La première — Helioslite, basée au Bourget-du-Lac, la seconde — Cayrol, installée à Argentine (Maurienne), voici deux entreprises qui œuvrent pour la conversion d’énergie solaire en électricité. Zoom.
Helioslite lève des fonds pour grandir plus vite
Spécialiste des innovations autour des panneaux solaires, la TPE savoyarde Helioslite lance une solution d’autoconsommation pour les particuliers, accélère la commercialisation de ses systèmes destinés aux industriels et lève des fonds.
« Notre objectif est de permettre à des industriels gros consommateurs d’électricité comme à tous les particuliers de se tourner vers l’autoconsommation électrique, grâce à nos différentes innovations », soulignent Jay Boarman et Étienne Ménard, cocréateurs d’Helioslite. Le premier, Américain, est arrivé en France en 1989, pour travailler comme financier dans les énergies renouvelables. Après avoir rencontré le second, ingénieur français (à l’origine de toutes les innovations de la startup), il s’est lancé avec lui dans la création de la société, au Bourget-du- Lac (Savoie Technolac), en 2013.
Au départ, Helioslite s’est positionnée sur la “niche” des structures de maintien et d’orientation des panneaux photovoltaïques. « Actuellement, le marché est en forte croissance, avec l’augmentation du coût de l’électricité et l’incertitude sur cette conjoncture. La France reste une mauvaise élève en Europe, mais on sent une vraie poussée », estiment les entrepreneurs, qui ont déjà six produits brevetés à leur actif, pour des structures au sol ou sur un toit plat.

Dès 2015, la société a mis au point un tracker (système de suivi du soleil), qu’elle a vendu depuis 2017 aux Émirats arabes unis et qu’elle continue de perfectionner : elle vient d’y inclure des innovations en lien avec l’intelligence artificielle. Ce produit « expert et adaptatif », destiné surtout aux industriels ou aux promoteurs et bailleurs (équipement des immeubles), compte douze panneaux par élément, soit 5,4 kW de puissance de production. Installé au sol, il suit le soleil comme une fleur de tournesol et produit en moyenne 25 % de plus d’électricité qu’un panneau fixe bien orienté, et même 40 % de plus qu’une installation “basique”.
Multiplier le chiffre d’affaires par 5
Installé par dizaines d’exemplaires à l’export – comme en Autriche, au Maroc ou en Afrique du Sud –, ce produit commence seulement, paradoxalement, à poindre en France, grâce au choix de quelques industriels à Agen, dans le Jura ou en Savoie (à l’image de Tagg Informatique, à Entrelacs ; lire Éco du 16 juin). Côté particuliers, Helioslite vient de lancer, en juin, l’Heliosbox, un kit dont la distribution directe a été confiée à une autre savoyarde, Oscaro Power (Saint-Baldoph ; lire Éco du 2 décembre 2023).
« Avec deux ou quatre panneaux, selon le besoin du foyer, ce kit peut être installé sur une toiture plate ou au sol et avec une batterie. Il y a possibilité de ne plus dépendre du réseau électrique et, ainsi, de réussir son autoconsommation totale », souligne Jay Boardman. Parallèlement, Helioslite a aussi passé un accord de distribution-installation avec Krannich Solar, un acteur spécialisé du marché. Espérant ainsi, au total, « des centaines d’installations » dès l’année prochaine.
De quoi, veulent croire les deux associés, faire bondir le chiffre d’affaires. Celui-ci doit déjà passer de 300 000 euros à un million d’euros cette année, et Helioslite veut atteindre, d’ici trois ans, « entre 5 à 6 M€ », et étoffer ses effectifs, « de quatre personnes à au moins une dizaine ». L’idée étant, en interne, de rester concentré sur la conception des produits et l’innovation. Sur ce dernier point, Helioslite vient de finaliser une structure photovoltaïque flottante qui produit de l’électricité sur l’eau. Un produit qui, là aussi, sera vendu par un tiers, « un groupe français qui va l’industrialiser mondialement », se réjouit Jay Boardman.
Côté fabrication, la société a démarré celle de ses Heliosbox avec un partenaire, à Mâcon, mais avoue que les consultations se poursuivent avec d’autres partenaires potentiels. Son tracker, lui, reste produit en Chine. Pour soutenir l’ensemble de ses développements, la société est en train de lever des fonds : elle vise au moins 400 000 euros via du financement participatif, en cours sur une plateforme spécialisée (wiseed.com/projet/25950658).
Le groupe familial Cayrol a de l’énergie à revendre
Après un demi-siècle de développement, le producteur d’électricité renouvelable Cayrol poursuit sur le secteur du photovoltaïque et de l’optimisation de ses centrales hydroélectriques.
Fondé en 1967, dans le Tarn, par Léonce Cayrol, autour d’une première centrale hydroélectrique construite dans la commune de Rabastens, le groupe Cayrol a pris racine en Savoie six ans plus tard. L’entrepreneur reprenait, en 1973, deux unités de production mises aux enchères par la famille Mizgier, sur la commune d’Argentine, à l’entrée de la vallée de la Maurienne. La société hydroélectrique Cayrol & compagnie était alors constituée sur site, sa direction revenant à Jean Cayrol, héritier du fondateur.

