Situés à un carrefour touristique et économique important, les Pays de Savoie doivent réfléchir pour ne pas saturer leurs voies de communication.

“Il faut arrêter l’hémorragie”, lance Patrick Mignola, le nouveau vice-président en charge des Transports à la région Auvergne Rhône-Alpes. «On ne peut pas augmenter de 1 % notre population des Pays de Savoie par an et en même temps les déplacements automobiles de 3 %.» La croissance du trafic est partout, sur les autoroutes comme sur les routes. On travaille de plus en plus loin de son domicile. «Les abonnements des véhicules légers pour des trajets pendulaires empruntant le tunnel du Mont-Blanc entre la Vallée d’Aoste, le Piémont et la vallée de l’Arve s’accroissent» souligne Gilles Rakoczy, directeur France du Tunnel du Mont Blanc. 23 % des actifs haut-savoyards travaillent hors du département, et 9 sur 10 traversent quotidiennement la frontière. «Pour les deux Savoie, nous devons arriver à fluidifier les échanges des autoroutes entre Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, Lyon, Chambéry, Annecy et Genève. Cela demeure fondamental !» insiste Patrick Mignola.

45 : c’est le nombre de gares que desservira à l’horizon 2019 le Léman Express entre la Haute-Savoie, l’Ain et les cantons suisses de Genève et de Vaud, sur 230 km de lignes. 50 000 voyageurs seront attendus chaque jour dans la quarantaine de trains nécessaires à la desserte de l’ensemble du Léman Express. Source : www.transferis.com

EN BONNE VOIE. L’année 2015 présente un bilan positif en matière de sécurité routière. La mortalité sur les routes a diminué de près de 20 % tout comme le nombre d’accidents (- 6,5 %) et de blessés (- 0,4 %). Plus de 38 % des accidents de voitures étaient liés à une vitesse excessive ou inadaptée.

BILAN MITIGÉ. Le nombre d’accidents et de tués sur la route a augmenté en 2015 en Savoie, respectivement de + 12,2 % et + 11,1 %. Le nombre de tués reste cependant sous la barre des 25 pour la troisième année consécutive. Pour la première fois depuis la création de l’observatoire, aucun décès de motocyclistes n’est à déplorer.

Le report modal patine

Il reste du chemin à parcourir pour que le report modal devienne un réflexe. «Nous notons un manque de volonté politique pour le favoriser. Le Conseil départemental de la Savoie a évalué que les passages répétés des camions de 40 à 44 tonnes allaient user plus fortement les routes. C’est 100 à 150 millions d’euros de plus que les contribuables vont devoir supporter. Taxons les poids lourds, comme en Suisse, pour qu’ils montent sur des trains ou que les transporteurs utilisent l’aéroport, actuellement payé par la collectivité. Cet argent soutiendrait le report modal» revendique Antoine Fatiga, secrétaire général de la CGT Transports.

Les transports en commun persistent à être un enjeu fort. Les agglomérations de Chambéry et Annecy ont repensé leurs réseaux de bus, renforçant leur impact sur le territoire. En revanche, dans le Chablais, la traversée dans les villes et les villages n’a pas été anticipée, rendant difficile la création de voies dédiées pour les bus, comme à Thonon ou à Sciez. Pour désenclaver le Chablais où le nombre de ses résidents a grimpé de 22 % entre 1999 et 2010 (2), l’ensemble des acteurs s’allie pour un projet de mobilité global, version multimodale avec trains, bus, autoroutes et pourquoi pas bateaux.

«Nous devons permettre à la population d’être le plus près possible de son travail et le long des axes de communication» rappelle Jean-Yves Moracchini, président du Siac, Syndicat intercommunal d’aménagement du Chablais. Pour faciliter le covoiturage, «Area s’interroge sur l’opportunité d’un silo à voitures à l’échangeur de Chambéry» avance Patrick Mignola. «Nous sommes la 2e région de France en matière d’habitants et de PIB, assène l’élu régional, mais nous sommes la 15e pour la ponctualité de ses trains !»

