Ce 10 octobre 2016, à l’Impérial Palace d’Annecy, se tenait une conférence de Laurence de la Ferrière, organisée par le Rotary Club, et dont ECO des Pays de Savoie était partenaire. Retour sur une soirée pas comme les autres…


Il y a des personnes qui, par nature, refusent l’ordre établi et s’en vont chercher l’essentiel ailleurs : au plus haut, au plus froid, au plus hostile. L’exploratrice Laurence de la Ferrière fait partie de ces personnes inspirantes, qui mettent de l’humanité au coeur d’un désert de glace et de vent.


L'exploratrice Laurence de la Ferrière à l'Impérial Palace d'Annecy. Une conférence organisée par le Rotary club, et dont ECO des Pays de Savoie est partenaire.

L’exploratrice Laurence de la Ferrière à l’Impérial Palace d’Annecy. Une conférence organisée par le Rotary club, et dont ECO des Pays de Savoie est partenaire.


Laurence de la Ferrière : d’autres altitudes, d’autres latitudes

Née en 1957 à Casablanca, Laurence découvre l’univers de la haute montagne à l’âge de 20 ans. C’est à partir de 1984 (Reinohld Messner n’a pas encore terminé son tour des 14 sommets de plus de 8000m…) qu’elle découvre l’Himalaya et enchaîne sommets (Kangchenjunga / 8505m, Nanga Parbat / 8125m) et tentatives (Annapurna / 8091m, Gasherbrum II / 8035m, Broad Peak / 8047m, Everest / 8848m), jusqu’en 1992.

De 1991 à 1995, elle découvre également d’autres horizons : la Sibérie orientale, l’Alaska, la Tanzanie, la Nouvelle-Guinée, l’Amérique du sud, le Spitsberg, le Groenland. Par les sommets ou en traversée. C’est ce parcours de vie qui va l’amener à relever l’impossible.

De 1996 à 2000, l’alpiniste / himalayiste / exploratrice Laurence de la Ferrière va vivre deux expéditions intenses dans son désert glacé et inhumain : l’Antarctique. La première expédition (1996 – 1997) l’emmène de la côte nord jusqu’au Pôle sud. La seconde expédition (1999 – 2000) la conduit du Pôle sud jusqu’à la base de Dumont d’Urville, via la base Concordia. Elle devient alors la première et seule femme au monde à avoir traversé intégralement l’Antarctique. C’est cette deuxième expédition que Laurence de la Ferrière nous raconte ce soir, par la diffusion d’un film, suivi d’une discussion avec le public.


En vert, l'expédition 1996-1997. En bleu, l'expédition 1999-2000.

En vert, l’expédition 1996-1997. En bleu, l’expédition 1999-2000.


Survivre en Antarctique : le film

Durant cette expédition, Laurence de la Ferrière était équipée d’une petite caméra, fonctionnant avec des batteries au lithium (meilleure résistance au froid…), lui assurant 10 minutes de fonctionnement une fois rechargées. Ce sont les images de cette caméra qui sont diffusées ce soir. Ambiance :

“J’ai marché 8 heures aujourd’hui, c’est le 5ème jour, j’ai fait 5.8km. C’est terrible.”

“Avancer, mètre après mètre, perdre ses repères. Il faut que je tienne, je ne veux pas abandonner.”

Puis viennent les jours ventés, qui permettent à celle qui progresse en skis de randonnée de se faire tracter par sa voile. 21 km en un jour. Un record ! Puis en 10 jours, elle parcourt 777 km… Mais les gelures arrivent, les orteils, brûlures au 3ème degré. Justement, elle arrive à la base Concordia (Dôme C).

Là, elle va pouvoir se faire soigner, retrouver un peu de réconfort et de compagnie auprès des personnes qui sont là, en mission. Elle y fêtera le réveillon du 31, qui l’emmène de 1999 à 2000. Mais il faut partir : “j’ai du mal à quitter la chaleur humaine pour retrouver le désert, et la solitude”.


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« Marcher, glisser, tirer le traîneau, se faire tracter par la voile… »

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“Avancer, mètre après mètre, perdre ses repères. Il faut que je tienne, je ne veux pas abandonner.”

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“Essayer de faire AVEC les éléments, et non contre les éléments, malgré tout.”


L’incident

Le chemin de glace reprend. Jusqu’à l’incident : son réservoir d’essence s’est ouvert dans le traîneau. Toutes ses affaires sont imbibées, trempées. La nourriture. Les vêtements. Le sac de couchage. Et le plus grave : il ne lui reste plus qu’un demi-litre d’essence, pour faire fonctionner son réchaud, qui sert à faire fondre la neige (donc à boire), à manger chaud, à se réchauffer, sous la tente orange…

La prise de décision est difficile. Le signal de détresse est lancé à celui qui l’assiste à distance : un ami norvégien. Un avion de secours arrivera finalement 4 jours plus tard, depuis la base Concordia, lui amenant matériel et…… essence. Ouf ! Laurence de la Ferrière a eu la peur de sa vie, c’est peu dire…

Elle repart. Les kilomètres, infinis. La glace, à perte de vue. Le vent, cinglant. Les températures, extrêmes. Soudain, au loin, l’océan. La côte. Bientôt la base de Dumont d’Urville, le point d’arrivée. C’est la fin de l’expédition, après 2.5 mois passés à marcher, skier, se faire tracter par la voile, à tirer le traineau toujours trop lourd. Sur 73 jours au total, elle comptabilise 10 jours de beau temps… Encore son témoignage, leçons de vie en filigrane :

“L’Antarctique est un immense miroir qui reflète ce que nous sommes.”

 

“Essayer de faire AVEC les éléments, et non contre les éléments, malgré tout.”


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La première expédition, 1996-1997, reliant la côte au Pôle sud.


Après ça, quoi faire ?

En 2006, sur les traces d’un Patrick Bérhault mort deux ans plus tôt, elle traverse une partie de l’arc alpin, à pieds, de Vienne (en Autriche) à Menton (Côte d’Azur).

Aujourd’hui, Laurence de la Ferrière s’attelle à partager ses expériences autour de conférences comme celle-ci. Et si on lui demande son avenir proche : “un projet que nous sommes en train de monter avec 8 personnes, dont Jean-Louis Etienne et Bertrand Piccard, pour soutenir des jeunes qui souhaitent réaliser des expéditions”. La boucle est bouclée.


Pour en savoir plus :

http://www.laurence-de-la-ferriere.com