De part et d’autre de la frontière, les consultations à distance se sont développées avec le Covid, mais peinent à prendre de l’ampleur, alors qu’elles constituent une véritable alternative pour maintenir l’accès aux soins de toute la population.
La crise sanitaire a été un véritable accélérateur pour la télémédecine. La caisse d’assurance maladie de Haute-Savoie a observé un pic en 2021, avec une moyenne de 11 000 consultations par mois. Le ministère de la Santé français a toutefois clos en février 2026 les Assises de la télémédecine, menées entre septembre et novembre 2025, en constatant un ralentissement de son développement après l’essor lié au Covid. La feuille de route 2026-2028 prévoit notamment l’accès à la télémédecine dans les futures Maisons France Santé, en renforçant sa place dans les parcours de soins.
L’Ordre des médecins du département rappelle néanmoins un cadre strict : le médecin traitant doit rester le pivot du dispositif, le tout-téléconsultation n’est pas autorisé, et l’alternance avec du présentiel est requise pour un suivi de qualité. Dans ce territoire, enclavé entre lacs et montagnes, l’accès aux soins est difficile, pour des questions de distance, mais aussi de disponibilité des médecins généralistes et des spécialistes.

Dans le Pays de Gex, près de 15 % de la population n’a pas accès aux soins, une problématique qui a motivé la création d’un comité technique réunissant l’Agence régionale de santé Auvergne Rhône-Alpes, la CPAM et les directions de la santé des cantons de Genève et de Vaud, avec un observatoire commun d’indicateurs annuels de suivi.
Appropriation progressive
À Genève, le système hospitalier universitaire, très structuré, s’est doté d’un service dédié : le Service de cybersanté et télémédecine des HUG a développé son propre outil de visioconsultation sécurisé, intégré au dossier médical informatisé, HUG@home, et prépare un service de deuxième avis médical destiné notamment à une clientèle internationale. Née pendant le Covid, la plateforme visait initialement la liaison ville-hôpital : il s’agit d’une application développée avec l’institution genevoise de maintien à domicile (Imad), qui permet au personnel soignant en visite chez un patient de contacter un médecin des hôpitaux universitaires par message ou vidéo.
Une étude de Mazouri-Karker et al., publiée en février dernier dans le JMIR Human Factors, montre que si la consultation en face-à-face reste préférée par les professionnels comme par les patients genevois, l’usage de la télémédecine s’est ancré durablement depuis le Covid, la familiarité préalable avec l’outil étant le critère décisif d’adoption.
Depuis fin novembre 2025, l’Université de Genève propose aux étudiants “Télémaque”, une consultation vidéo à 30 francs, déjà utilisée par plus de cinquante jeunes. Plus largement, FMH, l’Association suisse des médecins, a adapté son cadre déontologique : en 2023, elle a intégré les consultations de télémédecine dans le Code de déontologie des cabinets médicaux, possibles à condition que le devoir de diligence, l’information et la documentation soient garantis.
Sandra Molloy
Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash
Cet article est issu de notre magazine L’Extension Automne 2026, accessible gratuitement au format liseuse en ligne.









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