Les 23 et 24 avril, s’est tenu le salon Alpipro, dédié à l’aménagement durable de la montagne, à Chambéry. L’occasion de dresser le bilan de la saison 2024-2025.
Les acteurs de la montagne – 360 exposants et marques, ainsi que 4 490 visiteurs professionnels (en hausse de 12 %) – s’étaient donné rendez-vous sur le salon Alpipro à Savoiexpo, à Chambéry, pour passer commande.
En parallèle de ce salon d’affaires reconnu par l’ensemble de la profession (exploitants de remontées mécaniques, aménageurs, professionnels du tourisme… et élus de la montagne), un cycle de conférences, Mountain Next, était consacré aux stratégies de transition et d’adaptation des territoires d’altitude, pour les aider à repenser leur modèle sur fond de dérèglement climatique.
Grande nouveauté de cette édition 2025, le SkiDebrief, organisé traditionnellement en station en fin de saison par l’Union Sport & cycle, a livré les chiffres de la saison 2024-2025, en présence des représentants de la filière.

Un très bon hiver 2025
En accord avec l’avis général, « tout le monde a le sourire, les grandes stations comme les petites ; la montagne a alimenté l’économie du territoire », déclarait Anne Marty, présidente de Domaines skiables de France (DSF).
Avec un taux d’occupation moyen de 71 % sur l’ensemble des massifs français et de la saison, la fréquentation reste soutenue, en quasi-stabilité comparée à l’hiver 2023-2024, selon Patrick Provost, président de l’Observatoire national des stations de montagne.
Trustant le gros des stations, Savoie, Haute-Savoie, et Isère enregistrent une progression de 4 % de leur activité. Une aubaine pour DSF, qui voit le chiffre d’affaires des domaines skiables augmenter de 4 % sur un an, et de 3 % par rapport à la moyenne des trois derniers hivers.
Mais la saison aurait pu tutoyer les sommets si l’intersaison de mars n’avait été aussi médiocre : -6 % par rapport à N-1, mais -30 % sur trois ans (2022-2025), avec un taux d’occupation qui chute à 69,7 %. Et ce constat vaut aussi dans les stations d’altitude. De quoi s’interroger. En plus, le calendrier scolaire n’a pas aidé. « Il faut se réunir et redynamiser cette période collectivement », assène Anne Marty.
Globalement, tous les acteurs de la montagne ont tiré leur épingle du jeu. Côté pistes, l’École du ski français connaît une hausse de 2 % des heures de cours de ski dispensées (4,6 millions).
« Cette performance est due à une forte demande des cours privés, qui dépasse, cette année, celle des cours collectifs », confirme son président, Éric Brèche, pointant la montée en gamme de l’offre en station et l’augmentation de la clientèle étrangère.
Même bilan positif sur les domaines nordiques. Nordic France, qui réalise sa troisième meilleure performance après deux saisons compliquées, fait état de +19 % sur l’hiver en cours, portant le chiffre d’affaires à 13,1 M€.
Seule ombre au tableau : la baisse de la clientèle française, qui plus est en mars, alors que les étrangers croissent de 9 %, « ce qui permet de compenser », relève Laurent Cormier, directeur délégué d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.
« Ce tassement de la fréquentation française est dû à la baisse du pouvoir d’achat, avec des prix qui restent élevés », dit-il, soulignant au passage une fréquentation plus élevée des familles en janvier, en lien avec des tarifs plus accessibles.
Et Patrick Provost de conclure : « Une fois encore, cette saison montre que les professionnels de la montagne savent s’adapter et faire preuve de résilience.

Zoom sur quelques entreprises :
Les Sybelles signe avec MND

En Maurienne, le domaine skiable interconnecté Les Sybelles a choisi le groupe MND pour créer son espace de montagne toute-saison sous la forme d’une expérience immersive issue d’un jeu de société à succès, Trek 12.
Ce jeu d’aventure sera reproduit grandeur nature sur le domaine au travers de 27 installations sportives et ludiques, avec notamment un “pas dans le vide”, trois tyroliennes (dont une au sommet du Corbier), une balançoire géante…
« Il n’est pas question de créer un parc de loisirs mais de proposer une expérience immersive en s’appuyant sur l’existant, pour un développement pérenne », précise son directeur général, Laurent Deléglise. Il va injecter 7 M€ pour avoir l’exclusivité française : « Nous voulons faire découvrir notre montagne et raconter une vraie histoire. »
MND, via sa filiale MBS, débutera les travaux à l’été 2026 pour une livraison en 2027. Les équipements seront en bois ou en matériaux biosourcés. Une appli mobile verra aussi le jour. Si ce jeu immersif est la propriété de MND, qui a acheté la licence “monde” à l’éditeur français LumberJacks Studio, celui-ci entend le développer à l’international. Des stations américaines sont intéressées. « Avec un vrai enjeu : mixer les typologies de clientèles autour d‘un jeu », conclut Roland Didier (photo), le directeur général de MND.
Alltracks recycle les dameuses

