Donner… ou vendre sur internet ou dans une friperie ? Acheter à Emmaüs… ou à très bas prix sur un site de fast-fashion ? les évolutions de comportement bousculent l’économie du don.
Il y a deux ans, l’entreprise d’insertion Emmaüs vêtements de Chambéry faisait 1,70 M€ de chiffre d’affaires avec la vente des vêtements (une centaine de tonnes chaque année) donnés par les Savoyards. C’était 1,50 M€ en 2025 et l’équipe table sur 1,4 en 2026.
« Nous sortons de deux années de pertes », soupire Gaëtan Coste, responsable de l’entreprise. Du coup, elle doit réduire la voilure : le site de vente d’Arbin ferme, l’atelier de couture déménage du centre de Chambéry au siège, à La Motte-Servolex. Les différents sites Emmaüs de Savoie, Haute-Savoie et Ain vivent tous, à des degrés divers, la même situation.
Gaëtan Coste explique l’évolution par deux phénomènes : « Les gens ont tendance à vendre sur Internet ou dans des friperies leurs meilleurs vêtements. Ils nous donnent le reste. Résultat : nous collectons des pièces de moins bonne qualité. Après tri, une part plus importante est orientée vers notre plateforme de Saint-André-le- Gaz, pour recyclage ou revente à l’export via des partenaires d’Emmaüs. Nos quatre magasins (La Motte-Servolex, les Landiers, Barberaz, Aix-les- Bains) reçoivent moins de produits, et de moins bonne qualité. Or c’est la vente qui permet de financer environ la moitié des salaires de nos salariés en insertion (37 équivalents temps plein). »
– 10 à – 12% : c’est la baisse de la collecte de vêtements également observée par Régine Barberet, secrétaire générale du Secours populaire, à Chambéry. Elle constate aussi une forte baisse de qualité depuis 40 ans.
Plus mais moins
C’est bien l’ensemble du modèle qui est fragilisé, d’autant que les subventions d’État pour l’autre moitié du salaire sont également en baisse, de 2 à 3 %. Emmaüs est ainsi bousculé dans son modèle global. Dès mars 2023, Emmaüs France publiait sur Vinted de vraies-fausses annonces incitant à donner plutôt que vendre : « Nous recevons chaque année plus de 320 000 tonnes d’objets », expliquait le mouvement, « mais la baisse de qualité fait que 40 % seulement sont vendus, contre 60 % il y a vingt ans. »
C’est la double peine : d’une part moins de revenus, d’autre part plus de produits à traiter. Donc des charges fixes au mieux stables. Car l’économie du don, c’est de la logistique ! La centaine de tonnes de vêtements collectés sur Chambéry l’est dans une cinquantaine de bornes réparties dans la communauté d’agglomération.
Autant de points à vider régulièrement, autant de tonnes à trier, séparer, réparer quand cela en vaut la peine, diriger vers la vente ou vers Saint-André-le-Gaz ou un nouveau tri est effectué entre ce qui sera recyclé et ce qui pourra être expédié à l’étranger, « pour des projets qui ont du sens », précise Gaëtan Coste.
C’est donc tout un modèle à revoir. « Il faut changer notre manière de trier, réorganiser les équipes », et donc alléger la structure. Et ne parlons pas du modèle global de consommation : « La réalité c’est que certains sites vendent, depuis l’autre bout du monde, des T-shirts neufs à 1 euro. Moins chers que nous ! » Mais pour quels bilans environnemental et social ?
Philippe Claret
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Cet article est issu de notre magazine hors-série « Savoie Mont Blanc en Chiffres 2026 », disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.












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