L’avenir en matière de dépollution des sols et des eaux pourrait passer par l’utilisation des champignons. Une solution écologique et efficace qui est l’objet du projet mycH2Opure, mené au laboratoire de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia).

Souvent confronté dans son travail à des problèmes de décontamination des sols et des eaux, l’architecte paysagiste genevois Clément Deprade, initiateur du projet mycH2Opure, s’est rapproché il y a cinq ans de l’Hepia afin de chercher des solutions techniques à même de répondre à la problématique des eaux de ruissellement en milieu urbain, qui transportent différents éléments polluants.

Et c’est là que le champignon entre en scène. Utilisés depuis longtemps en lutte intégrée, c’est-à-dire pour combattre des agents pathogènes, par exemple des insectes ou des bactéries, les champignons pourraient se révéler également une arme efficace pour dépolluer les sols et les eaux en raison de leur capacité à dégrader certaines substances, comme l’explique François Lefort, professeur à Hepia et responsable de son laboratoire Plantes et pathogènes.

« Certains champignons ont la capacité de dégrader la lignine du bois. L’activité enzymatique de ces champignons mangeurs de lignine leur permet ainsi de s’attaquer aux hydrocarbures et autres dérivés du pétrole, tels qu’herbicides et pesticides. Par ailleurs, ces champignons permettent également la fixation des métaux lourds en cristaux, réduisant ainsi le lessivage, c’est-à-dire le transport, par les eaux de pluie. »

1 : Culture liquide (image à la une). 2 : Test dans le laboratoire de l’Hépia. 3 : Test de dégradation de l’acide gallique par des champignons. 4 : Test en erlen.

Premiers essais prometteurs

La première démarche des chercheurs consiste à prélever des champignons locaux dans l’environnement, puis à identifier génétiquement les variétés possédant les enzymes capables de dégrader des hydrocarbures. « Nous travaillons en laboratoire sur 43 souches de champignons afin d’isoler celles possédant d’une à trois des activités enzymatiques nécessaires à la dégradation des hydrocarbures », précise François Lefort.

Chaque champignon est isolé et testé afin d’établir s’il possède ou non les activités enzymatiques recherchées et avec quelle rapidité il est en mesure de dégrader des hydrocarbures. L’oxydation de l’acide gallique par exemple révèle la production d’enzymes lignolytiques tandis que celle du guaiacol montre la production de laccases et de peroxydases. Enfin, la dégradation du colorant Remazol Blue Brillant dévoile une production de laccases par les champignons.

Une fois les champignons sélectionnés, la seconde étape comprend leur intégration dans la nature qui se fait, pour des eaux polluées, par des filtres pilotes de substrats inoculés ou d’éléments flottants inoculés. De premiers essais menés en laboratoire sur des effluents de stations d’épuration ou sur le dégivrant utilisé à l’Aéroport international de Genève ont déjà donné de bons résultats. Les champs d’application possibles sont vastes, allant de l’agriculture à l’élevage, l’industrie, les routes ou encore les aéroports.

« L’accueil est positif, souligne François Lefort, dans les différents services traitant de l’eau et de l’environnement. A ce stade, nous avons besoin de partenaires et de financements pour des installations pilotes permettant une preuve de concept in situ. »

Une solution moins onéreuse

En Europe, les travaux sur les champignons dépollueurs sont rares, la majorité des chercheurs se concentrant sur les bactéries. Pourtant, au Canada et aux Etats-Unis, les champignons sont utilisés depuis une quarantaine d’années.

« Les champignons, explique François Lefort, ont plusieurs avantages, parmi lesquels ceux de se développer très rapidement, de produire une biomasse importante et de couvrir de vastes territoires. Leur action dépolluante s’étend également au-delà des hydrocarbures puisqu’elle agit, par exemple, sur des fongicides utilisés dans la construction et qui peuvent se retrouver par la suite dans l’eau. » Les champignons présentent aussi un avantage économique, car ils sont beaucoup moins onéreux que les solutions actuellement proposées.


Odile Habel


Retrouvez cet article dans notre magazine L’Extension Septembre 2020.