À Chamonix, l’ONG scientifique CREA, reconnue par les Nations Unies pour son action pour le climat et la biodiversité, va créer un tiers-lieu autour de l’écologie alpine.
Basé à Chamonix depuis sa création en 1996 par Anne Delestrade (son actuelle directrice), le Crea, Centre de recherche sur les écosystèmes d’altitude, explore l’impact du changement climatique sur la biodiversité. Il jouit d’une double expertise en écologie alpine et en science des données avec, au coeur de sa démarche, la science participative.
« Outre la recherche, notre mission consiste aussi à partager ces connaissances avec les décideurs et, plus largement, le grand public, pour que chacun puisse agir à son niveau et changer son rapport au vivant », explique Charlotte Roux, cheffe de projet au Crea Mont-Blanc.
L’ONG, qui emploie huit personnes (dont la moitié de chercheurs), dispose d’un budget de 600 000 euros (70 % de financements publics et 30 % privés).
Un laboratoire « nature »
« Très engagés dans cette démarche, nous impliquons les citoyens et les touristes dans le suivi des évolutions de la nature, en les formant aux protocoles de collecte », détaille Charlotte Roux. Des actions participatives sont régulièrement menées. Après le recensement des chocards et des grenouilles, un nouveau projet mené sur quatre ans a démarré début 2023. Il vise l’évolution et l’interaction des espèces dans un contexte de dérèglement climatique.
Avec l’objectif de comprendre l’influence des pratiques humaines, que sont le pastoralisme et les activités récréatives (randonnée, trail…), sur la faune et les espèces végétales. La collecte (ici, des excréments d’animaux) est ensuite analysée et traitée en vue de produire des données scientifiques.
Dans ce sens, le Crea Mont-Blanc va lancer, le 7 octobre – journée de la science –, une plateforme de science participative en montagne ouverte à tous. Baptisée Spot, elle rassemblera tous les programmes participatifs nés dans le massif du Mont-Blanc, et aujourd’hui déclinés dans d’autres massifs français et frontaliers.
Projet pour le Chalet Vallot
Pour aller encore plus loin, et créer un tiers-lieu dédié à l’écologie alpine, le Crea a engagé un vaste projet : Obs Mont-Blanc, qui se traduira par la rénovation et l’extension du chalet Vallot, qu’elle occupe à Chamonix.
« Nous avons profité, en 2022, de la signature d’un bail emphytéotique pour 25 ans avec la mairie de Chamonix, propriétaire du bâtiment, pour le lancer officiellement », précise Charlotte Roux.
Cette opération, dont le coût total s’élève à 820 000 euros, comprend la réhabilitation du chalet, construit il y a bientôt 150 ans par Joseph Vallot, le pionnier de la recherche scientifique dans la vallée.

Le bâtiment accueillera à l’avenir le public pour des échanges, conférences et formations. Mais le projet inclut aussi la construction d’un second bâtiment écoconçu de 90 m2 dédié à la recherche et la création d’un jardin pédagogique où seront présentés les protocoles de science participative. Pour l’heure, le Crea Mont-Blanc a obtenu 450 000 euros de subventions du conseil départemental 74 et de la fondation de France pour le second bâtiment. Il a lancé une campagne de financement participatif en ligne, début août sur le site de la fondation du Patrimoine, avec l’espoir de récolter 55 000 euros pour la rénovation du chalet Vallot.
L’opération bénéficie en outre du soutien financier de deux fondations (70 000 euros) et de la mission Bern-fondation du patrimoine (le chalet Vallot a été désigné lauréat 2023), dont le montant alloué sera connu en fin d’année. Pour boucler le budget, l’ONG compte sur un dernier tour de table auprès de financeurs privés. Les travaux débuteront en avril 2024 pour une ouverture à l’été 2025, à l’occasion du centenaire de la mort de Joseph Vallot.
Plus d’infos sur le site CREA Mont-Blanc >>
Patricia Rey
Photo à la une : L’Isérois Atelier 17C-Architectes va assurer la maîtrise d’oeuvre du projet Vallot.












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