« Nous avons progressivement acquis, construit et revendu plusieurs centrales hydroélectriques », précise celui qui mène toujours la destinée d’un pôle familial dont la présidence est désormais confiée à Renaud Cayrol, son fils, troisième génération aux commandes, et la direction générale à son neveu, Alexandre Thoreau.
Booster le solaire
Aujourd’hui présente en Savoie – particulièrement dans la vallée de la Maurienne –, dans les Pyrénées-Orientales, le Gard, la Meurthe-et-Moselle et en Gironde, le groupe a aussi pris le virage du photovoltaïque dès 2010, puis de l’éolien en 2016. Son portefeuille industriel comptait, fin 2022, plus d’une trentaine de sociétés d’exploitation en charge d’une quinzaine de centrales hydroélectriques produisant 65 GWh par an, de deux parcs éoliens générant 25 GWh par an et d’une quinzaine de centrales photovoltaïques fournissant 3 GWh par an.
Plusieurs programmes hydroélectriques sont actuellement instruits en Savoie et en Haute- Savoie, trempés dans le secret industriel quant à leur localisation. « Nous ne pouvons communiquer sur la création de centrales hydroélectriques qu’une fois nos démarches administratives abouties, tant la pression sociale est forte et les recours assez systématiques, alors que nos études sont approfondies et fondées », justifie Jean Cayrol.
Mais le groupe déploie simultanément des centrales photovoltaïques sur bâtiments et au sol. Pour ce faire, il a constitué, en février 2022, Cayrol Énergie, une société implantée à Frontignan (Hérault) pour porter la construction et l’exploitation de ces installations. Un an plus tard, en février 2023, elle a créé, avec le Crédit agricole des Savoie, la co-entreprise Énergie des Savoie. Cette filiale est destinée à l’exploitation d’installations dans le milieu industriel, tertiaire et agricole. Une dizaine de projets devraient voir le jour d’ici Noël 2023 entre Épierre et Albertville, et dans le Sud, pour une puissance installée totale de 10 GW.
Pilotage des centrales à distance
Alors qu’il fête cette année le cinquantenaire de son arrivée dans l’hydroélectricité en Savoie, le groupe assied sa pérennité sur une cinquantaine de salariés. « Nous ne consolidons pas notre chiffre d’affaires car nous tenons à conserver notre indépendance à travers nos sociétés locales, dont la composition du capital est souple », conclut Jean Cayrol, dont cinq ingénieurs préparent, pour décembre, le pilotage à distance du parc de centrales hydroélectriques. Objectif : optimiser la production en la corrélant avec les pics de consommation… et les prix de vente les plus élevés !
Annick Mossaz (Helioslite) et Raphaël Sandraz (Cayrol)












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