L’activité en Auvergne-Rhône-Alpes a progressé de 1,6 % au deuxième trimestre 2026. Un chiffre encourageant, mais qui masque une situation encore instable.
Après plusieurs trimestres dans le rouge, les TPE-PME d’Auvergne-Rhône-Alpes ont retrouvé le chemin de la croissance. Leur activité a progressé de 1,6 % au deuxième trimestre 2026, selon le baromètre présenté le 2 septembre par l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes. Un signal positif à première vue, mais que les professionnels invitent à regarder avec prudence. « Nous assistons plutôt à une résistance qu’un réel redémarrage », résume Damien Cartel, président de l’Ordre régional.
Car cette progression reste fragile. Les données, issues d’un échantillon de 116 000 entreprises, ne sont notamment pas corrigées de l’inflation. Celle-ci s’est établie entre 1,8 % et 2 % sur la période. Surtout, la trajectoire du trimestre a été irrégulière : deux mois de progression ont été suivis par un mois de juin marqué par un net recul. « Nous constatons un espoir de reprise et puis des signes de difficulté. Nous ne sommes pas encore sur une dynamique régulière », souligne Damien Cartel.
Le contraste est particulièrement visible du côté des défaillances. Alors que l’activité repart légèrement, leur nombre a bondi de près de 23 % au deuxième trimestre, pour atteindre 2 418 procédures, un record selon l’Ordre. Cette hausse traduit notamment les difficultés de trésorerie et de marges auxquelles restent confrontées de nombreuses petites entreprises.
Les écarts sont également importants selon les secteurs. Le BTP et l’énergie figurent parmi les activités les mieux orientées, notamment grâce aux travaux de rénovation énergétique et à la demande en équipements thermiques et de climatisation. Mais cette amélioration du chiffre d’affaires ne signifie pas nécessairement un retour à la rentabilité.
« Nous relevons une tension sur les prix et les marges qui diminuent », observe Laurence Bidoud, vice-présidente de l’Ordre régional. À l’inverse, la restauration continue de décrocher. Le secteur enregistre son neuvième trimestre consécutif de recul, pénalisé par la hausse des coûts alimentaires et énergétiques et par des arbitrages plus importants des consommateurs. Le commerce de proximité reste lui aussi sous pression.
L’Ain en tête
Derrière la moyenne régionale, les situations sont contrastées. L’Ain affiche la progression la plus forte parmi les départements cités, avec +2,9 % d’activité, devant la Haute-Savoie (+2,5 %), la Drôme (+2,4 %) et la Loire (+2,3 %). La Savoie, en revanche, reste plus proche de la moyenne régionale, à +1,2 %.
Pour l’Ordre, le scénario d’une reprise franche reste donc à confirmer. « Le sentiment d’une relance est masqué par un problème plus conjoncturel que structurel », estime Damien Cartel. Pour passer de la résistance à une véritable reprise, l’organisation appelle désormais à davantage de stabilité et de visibilité. « Ce dont nous avons besoin, c’est d’un horizon et de décisions avec un cap clair qui permettraient aux chefs d’entreprise d’agir. »
L’activité des TPE-PME a progressé de 1,6 % au deuxième trimestre 2026.
Bâtiment : les artisans restent sous pression
Le léger mieux observé chez les TPE-PME régionales ne se traduit pas encore par un redémarrage dans le bâtiment. Au deuxième trimestre 2026, 53 % des artisans du secteur jugent leur niveau d’activité difficile à très difficile, soit quatre points de plus qu’au trimestre précédent. Dans le même temps, seuls 50 % disposent d’une visibilité de plus de deux mois sur leur carnet de commandes, contre 53 % trois mois plus tôt. La Capeb Auvergne-Rhône-Alpes décrit ainsi un marché toujours fragile, marqué par des clients attentistes et une concurrence accrue.
Le chiffre d’affaires confirme cette impression. Les entreprises le déclarent stable à 67 %, mais cette apparente résistance masque une fragilisation : 26 % constatent encore une baisse et seulement 7 % une hausse. Et pour les structures concernées, la baisse moyenne s’établit à 23 %, soit six points de moins qu’au premier trimestre. Les travaux publics apparaissent particulièrement exposés, avec 57 % des acteurs du secteur déclarant un recul de leur volume d’affaires.
Dans l’Ain, la tendance reste contrastée. Les entreprises artisanales du bâtiment y déclarent à 27 % une baisse de chiffre d’affaires, contre 26 % à l’échelle régionale. Surtout, la recherche de nouveaux clients ou chantiers constitue une priorité pour 53 % d’entre elles, contre 50 % en Auvergne-Rhône-Alpes. La rentabilité des chantiers est également un sujet important dans le département, cité par 42 % des entreprises.
Le principal point de tension se situe toutefois du côté des marges. Un tiers des artisans (33 %) observent qu’elles se dégradent, soit quatre points de plus en trois mois, tandis que seuls 2 % constatent une amélioration. La hausse des coûts de l’énergie et des matériaux, combinée à des clients plus sensibles aux prix, pousse à consentir davantage d’efforts sur leurs devis pour décrocher des chantiers. Cette pression se retrouve dans la trésorerie : 39 % déclarent une situation faible ou insuffisante, un niveau en hausse d’un point sur le trimestre.
L’Ain fait figure d’exemple parmi les autres départements de la région avec +2,9 % de progression.
La future maison de l’Ordre
L’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes prépare un vaste projet immobilier au 51 rue Montgolfier, à Lyon. Baptisé Le Chiffre, le futur bâtiment doit réhabiliter et agrandir les locaux actuels, dont la surface passera de 2 200 à 4 200 m². L’investissement global dépassera 15 millions d’euros, dont plus de 12 millions pour le marché de travaux.
Au-delà de l’agrandissement des bureaux, le projet répond à de nouveaux besoins. Une salle de conférences de 320 places permettra notamment d’accueillir une promotion complète de jeunes experts-comptables stagiaires, alors que l’Ordre en accompagne aujourd’hui près de 1 000.
Le futur ensemble doit également réunir l’Ordre, la Compagnie régionale des commissaires aux comptes, l’Ifaura (institut de formation) et l’Agaura (association de gestion agréée), avec la possibilité de louer une partie des espaces à des acteurs extérieurs. Les travaux doivent débuter le 15 septembre, pour livraison au deuxième trimestre 2027.
Thibault Jeanpierre
Image à la une : Damien Cartel, président du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes, et Laurence Bidoud, vice-présidente.







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