Entreprise : respecter les limites planétaires ?

par | 28 novembre 2022

Les Conventions des Entreprises pour le Climat (CEC, l’équivalent de la Convention Citoyenne pour le Climat, mais au niveau entreprise) du bassin lyonnais et des Alpes viennent de dévoiler les noms des 35 premiers dirigeants qui s’engagent à plancher entre février et décembre prochains sur une transformation de leur modèle d’affaires « compatible avec les limites planétaires ».

Soit, a minima, 8,5 jours sur 11 mois pour un parcours « apprenant-agissant » de six sessions. Les locaux du groupe sont Sébastien Godin, du Comptoir des signaux (7 personnes, conseil aux entreprises, à Groisy), Pascal de Thiersant, de la Société des 3 vallées (660 personnes, à Courchevel), Sébastien Berteloodt, de Böllhoff Otalu (430 personnes, à La Ravoire) et Olivier Nicollin, de Nicomatic (450 personnes, à Bons-en- Chablais).

« Nous comprenons aujourd’hui les variables et seuils de 8 des 9 limites planétaires. Et sur ces 8 limites documentées, 6 ont déjà dépassé leur seuil d’alerte. »

Le cadre des limites planétaires

Le texte qui suit est issu du Rapport final de la 1ère Convention des Entreprises pour le Climat.

« Loin de constituer un système stable, notre planète Terre a connu dans son histoire des conditions particulièrement fluctuantes. Comme l’illustre le schéma ci-dessous reprenant l’évolution des températures sur les 500 millions d’années écoulées, celles-ci ont considérablement varié à la hausse comme à la baisse. Il va sans dire qu’avec des températures de +14°C ou de -5°C par rapport à la moyenne actuelle, le monde ne ressemblait en rien à ce que nous connaissons aujourd’hui.

Il y a 10 000 ans, les conditions climatiques et de température se sont stabilisées d’une façon qui a permis l’essor successif de civilisations conduisant au monde tel que nous le connaissons. Ces conditions d’équilibre sont particulièrement propices à la vie sur Terre, humaine et non humaine. Les préserver est donc un enjeu de taille. De sorte que les scientifiques ont cherché à comprendre les processus sous-tendant cet équilibre. Ils ont identifié 9 processus, traduits en 9 “limites planétaires” qui doivent faire l’objet d’une attention particulière.

Comme dans tout système complexe, ces limites interagissent les unes avec les autres et il est important de bien comprendre ces interactions. Certaines vont dans le sens d’un maintien des conditions d’équilibre. C’est ce que nous appelons des rétroactions négatives. Quand une variable évolue dans un sens qui menace le système de sortir de son équilibre, une autre intervient pour ramener le système à son état initial. Quand nous faisons un footing, notre corps monte en température. Ce qui pourrait menacer notre intégrité physique et notre santé si un processus ne se mettait pas en oeuvre pour éliminer cet excès de calories : la transpiration. Notre corps peut ainsi maintenir son intégrité.

« En dépassant simultanément plusieurs des 9 limites planétaires, nous risquons purement et simplement de passer d’un régime de rétroactions globalement négatives à un régime de rétroactions globalement positives, avec pour conséquence l’emballement du système Terre et des conséquences difficilement prévisibles. Dans tous les cas, l’issue serait dramatique. « 

Il en va de même pour le système Terre. L’augmentation des températures consécutive au réchauffement climatique augmente l’évaporation et donc la formation de nuages, ce qui augmente l’effet albédo (l’albédo est le pouvoir réfléchissant d’une surface. L’effet albédo permet donc de renvoyer une partie de l’énergie solaire reçue vers les hautes couches de l’atmosphère et réduit les températures.)

À l’inverse, certaines rétroactions sont positives : un processus qui se « dérègle » induit le dérèglement Où en sommes-nous aujourd’hui ? d’un autre processus renforçant le dérèglement du premier, avec un effet d’entraînement et un risque d’emballement. Par exemple, le réchauffement climatique induit une fonte des glaciers, réduisant l’albédo et augmentant la chaleur absorbée sur Terre, ce qui augmente encore plus les températures et la fonte des glaces.

En dépassant simultanément plusieurs des 9 limites planétaires, nous risquons purement et simplement de passer d’un régime de rétroactions globalement négatives à un régime de rétroactions globalement positives, avec pour conséquence l’emballement du système Terre et des conséquences difficilement prévisibles. Dans tous les cas, l’issue serait dramatique.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

La plupart des limites planétaires disposent de variables de contrôle et de seuils à ne pas dépasser, au risque de menacer l’intégrité du processus. Nous comprenons aujourd’hui les variables et seuils de 8 des 9 limites planétaires. Et sur ces 8 limites documentées, 6 ont déjà dépassé leur seuil d’alerte. La limite la plus franchement dépassée est celle de l’intégrité de la biodiversité. Ce qui est particulièrement préoccupant puisque nous parlons ici de la toile du vivant, qui interagit de manière directe avec toutes les autres limites.

Les cycles biochimiques de l’azote et du phosphore sont également largement dépassés, principalement en raison de l’usage massif d’engrais azotés et phosphatés par l’agriculture. L’introduction de nouvelles entités est une limite récemment opérationnalisée, qui sans surprise est elle aussi dépassée. Il s’agit d’entités que l’environnement n’est pas capable de bio-assimiler et qui polluent donc de manière durable et persistante notre environnement (plastique, métaux lourds, perturbateurs endocriniens, etc.). Le réchauffement climatique est évidemment un processus ayant franchi son seuil limite, avec une concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère supérieure au niveau de sécurité de 350 parties par million (ppm).

Il en va de même pour la modification de l’usage des sols. Ainsi, quand une forêt est coupée pour les besoins de l’agriculture et/ou de l’urbanisation, c’est non seulement l’ensemble de sa biodiversité qui disparaît, mais aussi l’ensemble des services que cette forêt apporte, comme la séquestration du carbone (agissant négativement sur le réchauffement climatique), la régulation des eaux de pluie (agissant négativement sur le cycle de l’eau), etc. Enfin, le cycle de l’eau verte est la dernière limite étudiée qui dépasse elle-aussi son seuil d’alerte.

Nous jouons à proprement parler avec le feu. Les scientifiques considèrent que les conditions d’équilibre à l’oeuvre depuis 10 000 ans auraient pu se maintenir au moins 20 000 ans encore (voir bien au-delà) sans intervention humaine. Nous déréglons les processus de maintien des équilibres, avec le risque de transformer des rétroactions globalement négatives en rétroactions globalement positives, qui conduirait alors à une dégradation brutale des conditions de vie sur Terre. »

Pour aller plus loin : https://cec-impact.org/ et https://www.lumia-edu.fr/

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