Sur la dernière décennie, l’offre de trains s’est accrue de 60 %, sans que les lignes ne soient revues. «La ligne de Lyon – Chambéry est malade» se désole-t-il avec des trains et des rames neufs mais des lignes vétustes par manque d’investissement et de maintenance. «La voie unique à Saint-André-le-Gaz montre l’absence de vision stratégique. Priorité sera donnée pour des travaux sur ce tronçon. Un choix qui se fera au détriment de Lyon – Bellegarde, qui souffre elle aussi.» Les difficultés rencontrées sur le réseau entraînent un fléchissement de la fréquentation, de 8 % depuis 2013. Le report modal en prend un coup.

Les avancées du Lyon-Turin et le fret France-Italie

2015 a vu la phase d’étude du Lyon-Turin, effectuée par Lyon Turin Ferroviaire, passer à la phase opérationnelle, portée par Telt, Tunnel Euralpin Lyon Turin. Cette dernière structure est chargée par les deux États, appuyés par l’Europe, de réaliser et d’exploiter ce maillon ferroviaire de 65 km qui sépare Saint-Jean-de-Maurienne de Suse. «Un premier calendrier précis nous conduit jusqu’à la mise en ouvrage fin 2029» assure Patrick Dieny, mission Lyon-Turin à la Préfecture de la Savoie.

Du côté de la France, la galerie de reconnaissance de Saint- Martin-de-la-Porte a débuté en 2015, elle permet de rejoindre le niveau du futur tunnel situé à 80 m en contrebas. En novembre 2015, l’usine à voussoirs a été inaugurée à Saint-Martin-de-la-Porte. Installée sur une friche industrielle, elle va fabriquer, dès cette année, 90 voussoirs par jour, des anneaux en béton armé qui vont former, une fois assemblés, le revêtement du tube Sud. «Nous lançons les appels d’offres européens pour choisir les sociétés d’ingénierie pour amorcer, fin 2017, les travaux du tunnel de base en Italie et en France» complète Mario Virano, directeur général de Telt.

4,7 MILLIONS C’est le nombre de voyageurs recensés en 2014 sur le réseau de transports en commun d’Annemasse agglomération soit 8 % de plus par rapport à 2013, soit 444 000 voyages supplémentaires. Source : Annemasse Agglo

Le trafic poids lourds a légèrement augmenté aux différents passages par rapport à 2013 : + 0,9 % au tunnel du Mont Blanc, + 0,5 % au tunnel du Fréjus et + 1,4 % à Vintimille. Il est toutefois en baisse par rapport à 2008 : respectivement – 0,7 %, – 3,2 % et – 0,5 % en moyenne annuelle. Le volume de marchandises transporté entre la France et l’Italie a diminué de 1 % entre 2012 et 2013 sur les routes et de 2,1 % en moyenne annuelle entre 2008 et 2013. Le volume transporté par rail a lui augmenté de 3 % en un an, malgré un recul de 6,6 % en moyenne entre 2008 et 2013. Environ un tiers du transport de marchandises à travers les Alpes s’effectue sur les réseaux ferroviaires. Le transport par route est donc le mode privilégié pour l’acheminement des marchandises. La partie française représentait 28 % du volume total transporté en 2013.

BAISSE À MOYEN TERME. Le tra c poids lourds a légèrement augmenté aux différents passages par rapport à 2013 : + 0,9 % au tunnel du Mont Blanc, + 0,5 % au tunnel du Fréjus et + 1,4 % à Vintimille. Il est toutefois en baisse par rapport à 2008 : respectivement - 0,7 %, - 3,2 % et - 0,5 % en moyenne annuelle.

Points noirs dans le Chablais, et entre Aix et Chambéry

La circulation reste difficile entre Évian et Genève. «Nous n’avons pas été visionnaires. La conjonction de différents transports va permettre le désenclavement» confie Jean-Yves Moracchini, président du Siac. Avec 16 813 frontaliers chablaisiens chaque jour, les routes saturent et les automobilistes aussi. La portion d’autoroute des 17 km manquants reliant Machilly à Thonon est en cours de concertation. «Une nouvelle DUP, déclaration d’utilité publique, est nécessaire, nous en avions une pour une autoroute à titre gratuit. Un moratoire peut remettre en cause les travaux, mais aussi nous faire perdre du temps» souligne Jean- Yves Moracchini.

