Annecy : le Festival d’animation joue l’hybridation

par | 11 Juin 2021

L’édition 2021 du Festival et Marché International du Film d’Animation d’Annecy innove en conjuguant événements en présentiel et en ligne, du 14 au 20 juin.


Par Matthieu Challier, avec Armand Pagniez

C’est un phare qui s’allume enfin dans une nuit culturelle qui semblait ne jamais vouloir s’achever. Après une édition 2020 entièrement virtualisée pour cause de Covid, le Festival et Marché du film d’animation (Mifa) d’Annecy rouvre ses portes et ses salles du 14 au 20 juin.

Cette édition 2021 sera même le premier grand événement international à accueillir du public en France depuis le début de la pandémie. Ce redoutable honneur ajoute une pression supplémentaire aux organisateurs. « On sait qu’on va être regardés », confie Mickaël Marin, directeur de Citia, le pôle d’excellence et de compétences dédié à l’image en mouvement et aux industries créatives, qui pilote l’événement.

200 : c’est le nombre de projections en présentiel qui auront lieu dans le cadre de cette 45e édition du Festival.

Animer la ville

Mais l’homme préfère se concentrer sur le plaisir de permettre au public local de retrouver son festival et à son institution de jouer son rôle d’“animactrice” de la cité : « Tenir cette édition en présentiel, c’est aussi envoyer un message et relancer une dynamique positive, pour notre filière bien sûr, mais aussi pour la ville et ses habitants. » Et pour joindre le geste à la parole, l’événement s’ouvre toujours plus au grand public en multipliant les rendez-vous et les animations, dans le strict respect des règles de l’art sanitaire.

Surtout, cette édition innove en faisant le pari un peu fou de proposer un festival hybride, c’est-à-dire à la fois en présentiel et en ligne. « C’était devenu une évidence dès la fin de la précédente édition, car cela permet de toucher des professionnels qui ne peuvent pas venir à Annecy et d’agrandir le cercle de ceux qui participent à la fête », explique Mickaël Marin. Une évidence qui est devenue un impératif avec l’évolution de la situation sanitaire qui empêche encore les acteurs de nombreux pays de se déplacer, à commencer par les studios nord-américains…

Mais une évidence qui ne va pas de soi non plus : « Aucun festival ou presque ne le fait, parce que c’est deux fois plus de travail. Il faut notamment mettre en place des solutions technologiques robustes, ce qui est à la fois chronophage et coûteux. » Le caractère hybride de la manifestation sera encore plus prégnant du côté du Marché international du film d’animation qui a décidé d’organiser tous ses événements en ligne.

Les professionnels qui ont pu faire le déplacement pour assister aux quelque 200 projections programmées pourront néanmoins bénéficier du confort des salons de L’Impérial pour organiser leurs rendez-vous. D’autant que la conjoncture est plutôt porteuse : « L’émergence des plateformes de streaming pousse la demande d’animation, pour les enfants, mais aussi pour les adultes. C’est une tendance émergente qui n’existait pas il y a cinq ans », observe Mickaël Marin. « Nous n’avons jamais reçu autant de projets à produire que cette année », relate Véronique Encrenaz, la responsable du Mifa. De quoi faire des affaires au bord du lac…

« L’émergence des plateformes de streaming pousse la demande d’animation, pour les enfants mais aussi les adultes. »

Michaël Martin, directeur de Citia

Une « édition de combat »

Pourtant, tout n’a pas été facile. « Cela fait vingt ans que je travaille pour le festival, et je n’avais jamais vécu une préparation aussi difficile », confesse le dirigeant. « Cette édition a été préparée dans la douleur et les larmes. » La faute à un contexte sanitaire et réglementaire fluctuant au rythme des vagues et des variants. « Nous sommes partis en septembre en nous disant que cette édition pourrait se tenir dans des conditions normales, puis les mauvaises nouvelles se sont accumulées et nous ont obligés à revoir le format, et à travailler avec le doute jusqu’au bout », retrace Véronique Encrenaz.

