Les terres excavées et les travaux étaient au cœur du débat organisé le 2 juillet dernier à Annemasse autour du projet d’accélérateur porté par le CERN.
Avec son Futur collisionneur de particules (FCC), plus grand et plus puissant que l’actuel LHC (27 km de circonférence), le Cern a l’ambition d’apporter des réponses aux questions de physique fondamentale émergentes. Ce nouvel accélérateur nécessiterait de construire un tunnel de 90,7 km de circonférence à 200 m de profondeur entre Suisse, Ain et Haute-Savoie. Il représenterait un investissement de 16 Md€ et huit ans de travaux.
Depuis le 2 juin et jusqu’au 1er octobre 2026, la Commission nationale du débat public (CNDP) organise des rencontres et échanges afin d’informer les citoyens et de leur permettre de s’exprimer sur différents sujets.
Les enjeux de la construction
Le 2 juillet à Annemasse, les discussions étaient centrées sur les enjeux liés à la construction : grandes étapes, dimensionnement et durée du chantier mais aussi gestion (stockage, transport, valorisation…) des matériaux excavés.
La réalisation du FCC générerait 6,3 millions de m3 de terres excavées (2,9 millions de tonnes annuelles en moyenne) alors que le volume annuel pour le Grand Genève est de 4 millions de m3. Selon l’Observatoire économique régional de la construction, « un flux exceptionnel pour lequel la gestion des matériaux devient une organisation industrielle à part entière ».
« Le projet du Cern recherche l’infini mais doit s’inscrire dans un territoire aux ressources finies », rappelle Sébastien Javogues, le président de la communauté de communes Arve et Salève en référence aux nouvelles réglementations et aux objectifs de réduction de l’impact environnemental qui s’imposent aux collectivités.
Un objectif de valorisation de 70 %
Le laboratoire européen pour la recherche nucléaire affiche son objectif de valoriser 70 % des matériaux d’excavation et de limiter la mise en décharge aux 30 % restants. Il envisage des méthodes innovantes pour 25 % du gisement qui servirait à reconstituer des sols, produire des briques, éléments isolants, écrans acoustiques, etc. Il étudie la possibilité d’une connexion par convoyeurs à bandes jusqu’à Eteaux (site technique) ; Nangy, Charvonnex, Vulbens/Dingy-en-Vuache (sites scientifiques).
Concernant le chantier lui-même, l’enjeu est de comprendre le sous-sol (géologie et hydrologie) pour optimiser le tracé de l’ouvrage et adapter les méthodes de creusement. La première phase d’études terrain s’achèvera en 2026. Elle sera suivie d’une deuxième étape d’investigation à partir de 2028.
Les travaux débuteraient avec la réalisation des ouvrages souterrains, puis par celle des huit sites prévus en surface pour construire les tunnels, installer les équipements, fournir les ressources (eau, électricité, air, communication de données…) à la machine. Afin d’optimiser les emprises, ils se dérouleraient, au maximum, au sein des parcelles de surface affectées à l’exploitation future.
Concernant les consommations d’eau en phase chantier, elles oscilleraient entre 500 et 1 000 m3/mois pour les quatre sites techniques, entre 1 000 et 4 700 m3/mois pour les quatre sites scientifiques. La puissance électrique installée pour un site accueillant deux tunneliers atteint, quant à elle, 15 000 kW.
La CNDP précise que les risques pris en compte (étanchéité, sismicité…) et l’impact des moyens (transports, centrales à béton…) font l’objet de questions et avis exprimés depuis l’ouverture de la procédure de débat public. D’autres sujets sont ouverts comme le logement des travailleurs (leur nombre atteindrait les 400 en 2035), la gestion des flux, des nuisances et des relations avec les riverains ou encore l’insertion paysagère des sites de surface.
Le collectif Co-CERNés détaille son opposition au futur collisionneur du CERN
Le collectif Co-CERNés rassemble sur son site ses principaux arguments contre le Futur collisionneur circulaire (FCC), projet d’accélérateur de particules de 91 kilomètres envisagé autour de Genève. Il dénonce un processus de décision jugé peu transparent, un coût estimé entre 20 et 25 milliards d’euros et une mobilisation importante de fonds publics pour des résultats scientifiques par nature incertains. Selon l’association, ces moyens pourraient être répartis entre des programmes de recherche plus diversifiés, notamment dans les domaines du climat, de la santé ou de l’énergie.
Le collectif met également en avant les conséquences territoriales et environnementales du chantier : emprise sur des terres agricoles, extraction et transport de millions de tonnes de matériaux, consommation de béton, d’acier et d’électricité, risques pour les nappes phréatiques et nuisances pour les riverains. Toutefois, plusieurs données avancées par le collectif nécessitent d’être confrontées aux études techniques du CERN et à des expertises indépendantes.
Sophie Boutrelle et Groupe Ecomedia
Photo (crédit : Cern) : des forages ont été réalisés dans le cadre des études géophysiques de terrain relatives à la faisabilité du Futur collisionneur de particules.








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