Cela coince aussi entre Aix-les-Bains et Chambéry en bus ! Pour rallier les deux cités, il faut changer à Savoie Technolac, descendre des bus Ondea et monter dans ceux du Stac. Depuis Aix-les-Bains, un bus toutes les 50 minutes rejoint le technopôle du Bourget-du-Lac. La cadence est plus soutenue, entre 5 et 10 minutes d’intervalle, entre les bus chambériens. Heureusement, le chemin de fer raccorde les deux cités en douze minutes régulièrement, ce qui fait dire à Josiane Beaud, vice-présidente aux transports à Chambéry métropole et première adjointe à Chambéry, «qu’il n’existe pas de points noirs entre les deux. Nous avons convenu avec la mairie d’Aix-les-Bains qu’il n’y a pas de mode plus performant que le train». À échéance de 2017, un bus Stac devrait relier Chambéry au parking relais de Maison Brûlée à Sonnaz pour une liaison avec le réseau Ondea vers Savoie Hexapole et Aix-les-Bains.

Crédit photo : Chambéry Métropole.

Des RER à la façon savoyarde

Des discussions sont amorcées entre la Région et la SNCF pour orienter la ligne Montmélian – Aix- les-Bains – Annecy comme un tracé de RER avec une gare à Viviers-du- Lac pour Savoie Technolac et une à Sainte-Hélène-du-Lac pour Alpespace. Idem, du côté du Chablais, avec le Ceva, liaison ferroviaire entre les gares d’Évian et Genève avec un train toutes les demi-heures depuis Évian, et 45 minutes entre Thonon et Genève- Cointrin, soit 20 minutes de moins que le parcours actuel. Encore un peu de patience… jusqu’en 2019 !

Le trafic aérien en Rhônes-Alpes

Entre 2014 et 2015, le trafic aérien des aéroports de Rhône-Alpes a augmenté de 2,2 % pour atteindre plus de 9,3 millions de passagers. La majorité d’entre eux sont des passagers locaux internationaux, autrement dit embarquant à destination ou débarquant en provenance d’un aéroport étranger.

Aéroport Chambéry Savoie : dix millions de travaux, c’est l’enveloppe dédiée de 2013 à 2029. Après le terminal affaires refait (5 M€), Nicolas Pelerin, le nouveau directeur de l’aéroport, annonce une nouvelle tranche, dès la fin de saison, avec les façades extérieures de ce terminal en verre et métal pour «donner une image moderne et luxueuse.» Début mai, toutes les banques d’enregistrement seront reprises et le cheminement, et l’accès aux contrôles seront remodelés et une porte de douanes supplémentaire créée afin de faciliter le flux des passagers à l’embarquement (1 M€).

Le trafic routier moyen

En 2015, le réseau SFTRF a enregistré 55 703 passages de véhicules, tous types confondus, en moyenne par jour dont 48,6 % dans le sens France/Italie. La circulation sur l’autoroute de la Maurienne a augmenté de 9,32 % en un an (+ 11,4 % pour les voitures et + 4,4 % pour les poids lourds).

Les véhicules légers représentent 91 % du trafic de l’autoroute et de la route Blanches et 68 % du trafic au Tunnel du Mont Blanc. Par rapport à 2014, le trafic moyen a augmenté sur les différentes portions, notamment au niveau du tunnel (+ 3,7 % pour les véhicules légers et + 3,9 % pour les poids lourds).

Les 10 plus gros débits routiers en Haute-Savoie et en Savoie

 Le trafic routier vers les stations de ski de Savoie

TRAFIC HIVERNAL D’ACCÈS EN STATIONS EN SAVOIE

TRAFIC EN DIRECTION DES STATIONS

Pour tout comprendre en une carte (Haute-Savoie et Savoie) : le trafic routier en 2014 et l’évolution depuis 2010


Par Muguette Berment