Les 38 collaborateurs de Citia ont donc dû jongler à l’aveugle avec les contraintes sanitaires, réglementaires et techniques. Sans oublier ces interlocuteurs bienveillants qui demandaient, chaque semaine ou presque : « Vous n’avez pas encore annulé ? » Non, le festival n’a pas été annulé. Et si tout le monde ne peut que s’en réjouir aujourd’hui, c’était un pari loin d’être gagné. Comme celui d’embaucher une centaine de stagiaires et de renforts en CDD en dépit du flou budgétaire qui entoure cette édition. « Nous avons voté un budget 2021, mais il était caduc au bout de deux mois. »

5 000 : c’est le plafond des accréditations autorisées pour les événements en présentiel (dont 1 500 pour le Mifa), contre 12 300 accréditations en 2019 et 15 070 (exclusivement en ligne) en 2020.

Alors, il faudra attendre la fin du bal pour compter la recette et découvrir si, comme en 2020, Citia réussit l’exploit de finir l’année en positif. Dans le monde d’avant, la structure tournait avec un budget d’environ 6 millions d’euros (5,71 M€ en 2021) financé à hauteur de 40 % par des fonds publics et pour 60 % par ses recettes propres. « Cette année, la proportion sera sans doute inversée », prophétise Mickaël Marin. « L’important, c’est de passer cette parenthèse du Covid sans perdre de plumes, pour pouvoir repartir sur des bonnes bases. »

En attendant, l’édition 2021 est aussi l’occasion de fêter, avec un an de retard, les 60 ans du festival, notamment avec un parcours urbain qui invite à (re)découvrir l’histoire de la manifestation et avec une soirée spéciale le 15 juin. « On espérait évidemment pouvoir fêter nos 60 ans dans d’autres conditions, avec beaucoup plus d’invités et d’événements, mais on pense aussi à tous les autres festivals qui n’ont pas pu se tenir. Cela invite à relativiser et à apprécier notre chance. » Une chance à partager sans modération toute la semaine prochaine. M. C.


Alexandre Charlet dirige Les Films du Cygne, installés aux Papeteries de Cran-Gevrier. Local de l’étape, il présente cette
année une coproduction qui devrait faire parler d’elle et montrer le savoir-faire de la filière en Haute-Savoie

Des souris annéciennes à l’honneur

Même les souris vont au paradis a un petit budget (3,6 M€), mais des grandes ambitions. Pitché en 2014 par le producteur tchèque Fresh Film au Marché international du film d’animation (Mifa), le film est projeté cette année au festival en séance événement. « Ce film a une implantation locale forte », explique Alexandre Charlet (photo p.10), coproducteur délégué du projet.

Sa société Les Films du Cygne, installée aux Papeteries de Cran, et le studio d’animation InTheBox, chargé du pipeline (optimisation des étapes de fabrication), sont tous deux nés à Annecy. « C’est une opportunité pour nous de montrer au monde entier ce que nous savons faire », se félicite Madjid Chamekh, créateur de InTheBox. Ces deux entreprises espèrent faire de leur film une vitrine pour contribuer au développement de la filière locale, afin qu’Annecy soit créatrice d’animation toute l’année. A. P.


La cité du cinéma d’animation prend du retard

Censé sortir des écuries en 2023, le projet de réhabilitation des Haras devrait finalement voir le jour en 2025. Deux raisons principales : la nouvelle équipe municipale, arrivée en juin 2020, a apporté sa vision au dossier et la crise sanitaire a ralenti la procédure. Ce parc de 2,7 hectares en plein centre d’Annecy a vocation à devenir un nouveau pôle de vie et de loisirs. Il accueillera notamment une halle gourmande, mais aussi et surtout la future Cité de l’image animée, un complexe qui hébergera le pôle d’excellence Citia, un musée du cinéma d’animation, des expositions temporaires ainsi que des résidences d’artistes.

Des changements ont été effectués sur d’autres aspects du projet afin de tenir compte de la consultation de la population organisée fin 2020-début 2021. L’avant-projet définitif sera présenté en conseil municipal dans les mois à venir. S’il est donc trop tôt pour connaître l’enveloppe finale, le budget provisoire table sur 23 millions d’euros (M€), dont près de 7 M€ d’aides : de l’État (1,5 M€), du Département (2,5 M€) et de la Région (2,85 M€). Le chantier devrait débuter en 2022. A. P.

« The Mitchells vs. the machines », une création Netflix, est un des événements attendus du festival.

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