Créée en mars 2023 par Pierre-Yves Prost et Renaud Vezier, deux ex-Prinoth, Alltracks Engineering transforme les vieilles dameuses en engins multifonctions de type broyeuse, tondeuse ou débroussailleuse pour le monde agricole et forestier. « Ce sont des dameuses vouées à la casse, mais ayant encore un potentiel de vie pour d’autres applications qu’à la montagne », explique Renaud Vézier (photo). Par exemple, cette broyeuse géante qu’ils viennent de livrer utilise seulement 30 % de la capacité énergétique d’une dameuse classique. « De cette manière, nous doublons leur durée de vie, qui est en moyenne de sept ans », assure l’entrepreneur.
Des machines que le duo rachète entre 15 000 et 30 000 €… pour les revendre entre 60 000 et 120 000 € en fonction des travaux effectués et des équipements installés. Accompagnée par Bpifrance et membre de la French Tech Alpes, Alltracks (2 salariés) vise quatre à cinq machines par an pour commencer. Elle en a déjà transformé six, et des commandes sont en cours avec, prochainement, la livraison d’un engin qui servira à la préparation des pistes, à Courchevel. Elle est aussi en pourparlers avec l’ONF. « Nous sommes les seuls en France sur ce marché », pointe Renaud Vézier.
Ça glisse pour 4 Experience

Basée en Savoie, à Alpespace, 4 Experience imagine des activités ludiques destinées aux familles en quête de sensations fortes. Partis du constat après-covid qu’il manquait des activités hors ski, les quatre associés se lancent un défi et développent des pistes de tubing (descente sur bouées) en partenariat avec Ximeca, auquel ils sous-traitent la fabrication.
Depuis, l’entreprise a implémenté d’autres activités, comme des tyroliennes, des tours multiactivités ou encore des balançoires géantes (dont celle de La Clusaz). « Les parties métalliques sont fabriquées à Notre-Dame-des-Millières, la partie bois à La Chapelle-en-Vercors (38) et le prémontage se fait dans notre atelier à Montmélian, avant d’être assemblés sur site », détaille Mathieu Parizot (photo). Et le directeur de 4 Experience de spécifier : « Nous sollicitons aussi des entreprises locales pour le terrassement et le génie civil. »
À ce jour, la société (4 salariés, 1,8 M€ de CA) compte environ 50 installations en France, dont la piste de tubing du parc Astérix (La Glissade d’Obélix). Récemment, deux versions quatre-saisons ont été livrées à Valmorel, ainsi qu’une Balanç’Air en Suisse. Si le tubing reste son cœur de métier (98 % de ses volumes et leader en France), 4 Experience espère accélérer sur les autres activités.
Tricolor vise l’international

Tricolor, la marque de vêtements écoresponsables dédiés aux professionnels de la montagne et du ski, parvient à imposer son concept. Récemment, elle a signé avec la Société des 3 Vallées pour équiper ses 700 salariés. « C’est le big deal de l’hiver », se réjouit Bertrand Roy, codirigeant au côté de Jonas Herry (photo, de d. à g.). La liste s’allonge donc, après avoir séduit les stations de Saint-Gervais et des Contamines, mais aussi les remontées mécaniques, l’ESF et l’office de tourisme d’Arêches-Beaufort… Chaque tenue est composée d’une veste avec sous-couche zippée et d’un pantalon, aux couleurs des clients.
En 2024, Tricolor, qui fait fabriquer chez Petratex, au Portugal, les vêtements qu’elle développe en interne, a produit près de 7 000 pièces.
À La Bathie, la maison mère, Zone alpine pro, développe aussi la marque Avant-Garde (8 000 pièces), toujours conçue à partir de matières biosourcées mais, cette fois, fabriquée en Asie pour pouvoir proposer un prix plus accessible (l’écart est de 40 %) « et ainsi répondre à la demande de certains clients (Labellemontagne, Club des sports de Val d’Isère…) ».
Des vêtements 100 % recyclés et recyclables (écoscore affiché) qu’elle distribue en direct. Tricolor (10 salariés), qui vise la Suisse et le Canada, compte doubler ses revenus à 3 M€ en 2026.
Reportage et photos : Patricia Rey
Photo Une salon Alpipro 2025 @Defours.com









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