autre initiative demandant l’interdiction des pesticides de synthèse (refusée à 60,56 %) – qui aura achevé de forger ce résultat surprise. Ce dernier creuse encore un peu plus le fossé qui semble désormais opposer Suisses des villes et Suisses des champs.
Surtout, ce vote populaire prive la Confédération d’un arsenal de mesures qui devait lui permettre d’atteindre son objectif de réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990). Parmi les dispositions les plus emblématiques, la désormais défunte loi prévoyait notamment d’augmenter la taxe sur le CO2 déjà en vigueur sur le mazout et le gaz naturel, et d’instaurer une taxe sur les billets d’avion (de 30 à 120 francs par billet) pour chaque vol au départ de la Suisse. Si plus de la moitié de ces taxes devaient être reversées à la population et aux entreprises, l’autre moitié devait alimenter un nouveau « fonds pour le climat » ayant vocation à financer des projets structurants respectueux de l’environnement. La loi prévoyait également de nouvelles normes plus drastiques pour la consommation énergétique des bâtiments. A contrario, les entreprises vertueuses auraient pu obtenir des exemptions de taxe en échange d’actions menées pour réduire leurs émissions.
La fin du mois d’abord
Alors que les nombreux partisans de cette loi ont semble-t-il péché par excès de confiance, la votation est assurément un succès pour l’UDC, qui a su faire « dévier le débat de l’urgence climatique vers les implications financières », selon le journal La Liberté, et dont le slogan « Avant la fin du monde, la fin du mois » a manifestement trouvé un écho auprès d’une partie de la population. « Les Suisses ont mal au porte-monnaie et sans doute bien davantage que les politiques ont pu le penser », écrit ainsi Le Nouvelliste. Pour la RTS Radio, « cet échec est aussi une remise en cause du principe des taxes d’incitation qui s’attaquent directement à des manières de vivre, précisément différentes en ville et à la campagne ».
Fortes de ces constats, les instances helvètes doivent rapidement s’atteler à l’édification d’une nouvelle proposition législative – que d’aucuns espèrent plus « élégante » – pour convaincre la majorité de leurs concitoyens d’assumer une part d’une nécessaire politique climatique. En attendant, les glaciers fondent…
Matthieu Challier











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