Président du Syndicat national du décolletage depuis 2020, Alain Appertet vient de présider aux 125 ans du syndicat, le 22 septembre. En complément de l’entretien publié dans Eco Savoie Mont Blanc du 23 septembre, retrouvez ici le parcours de ce dirigeant de PME et sa vision des mutations structurelles du secteur.
Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai 54 ans, je dirige la société Sunap, à Ayze (ndlr : à côté de Bonneville), une PME familiale de 9 personnes dans laquelle travaillent aussi mon épouse et mes enfants. Elle a été créée par mon père, à Magland, sous forme d’entreprise individuelle et mon frère l’a rejoint dans les années 80. Il l’a transformé en SARL et développée, avant de changer de carrière pour devenir guide de montagne. C’est à ce moment-là que je l’ai reprise, un peu dans l’urgence, alors que mon père était confronté à des problèmes de santé.
Vous ne vouliez pas faire décolleteur ?
Non. Au départ, je rêvais de faire des avions puis, comme l’aéronautique était un secteur très bouché à l’époque, je m’étais orienté vers le design des bateaux. Les ennuis de santé de mon père m’ont contraint à arrêter mon BTS en conception de produits industriels… mais je n’ai aucun regret ! Décolleteur est un métier compliqué mais intéressant, en constante évolution. Avec notre déménagement-agrandissement à Ayze, il y a 4 ans, nous sommes rentrés dans une nouvelle dimension, moins artisanale et plus industrielle, plus connectée aussi, tournée vers l’usine 4.0.
Vous êtes à la tête d’une TPE : de la part du SNDec, c’est aussi un message symbolique aux petites structures ?
Ce n’est pas pour cette raison que j’ai été élu (ndlr : en 2020) mais effectivement cela prouve qu’être au SNDec n’est pas une question de taille. Selon moi, les petites sociétés sont même celles qui ont le plus intérêt à être dans une telle structure, qui fournit de l’info, de l’accompagnement et qui offre aussi l’accès à un réseau. Celui des autres membres, bien sûr, mais également celui du décolletage international et de l’industrie mécanique en général, car le SNDec adhère lui-même au Syndicat européen du décolletage et à la Fédération des industries mécaniques (Fim).
Le SNDec vient de célébrer ses 125 ans. C’était important pour vous de marquer le coup ?
Oui. Le SNDec est né “Chambre syndicale patronale des tourneurs décolleteurs et fabricants de vis cylindriques” en 1897. 125 ans, ce n’est pas donné à tout le monde et quand j’ai été élu président en 2020 j’ai eu envie de mettre en valeur cette riche et parfois atypique histoire.
Quel est le rôle du SNDec aujourd’hui ?
Il s’articule autour de quatre grandes missions. D’abord, défendre les intérêts de la profession face aux enjeux économiques et stratégiques, en lien avec les pouvoirs publics mais aussi avec les autres acteurs de l’industrie comme la Chambre syndicale de la métallurgie (CSM), la Fédération des industries de la mécanique (Fim), France Industrie… A ce titre, la suppression annoncée de la contribution sur la valeur-ajoutée (CVAE ; ndlr supprimée à 50% en 2020 et dont la suppression totale a été promise par le gouvernement pour 2023) est une victoire.
Vous êtes un lobby ?
Ça ne me gêne pas qu’on le dise. Lobby, ce n’est pas un gros mot quand il s’agit de travailler, de manière vertueuse, dans l’intérêt d’une filière d’excellence reconnue, sans faire de tort à personne.
Et les autres missions ?
La deuxième, c’est la promotion de la filière et de ses métiers, avec les opérations Smile et Open Smile, sa version connectée, qui sont des marques qui appartiennent au SNDec. Ces dispositifs de sensibilisation des jeunes (ndlr : rencontre entre des collégiens et des industriels) ont fait leur preuve. Jusqu’à la crise du covid, les jeunes étaient revenus vers l’industrie, nous le constations clairement au niveau de la fréquentation des formations. La vieille image d’Epinal du décolletage « Les mains dans l’huile, les pieds dans la sciure », c’est heureusement révolu ! (ndlr : allusion à l’huile des coupe qui, autrefois, autour des machines, était épongée par de la sciure)
Le SNDec a aussi un rôle d’accompagnement de terrain, non ?
Notre troisième mission, c’est effectivement de participer à l’évolution de la filière en accompagnant les entreprises. C’est particulièrement vrai pour les enjeux environnementaux. Le travail mené sur les rejets dans l’Arve depuis 2007, dans le cadre du dispositif Arve Pure, est remarquable et a permis de diminuer considérablement les rejets de métaux lourds. Dans le même esprit, dans le cadre du plan de protection de l’atmosphère de la Vallée de l’Arve, nous avons lancé une étude, dans un groupe d’entreprises volontaires représentant toute la filière – traitement des métaux inclus – pour mesurer les rejets atmosphériques. Elle va servir à mieux définir les actions d’amélioration et de prévention.
Enfin, notre quatrième mission, c’est l’appui au développement.
Comment se traduit-il ?
Après la crise de 2008, nous avons créé le dispositif Nexin, pour l’accompagnement à l’export (veille, salons, aide à la prospection). Il est nécessaire de “chasser en meute” à l’international, avec des actions par marché (auto, médical, biens d’équipement…) et par zones géographiques, sans se battre entre nous, sans partir en panique chacun de notre côté, sinon ce sont donneurs d’ordres qui en profitent. En outre, nous proposons des actions pour aider à la transformation digitale, qui elle-même doit permettre des développements et la création de valeur. Nous le faisons en lien avec différents partenaires, comme le Cetim ou l’ID Center (ndlr : ID Center est à la fois le bâtiment totem de l’industrie de la vallée, basé à Cluses et le nom d’une association, qui devait fédérer les différents acteurs).
Le marché automobile, qui représente la moitié des débouchés du décolletage, est en pleine mutation. La fin programmée des moteurs thermiques, c’est la fin programmée du décolletage ?
Non ! D’une part, il ne faut pas perdre de vue que cette fin ne concerne que l’Union européenne mais que dans des zones comme l’Amérique du Sud, l’Asie ou l’Australie, la demande pour le thermique est en hausse : l’électrique ne pourra pas répondre à tous les besoins (ndlr : problématiques de l’autonomie et des points de recharge). De plus, les pièces issues du décolletage ne se retrouvent pas seulement dans la motorisation (ndlr : il y en a environ 10 fois moins avec une motorisation électrique) mais aussi dans les pièces supports telles que les systèmes de freinage, de direction, de climatisation ou encore les rotules des rétroviseurs électriques, pour lesquels le besoin ne va pas disparaitre.
Les entreprises ont déjà montré des capacités de rebond impressionnantes. Elles ont su s’adapter aux différentes crises et je suis persuadé qu’elles sauront relever les défis de le décarbonation et du véhicule connecté qui, lui présente aussi des opportunités.
Lesquelles ?
Une partie des technologies de l’ultra-connexion des véhicules reste à inventer mais je suis persuadé que le décolletage, qui a déjà un savoir-faire avéré au niveau des capteurs et de la connectique, a un rôle à jouer. Globalement, il y aura moins de pièces, mais pas forcément moins de valeur ajoutée. Mais pour que cela fonctionne, il faut aussi une volonté forte des pouvoirs publics en matière de maintien de l’industrie et même de réindustrialisation.
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